Poutine gagne encore: les sanctions occidentales poussent la Biélorussie un peu plus dans les bras de Moscou

Dimanche, un vol Ryanair en provenance d’Athènes et à destination de Vilnius a été détourné par les autorités biélorusses afin que le militant et journaliste Roman Protasevich puisse être arrêté. Cet acte a entraîné des réactions indignées dans le monde entier. Sauf à Moscou, où l’on affirme ne pas comprendre tout ce tapage. Pour le dictateur Loukachenko, la Russie a constitué une bouée de sauvetage pendant des décennies. Même s’il ne s’agit pas non plus du grand amour. Pourtant, ce nouvel incident va pousser le Belarus un peu plus dans les bras de Moscou. Voici pourquoi.

Depuis son arrivée au pouvoir en 1994, le dirigeant autoritaire biélorusse Alexandre Loukachenko compte sur l’argent et le soutien politique de Moscou pour tenir les rênes de son pays. Pour le président russe Vladimir Poutine, le Belarus est un partenaire fiable – bien que parfois difficile – en Europe, car de nombreuses autres anciennes républiques soviétiques ont conclu des alliances politiques avec l’Occident.

La Biélorussie est considérée par le Kremlin comme un tampon stratégiquement important, adjacent à l’Union européenne et à l’OTAN. La Russie a prouvé à maintes reprises qu’elle était prête à aller loin pour garder le Belarus dans sa sphère d’influence.

Moscou utilise le territoire biélorusse pour surveiller, entre autres, les activités militaires en Europe occidentale. Les deux pays ont organisé un nombre croissant d’exercices militaires conjoints et discutent depuis des années de l’établissement d’une véritable base militaire russe au Belarus.

Pétrole russe

Le président russe, connu pour son opposition aux ‘révolutions de couleur’ comme la révolution orange pro-occidentale en Ukraine, a joué un rôle clé en soutenant le controversé Loukachenko l’année dernière, lorsque l’homme fort du Belarus a réprimé les manifestations post-électorales. Des groupes d’opposition et d’autres acteurs ont affirmé que le vote avait été truqué. Vladimir Poutine a promis un prêt de 1,5 milliard d’euros et créé un groupe spécial ‘d’agents chargés de faire respecter la loi’ et déployé ‘pour assurer la sécurité au Belarus’.

Les deux pays ont conclu plusieurs accords de coopération. Avant la pandémie de coronavirus, il n’y avait pratiquement aucune frontière réelle entre eux. L’économie relativement petite du Belarus – qui repose toujours sur le modèle de propriété publique de l’ère soviétique – est soutenue par la Russie. Près de la moitié de tous les biens produits par la Biélorussie – principalement du fromage, des camions et des tracteurs – sont destinés à sa grande voisine (contre environ 24% pour l’Union européenne).

La pierre angulaire de la dépendance économique de Minsk vis-à-vis de Moscou est le pétrole brut subventionné. La Russie en fournit au Belarus à des prix inférieurs à ceux du marché. Ensuite, le Belarus raffine ce brut et le vend sur le marché international. Les profits qui en découlent représentent une bonne partie du PIB de la Biélorussie.

Des hauts et des bas

Au fil des années, Vladimir Poutine a fait pression sur Alexandre Loukachenko pour qu’il forme un État totalement unifié, une proposition impopulaire pour de nombreux Biélorusses. Le dirigeant biélorusse a résisté à une telle fusion principalement par crainte de perdre sa propre autorité. Par conséquent, la relation entre Poutine et Loukachenko a connu des hauts et des bas au cours des deux dernières décennies. Dans les années 2000, Loukachenko a même tenté de se défaire de son image de ‘dernier dictateur d’Europe’ en flirtant avec l’Occident et en prenant un peu de distance avec la Russie. Cela n’a guère été apprécié par le Kremlin.

Les deux pays n’ont cessé de se disputer au sujet des accords sur le gaz et le pétrole. Lorsque les deux parties ne sont pas parvenues à s’entendre sur un nouveau prix fin 2019, Moscou a interrompu ses livraisons de pétrole. Quelques mois plus tard, le Belarus a commandé sa première cargaison de pétrole américain dans le but de montrer à la Russie qu’il pouvait survivre sans son soutien et qu’il était prêt à se tourner vers l’Occident si nécessaire.

Mais ce genre de frictions mises à part, Alexandre Lukashenko peut compter sur Moscou. Les responsables russes ont fermement soutenu le Belarus à la suite de l’allégation d’un faux attentat à la bombe qui a détourné un vol Ryanair vers Minsk dimanche, avec à son bord le journaliste d’opposition Roman Protasevich. La Russie a fait valoir que la nouvelle de l’arrestation était utilisée à mauvais escient par l’Occident pour ses propres objectifs politiques et anti-russes.

‘Une russophobie obsessionnelle’

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a qualifié de ‘raisonnable’ l’explication donnée par le Belarus concernant une alerte à la bombe, qui s’est finalement révélée fausse par la suite. Margarita Simonyan, directrice de la chaîne de télévision russe RT, financée par l’État, a félicité Loukachenko pour avoir ‘magnifiquement mené’ l’opération et a déclaré qu’elle ‘enviait’ le Belarus.

Mardi, le Kremlin a annoncé que Vladimir Poutine rencontrerait Alexandre Loukachenko cette semaine dans la station balnéaire de Sotchi, sur la mer Noire. Il s’agira de leur troisième rencontre cette année. Loukachenko devrait à cette occasion informer Poutine sur l’incident Ryanair. Toutefois, la Russie a fait savoir que la réunion était en préparation avant les événements de dimanche.

Le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab a déclaré lundi qu’il était ‘très difficile de croire que ce type d’action ait pu être entrepris sans au moins l’accord des autorités de Moscou’, mais il a ajouté qu’il n’avait pas de détails précis sur l’implication de la Russie. Le Kremlin a qualifié ces commentaires de ‘russophobie obsessionnelle’ et a affirmé que la Russie n’avait rien à voir avec les actions du Belarus.

Moment délicat

Il est toutefois indéniable que la répression des manifestations de l’automne dernier et la colère de l’Occident à son égard ont rapproché le Belarus de la Russie. Et avec les nouvelles sanctions de l’UE et les restrictions du trafic aérien, sortir du Belarus devient encore plus difficile qu’avant et pousse le pays encore un peu plus dans les bras de la Russie.

Pourtant, certains observateurs pensent que le Kremlin n’est peut-être pas entièrement satisfait de ce qui se passe actuellement en Biélorussie, car cela complique les efforts diplomatiques de Moscou à un moment délicat. La Russie et les États-Unis se préparent en effet à un éventuel sommet entre Vladimir Poutine et le président américain Joe Biden en juin.

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