Pourquoi les aéroports européens ne connaissent pas les mêmes soucis du déploiement de la 5G que les Etats-Unis?

Avec des fréquences plus basses, des signaux moins forts et des antennes inclinées autour des aéroports, de nombreux pays européens ne rencontrent pas les soucis d’interférence entre les avions et la 5G que les Etats-Unis craignent. Le déploiement de la 5G autour des aéroports américains a encore été reporté.

Aux Etats-Unis, les compagnies aériennes se plaignent du déploiement de la 5G autour des aéroports, craignant que l’atterrissage soit perturbé, et voient une catastrophe économique avec de nombreux avions cloués au sol. En cause : la fréquence du réseau perturbe l’altimètre, appareil qui mesure l’altitude de l’avion. Il a donc été interdit aux pilotes de l’utiliser, ce qui dans certaines conditions de mauvaise visibilité peut s’avérer compliqué.

Une situation non négligeable pour l’Association du transport aérien international et l’International Federation of Air Line Pilots’ Associations. « Toute défaillance ou interruption des altimètres peut conduire à des incidents dont l’issue est catastrophique et peut entraîner de nombreux décès », s’exprimaient-elles en 2020.

Mais c’est que l’Etats-Unis ne sont pas le seul pays où la 5G est déployée. En Europe, elle l’est aussi, et déjà à grande échelle, sauf en Belgique et encore moins en Wallonie. Mais du côté des constructeurs d’avions et des compagnies aériennes, aucun souci n’a été signalé. Comment ce contraste avec la situation aux Etats-Unis se fait-il? Différentes administrations ont répondu à CNN.

« Les données techniques reçues des fabricants de l’UE n’offrent aucune preuve concluante pour des préoccupations immédiates en matière de sécurité, à l’heure actuelle », estime par exemple l’Agence de sécurité aérienne de l’Union européenne (AESA). Cette agence supervise l’aviation civile dans 31 pays, et on ne lui a encore rapporté aucun incident. Aucun incident constaté non plus du côté de la Civil Aviation Authority au Royaume-Uni : « il n’y a pas eu de cas confirmé où l’interférence avec la 5G a entraîné un dysfonctionnement du système de l’avion ou un comportement inattendu. »

Différences techniques

La différence entre la 5G européenne et la 5G américaine se trouve dans la fréquence. Aux Etats-Unis, les fréquences sont entre 3,7 et 3,98 GHz, fréquence encore appelée bande C, ou C-band. Alors qu’en Europe elles sont plus basses, allant de 3,4 à 3,8 GHz.

C’est autour de cette différence que tout se joue : les radars des altimètres des avions ont besoin de la fréquence située entre 4,2 et 4,4 GHz. Le secteur craint donc que les deux fréquences soient trop proches l’une de l’autre, et que cela puisse mener à des interférences et des perturbations. Par rapport à la fourchette de fréquence européenne, il y a cependant plus de marge.

Une autre différence est que certains pays utilisent des antennes qui ont des signaux moins puissants. Ils limitent également le déploiement autour des aéroports ou demandent à ce que les antennes soient inclinées vers le bas, pour limiter les interférences potentielles.

En France notamment, en fonction de sa hauteur ou de la puissance de son signal, l’antenne doit être à une certaine distance de l’aéroport. Autour de 17 aéroports, les antennes doivent également être inclinées dans le sens opposé à l’aéroport.

« Au début, nous avons pris des mesures assez protectrices parce que nous avions peu d’informations sur la réalité du problème », explique Eric Fournier de l’agence française des fréquences (ANFR) à CNN. En France non plus, l’autorité de l’aviation civile n’a rencontré aucun incident d’interférence.

Vols internationaux annulés

Comme dit précédemment, l’autorité fédérale de l’aviation (FAA) a interdit aux pilotes d’utiliser les altimètres, dans certaines conditions, notamment en cas de mauvaise visibilité, pour que les pilotes ne se fient pas aux données erronées de ce radar mais restent attentifs à la réalité extérieure en naviguant à vue, en d’autres mots.

L’AESA trouve que cette restriction est très spécifique aux Etats-Unis, mais a quand même recommandé aux compagnies européennes de mettre au courant les pilotes de cette mesure et des soucis potentiels, et d’entraîner l’équipage pour des situations d’altimètres dysfonctionnant.

Suite aux soucis que les avions pourraient rencontrer avec la 5G, des compagnies aériennes, dont British Airways, Lufthansa et Emirates ont annulé des vols vers les Etats-Unis. « Nous ne savions pas que la puissance des antennes aux États-Unis avait été doublée par rapport à ce qui se passe ailleurs. Nous ne savions pas que les antennes elles-mêmes avaient été placées en position verticale plutôt qu’en position légèrement inclinée », expliquait le directeur d’Emirates Tim Clark à CNN après l’annonce d’annuler tous les vols « jusqu’à ce qu’il y ait de la clarté ».

A qui la faute?

Aux Etats-Unis, les débats s’enveniment. L’autorité, les opérateurs et le secteur de l’aviation se rejettent la balle. Dans un premier temps, les deux opérateurs américains AT&T et Verizon en charge du déploiement de la 5G, et qui ont payé 81 milliards de dollars à l’Etat pour pouvoir exploiter les fréquences, ont reporté la mise en service de certaines antennes autour de certains aéroports. La mise en service généralisée devait avoir lieu mercredi. AT&T accuse notamment la FAA « de ne pas avoir été capable de faire ce qu’une quarantaine d’autres pays ont pu mettre en place ».

Le jeu des accusations bat en effet son plein. Dans ce type de scandale, tout le monde essaie toujours de se déresponsabiliser. Les débats autour de la question de « qui a bâclé quelles études préliminaires » ou « qui a exercé de la pression sur qui pour avoir des autorisations plus rapidement » vont certainement animer les Etats-Unis encore un temps. Toujours est-il cependant que les solutions existant dans d’autres pays n’ont pas été mises en place, et les implémenter prendra du temps et coûtera de l’argent. Une solution immédiate ne semble pas déployable.

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