Pourquoi une invasion russe de la Finlande n’est pas pour demain

La Russie n’est pas du tout contente de la décision de la Finlande et de la Suède d’adhérer à l’OTAN. Selon certains, les pays scandinaves pourraient ainsi s’attirer les foudres du Kremlin, et une invasion de la Finlande semblerait une conséquence logique (du point de vue russe). Cependant, un regard sur la situation militaire dissipe rapidement ces inquiétudes.

Une chose est sûre : pour envahir un pays, il faut des soldats. Le gros problème est qu’une partie des troupes russes normalement stationnées près de la frontière avec la Finlande se bat désormais en Ukraine.

Le sud : Saint-Pétersbourg

La région autour de Saint-Pétersbourg est la base de la sixième armée russe. Celle-ci se compose de huit brigades et de deux régiments, soit au total environ 50.000 soldats. Du moins, c’était le cas avant l’invasion de l’Ukraine. Certains groupements tactiques des 138e et 25e brigades mécanisées, qui font partie de la sixième armée, ont été repérés lors de la bataille de Kharkov. Le journal finlandais Helsingin Sanomat est allé enquêter à Kamenka, un village proche de la Finlande qui sert de base du 138e.

« Tout le monde ici est parti en Ukraine », nous a dit un villageois. Au total, 800 soldats, soit deux groupes de combat, de la brigade de 4 000 hommes seraient partis pour Kharkov. Beaucoup d’entre eux ne sont pas revenus : le 138e a été repoussé au nord de Kharkov, et on dit maintenant qu’il s’est retiré dans la ville russe de Belgorod, juste de l’autre côté de la frontière. L’état-major ukrainien a également confirmé la présence de la 138e brigade près de Kharkov dans une publication sur Facebook.

Deux groupes de combat de la 25ème Brigade seraient également partis pour Kharkov. Le 8 mars, ils auraient eux aussi fui par la frontière. Selon le site uawardata.com, qui cartographie la localisation des groupes de combat ukrainiens et russes, les soldats russes lèchent actuellement leurs plaies près du village de Nikolskoe.

La force de frappe de la 6ème armée a déjà subi des pertes considérables. Outre les 138e et 25e brigades, l’armée se compose principalement de brigades de soutien, telles qu’une unité de communication, des sapeurs, des canons anti-aériens et de l’artillerie. La plus grande et la plus importante des troupes, la 76e unité de parachutistes d’élite, se bat également sur le front en Ukraine.

Nord : Mourmansk

En plus de la Sixième armée à Saint-Pétersbourg, une force considérable est également stationnée à Mourmansk et dans ses environs, tout au nord-ouest de la Russie. Les principales brigades présentes sur place sont la 200e brigade mécanisée et la 80e brigade arctique. Les soldats du 200e ont également pris part à la bataille pour Kharkov, et se trouvent maintenant au nord de la ville ukrainienne. Cependant, il n’y a pas de trace de la 80e brigade arctique en Ukraine ; ils sont censés être toujours à leur base, selon le Helsingin Sanomat. Les brigades arctiques, cependant, sont beaucoup plus petites que les brigades d’infanterie, et on dit qu’elles comptent environ 3 000 hommes.

Bien qu’une grande partie des troupes de combat de la région se soit déplacée vers l’Ukraine, une invasion de la Finlande est toujours théoriquement possible. Dans la pratique, cependant, cette idée ne tarde pas à voler en éclats : non seulement la Russie est aujourd’hui dans un état bien pire en termes d’effectifs qu’il y a quelques mois, mais son équipement a également été considérablement amoindrit par les pertes au combat.

Mission suicide

Si la Russie décidait d’envahir, cela ressemblerait plus à une mission suicide. les Russes seraient confrontés à l’armée finlandaise : en temps de paix, elle est forte de plus de 20.000 hommes, mais en temps de guerre, elle peut atteindre pas moins de 280.000 soldats. Or, en Finlande, tout homme âgé de 18 à 29 ans (à l’exception des habitants des îles démilitarisées d’Åland) est tenu d’effectuer un service militaire de 6, 9 ou 12 mois.

Chaque année, quelque 27.000 Finlandais sont formés pour combattre dans l’armée. Beaucoup d’entre eux rejoignent également les troupes de réserve, ce qui signifie que la Finlande peut appeler 900.000 soldats supplémentaires en temps de guerre. Si cela ne suffit toujours pas, le pays peut également introduire la conscription générale, ce qui signifierait que près de deux millions de Finlandais prendraient les armes.

Et les armes ne manquent pas : en Finlande, il est relativement facile d’obtenir un permis de port d’armes, de sorte qu’aujourd’hui, environ un million et demi d’armes de petite et moyenne taille (des pistolets aux armes à tir automatiques) sont enregistrées. Environ 650.000 Finlandais, soit 12 % de la population totale, possèdent une ou plusieurs armes. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses armes ont également été détournées ; les estimations vont de plusieurs dizaines de milliers à un million d’armes. Les réservistes sont également autorisés à s’entraîner avec leurs fusils-mitrailleurs et leurs pistolets dans des zones désignées.

Bombes et grenades

Et il ne s’agit que des forces terrestres. Au niveau mondial, la Finlande est 53e dans la liste des plus grandes armées, bien que celle du pays soit relativement petite. En ce qui concerne la puissance aérienne et maritime, la Finlande est en bas de la liste. Une situation que les investissements annuels de plus de 700 millions d’euros devraient compenser.

En revanche, en matière d’artillerie, la Finlande est à peu près le premier de la classe. Le pays possède pas moins de 1.500 pièces d’artillerie, dont 700 obusiers, 700 mortiers lourds et 100 systèmes de roquettes : le plus grand arsenal d’artillerie de toute l’Europe, sans compter l’Ukraine et la Russie. Les unités d’artillerie se sont également entraînées intensivement à coordonner des barrages d’artillerie lourde en un seul point, afin d’anéantir en un clin d’œil une unité ou un convoi en approche.

Conclusion : Bien que la Russie puisse avoir suffisamment de soldats, de chars, de véhicules blindés et d’avions pour envahir la Finlande, il lui est fortement déconseillé de le faire. Contre des Finlandais aguerris (littéralement) et leur artillerie supérieure, l’armée russe n’a aucune chance.

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