Trois raisons pour lesquelles les sanctions de l’UE contre la Biélorussie auront peu d’effet

Samedi, le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko a forcé un avion de la compagnie Ryanair, qui voyageait entre Athènes et Vilnius, à atterrir à Minsk. À bord de l’avion se trouvait un journaliste biélorusse (qualifié d’ennemi du peuple par certaines personnes au pouvoir), qui fait obstruction au dictateur depuis un certain temps.

L’UE demande désormais aux compagnies aériennes d’éviter l’espace aérien au-dessus de la Biélorussie. Une recommandation qui permet désormais de situer le pays sur une carte. Les dirigeants européens veulent également interdire à la compagnie aérienne publique biélorusse Belavia Airlines d’atterrir dans l’UE. Un plan visant à renforcer davantage les sanctions, imposées après que M. Loukachenko a écrasé les manifestations antigouvernementales l’année dernière, sera ensuite proposé au début du mois de juin.

Toutefois, les sanctions occidentales auront un impact limité sur Loukachenko et ses acolytes.

Pour 3 raisons, que voici:

  1. Une grande partie de l’énergie nécessaire pour empêcher l’UE (lire: l’Allemagne et l’Europe de l’Est) de manquer d’électricité provient de Russie. Si l’UE ne veut pas trop brusquer Poutine, une grande partie du pétrole et du gaz importés passe aussi par des pipelines qui traversent… le Belarus.
  2. L’économie biélorusse est petite, primitive, mais résistante aux sanctions. La principale exportation du pays est l’engrais, un produit que M. Loukachenko peut facilement vendre à d’autres pays pour compenser une éventuelle interdiction de l’UE.
  3. Les investissements directs étrangers en Biélorussie représentent à peine 2% du PIB. Ainsi, toute restriction commerciale résultant des sanctions européennes aurait peu d’effet.

Pourtant, ce que l’Occident va décider sera surveillé de près par une série de pays qui aiment aussi poursuivre leurs ennemis nationaux à l’étranger. Pensez à des acteurs comme la Chine, l’Iran, la Russie, l’Arabie saoudite, la Corée du Nord, mais aussi la Turquie. Un phénomène que le groupe de réflexion américain pro-démocratie Freedom House appelle répression transnationale.

Si l’Occident ne réagit pas de manière décisive, le message de Loukachenko et de ses collègues autocrates aux opposants à leurs régimes respectifs sera clair: vous n’êtes plus en sécurité nulle part dans le monde, pas même dans un avion de ligne volant à 10 km au-dessus du sol d’une démocratie à l’autre.

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