Pourquoi le Codeco de ce mercredi s’annonce particulièrement tendu

Avancé à ce mercredi, le Codeco ne pouvait plus attendre. Socialistes et libéraux sont extrêmement divisés sur les mesures à prendre pour endiguer ce qui est désormais une 4e vague. La N-VA est en embuscade.

Le coup de pression de Paul Magnette

C’est désormais une habitude. Quelques heures avant les discussions, les principaux chefs de partis mettent leurs solutions sur la table. Pour Paul Magnette (PS), plus question de rendre la vaccination obligatoire uniquement pour le personnel soignant: « Je suis contre l’hypothèse de licencier une infirmière en avril pour la raison qu’elle ne serait pas vaccinée alors qu’il n’y a pas d’obligation pour tous. Si elle l’est pour tous, alors, oui, il pourra aussi y avoir un débat sur les sanctions. »

De quoi faire tomber Georges-Louis Bouchez (MR) de sa chaise, avec un certain culot: « Le vice-premier ministre peut-il prévenir son Président que l’obligation vaccinale pour le personnel soignant a déjà été validée par le begov ? Avec licenciement comme sanction. La presse disait quoi de la loyauté au gouvernement ? Un peu de sérieux. »

Mais le président des libéraux a raison. La veille au sein du Kern, Pierre-Yves Dermagne, vice-premier ministre socialiste, a bel et bien entériné l’obligation vaccinale pour le personnel soignant et ses modalités.

Pour rappel, dès le 1er janvier, le personnel soignant disposera de 3 mois pour se faire vacciner. En cas de refus, le concerné verra son contrat suspendu et basculera en chômage temporaire. Durant cette période de 3 mois, le personnel soignant non vacciné devra disposer d’un certificat de test ou de rétablissement pour continuer à exercer.

Pourquoi une telle sortie de Paul Magnette ? D’abord car la réaction du monde médicale a été sévère. « C’est une déclaration de guerre », a dénoncé la Setca. La CSC parle de « scandale » et la CNE menace d’actions de grève. Le président du PS devait réagir, même s’il est difficile d’imaginer une décision ce mardi en faveur d’une vaccination obligatoire pour tous.

Le coup de pression de la N-VA

Dans l’opposition au fédéral, la N-VA se retrouve dans les discussions au sein du Codeco, car il s’agit d’une grande réunion qui doit (normalement) mettre d’accord toutes les Régions du pays.

Bart De Wever, le président des nationalistes, a sorti la sulfateuse hier, dans De Morgen. Sa cible ? Le tandem De Croo-Vandenbroucke, le Premier ministre et son ministre de la Santé.

On le sait, Vandenbroucke (Vooruit) est systématiquement celui qui veut prendre les mesures les plus strictes recommandées par le groupe d’experts, le GEMS. « Si on le laisse faire, on sera à nouveau confinés demain », a dénoncé De Wever. « Il prêche l’enfer et la damnation partout, au lieu de s’assurer que les soignants et les enseignants reçoivent bien leur troisième dose le plus rapidement possible. »

Le bourgmestre d’Anvers est encore plus dur contre le Premier ministre. Son attaque sort clairement du contexte de la crise sanitaire: « Il est l’une des personnes les moins dignes de confiance que j’aie jamais rencontrées dans la rue de la Loi. C’est rude, mais je peux le prouver par de nombreux faits. Quand il était président de parti, il a notamment rompu un accord que nous avions comme si de rien n’était. En 2020, il m’a fait courir pendant six mois pour rien (durant les négociations du gouvernement fédéral). Cet homme vous ment en plein visage, je ne peux pas négocier avec lui. »

La N-VA plaide comme les socialistes pour une vaccination obligatoire pour tous. Les nationalistes trouvent la situation hypocrite avec l’application du CST, « qui rend la vie impossible aux gens », et qui contraint un secteur « à devoir jouer les gendarmes ».

Le ministre de la Santé verrait bien lui un CST façon allemande. Qui serait accompagné d’un test rapide pour avoir la possibilité de participer à un évènement.

De Croo défend sa ligne

Interrogé hier par LN24, le Premier ministre estime l’obligation vaccinale être « une fausse bonne idée ». « C’est facile sur le papier mais comment fait-on dans la pratique ? Si quelqu’un ne veut pas se faire vacciner, comment fait-on ? On le force ? Je ne vois d’ailleurs aucun pays en Europe et pratiquement aucun dans le monde qui fait cela. Il faut convaincre les gens avec les chiffres. Une personne vaccinée a onze fois moins de probabilités de se retrouver à l’hôpital, ce sont des faits et ils sont plus convaincants que l’obligation. »

Dans les faits, il est vrai que très peu de pays ont recours à l’obligation vaccinale. Mais certains pays comme l’Autriche rendent la vie tellement difficile aux non vaccinés que la distinction n’est pas toujours claire.

Les libéraux et particulièrement le MR ne veulent pas d’un CST qui divise la population en deux camps. Et le parti libéral estime que la vaccination doit rester un choix individuel.

La situation sanitaire

Ce que montrent les chiffres, c’est que le CST ne protège certainement pas des contaminations. L’abandon de certains gestes barrières et la reprise globale des activités mènent aujourd’hui à 10.000 contaminations par jour malgré la vaccination.

Les contaminations sont telles qu’elles envoient mathématiquement un nombre important de personnes en soins intensifs. Plus de 500 lits sont désormais occupés. Le taux de reproduction du virus est repassé au-dessus de 1.

C’est pourquoi le GEMS avait préconisé des mesures fortes qui ont, c’est aussi une habitude, fuité dans la presse. Port du maque dans les classes dès 9 ans, extension du CST, le retour du télétravail obligatoire, fermeture des boîtes de nuit… Une nouvelle crainte guette les commerçants: va-t-on devoir à nouveau fermer les marchés de Noël comme cela a déjà été annoncé dans certaines villes allemandes ?

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