Préservons les éco-chèques et leur finalité sociale

Le Conseil national du Travail (CNT) a examiné l’avenir des éco-chèques. Employeurs et syndicats s’accordent sur un point : les éco-chèques doivent être maintenus. Je salue cette position, que je partage pleinement. Renoncer aux éco-chèques coûterait davantage aux travailleurs, au commerce, à l’environnement et au climat d’investissement que cela ne rapporterait.

Pour rappel, dans le cadre des négociations budgétaires, le gouvernement Arizona souhaitait réduire le nombre de chèques sociaux. L’accord de gouvernement prévoyait ainsi la suppression progressive des éco-chèques et des chèques sport et culture. Ils seraient remplacés par davantage de chèques-repas ou par un montant équivalent versé en salaire net.

Les convertir en chèques-repas n’est pas une solution

Un éco-chèque de 250 euros représente 250 euros de pouvoir d’achat net. Une augmentation de salaire brut entraînant le même coût pour l’employeur laisserait au travailleur un montant net nettement inférieur.

Intégrer les éco-chèques aux chèques-repas peut sembler évident. Mais pour les employeurs qui octroient déjà des chèques-repas de 10 euros, le plafond actuel ne laisse aucune marge pour y ajouter la valeur des éco-chèques sans adaptation de cette limite.

Les règles d’octroi diffèrent également. Les éco-chèques sont accordés indépendamment du nombre de jours prestés, alors que le nombre de chèques-repas dépend précisément du nombre de jours effectivement travaillés. Une conversion pourrait donc réduire le pouvoir d’achat des travailleurs à temps partiel ou des personnes absentes, notamment dans le cadre d’un congé de maternité.

Par ailleurs, de nombreux travailleurs reçoivent des éco-chèques, mais pas de chèques-repas. Sans solution adaptée, ils risqueraient de perdre intégralement cet avantage et le pouvoir d’achat qui y est associé. Qui pourrait souhaiter une telle issue ?

De l’argent qui reste dans l’économie belge

Chaque année, quelque 350 millions d’euros sont distribués sous forme d’éco-chèques, avec un effet multiplicateur de 1,8 sur les achats durables et le commerce local.

Ces chèques ne peuvent être dépensés qu’en Belgique : chez le marchand de vélos, le réparateur, l’entrepreneur de parcs et jardins ou encore dans un magasin à la ferme. Plus d’un tiers des dépenses sont effectuées auprès de petits commerçants locaux.

Avec un montant équivalent versé en salaire net, cette garantie disparaît. Plus de la moitié des Belges vivent à moins de 25 kilomètres d’une frontière. Une partie de l’argent aujourd’hui dépensé à Turnhout, Tournai ou Arlon prendrait alors la direction d’Eindhoven, Lille ou Luxembourg. Les finances publiques belges perdraient des recettes de TVA et des milliers d’emplois seraient menacés dans le commerce belge. Une étude d’impact commandée par VIABelgium associe 2 823 emplois aux éco-chèques et estime que le dispositif rapporte, en solde net, 240 millions d’euros à l’État. Le gouvernement risque donc de se priver d’une mesure qui contribue positivement au budget. Nos pays voisins peuvent déjà s’en réjouir.

Un euro, un kilo de CO₂

Après les vagues de chaleur de cet été, le climat est revenu au premier plan. Au même moment, le gouvernement envisage de renoncer à l’une des rares mesures qui encourage directement les ménages à effectuer des achats plus durables. Chaque euro distribué en éco-chèques permet d’éviter l’émission d’un kilo de CO₂. En 2022, cela représentait au total 350 000 tonnes.

Une étude de l’Université de Hasselt montre que chaque tranche de 100 euros en éco-chèques augmente de 32 % la probabilité d’effectuer un achat durable. L’effet est particulièrement marqué auprès des ménages à faibles revenus. Sans éco-chèques, 53 % d’entre eux reporteraient un achat durable ou opteraient pour un produit moins cher, mais aussi moins écologique. Un montant versé en net n’oriente pas la consommation dans cette direction.

Un dispositif qui a su évoluer

Le secteur a consenti d’importants investissements ces dernières années. Le chèque papier a disparu : tous les chèques sont désormais regroupés sur une seule carte et dans une seule application. Des milliers de commerçants ont appris à identifier les produits éligibles.

Les entreprises, qui veulent investir en Belgique, doivent pouvoir compter sur un cadre réglementaire suffisamment stable et prévisible pour poursuivre leurs investissements.

L’avis du CNT confirme la pertinence des éco-chèques. Initié et porté par les partenaires sociaux, ce dispositif a su s’adapter, depuis dix-sept ans, aux nouveaux enjeux et aux besoins de la société. Les éco-chèques protègent le pouvoir d’achat, maintiennent les dépenses dans l’économie belge, soutiennent le commerce local et encouragent une consommation plus durable.

C’est cette capacité d’adaptation qui rend les éco-chèques pertinents aujourd’hui et demain.

Jean-Louis Van Houwe, CEO de Monizze

Suivez également Business AM sur Google Actualités

Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

Ajoutez fr.businessam.be en tant que source préférée sur Google
Plus