Pourquoi la France a peur de manquer de munitions en cas de nouveau conflit de haute intensité

C’est la nouvelle polémique qui divise l’hémicycle hexagonal : à supposer que la France soit entrainée dans un conflit de haute intensité dans un futur proche, son armée a-t-elle les moyens de soutenir un engagement prolongé ? Enquêtes alarmistes et déclarations rassurantes soufflent le chaud et le froid sur les capacités de combat prolongé de la Grande Muette.

Où en sont les stocks de munitions de l’armée française ? C’est évidemment une information confidentielle, mais plusieurs parlementaires du pays s’en inquiètent : en février dernier, deux députés, Patricia Mirallès et Jean-Louis Thériot ont révélé un rapport sur la préparation des armées françaises en cas d’engagement de haute intensité. Le document d’une soixantaine de pages, remis à la Commission de la défense nationale et des forces armées, met en évidence un stock de munitions jugé insuffisant, mais aussi la péremption d’une partie des stocks.

Des munitions qui périment dans les entrepôts

Plus récemment, le sénateur Les Républicains Christian Cambon, président de la commission sénatoriale des Affaires étrangères et de la Défense, a considéré que l’armée pouvait assurer au mieux deux semaines d’engagement. « Je ne force pas le trait, je pense même que les informations que j’ai évoquées sont encore optimistes par rapport à la réalité et je pense malheureusement à des munitions spécialisées ou traditionnelles » avance le sénateur.

Il est vrai que la gestion d’un stock de munitions à l’échelle d’une armée n’a rien d’une tâche simple. Il faut prévoir longtemps à l’avance les besoins de stocks de munitions très diverses, qui font appel à des secteurs industriels différents, tout en prenant en compte les délais de livraison, mais aussi l’état des stocks existants. Car les munitions n’ont pas une durée de vie illimitée. « Les munitions se périment, notamment la pyrotechnie », rappellent les deux députés co-auteurs de l’enquête. « Les munitions non utilisées doivent donc être détruites ou rénovées tous les dix ans. Et il faut en moyenne trois ans pour reconstituer des stocks. »

Selon une source, il faudrait un an pour des munitions de petits calibres et au moins deux ans pour des obus ou des missiles. Interrogé pour ce rapport, le directeur général de Nexter confirme que la production d’un obus « prend entre deux et trois ans » et préconise « d’avoir des stocks de munitions, de pièces de rechange dont le temps d’approvisionnement est long (canons d’artillerie) et de pré-contractualiser. »

La France ne s’engage pas seule en guerre

Reste que ce point de vue, qui a parfois été diffusé de manière fort alarmiste et avec des interprétations fort variables du niveau des stocks de l’armée française, n’est pas celui de tout le monde. Le ministère des Armées réfute totalement tout risque de pénurie, rappelle que toutes les guerres ne se ressemblent pas et qu’o, y engage que très rarement toute sa force de frappe. En outre, la France ne mène pas seule ses engagements militaires.

« On lit en ce moment des choses comme « il y a trois jours de munitions », ça ne veut rien dire », répond le colonel Ianni, porte-parole du chef d’état-major des armées françaises. « Ça dépend des manœuvres que vous allez monter et la façon dont vous allez manœuvrer qui déterminera la façon dont vous allez consommer vos munitions. Si on met tous nos avions en ligne pour tirer en même temps, on va consommer toutes nos munitions et on ne gagnera pas. Mais si la France était engagée contre une force importante, type Chine ou Russie on s’inscrira dans le cadre d’une coalition. Il y a peut-être des difficultés identifiées, mais d’un point de vue militaire si on nous dit d’y aller, on ira et on montera la manœuvre en fonction de la logistique. Ça vaut aussi pour l’essence et le reste. »

Le colonel rappelle que l’armée française est « capable de remplir les missions qu’on lui donnera. » Le ministère rappelle aussi que de fortes sommes ont été débloquées pour assurer l’approvisionnement en munitions : on parle de 110 millions d’euros pour produire de nouveaux obus pour l’artillerie et la marine.

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