L’or russe n’a plus la cote : les fonds d’investissement s’en débarrassent tant bien que mal

La part d’or russe détenue par les fonds d’investissement centrés sur l’or a baissé depuis la guerre. Mais s’en débarrasser est une tâche énorme, qui ne se fera pas en un claquement de doigts, et ne se complètera peut-être jamais.

Pourquoi est-ce important ?

Avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie, l'Occident ne veut plus commercer avec Moscou. Pétrole, gaz, céréales... mais aussi l'or, dont la Russie est un des principaux producteurs. Au-delà des sanctions, l'opinion publique fait aussi pression sur les fonds d'investissement.

Dans l’actu : l’or russe disparaît des fonds d’investissement et des banques occidentales.

  • Les 11 fonds d’investissement principaux en matière d’or se sont débarrassés de 2,2 milliards de dollars d’or russe, entre juillet et novembre, montre une analyse des données faite par Reuters. La quantité d’or russe a baissé de 19%. La part d’or russe dans les fonds est passée de 7,8% à 7%.
    • Pour vous donner une idée de grandeur, fin novembre, l’or total détenu par ces 11 fonds représentait 2.300 tonnes, pour une valeur totale de 130 milliards de dollars.
  • L’or russe chute plus rapidement que l’or des autres pays. Les fonds se débarrassent du métal précieux (-9% en total pour l’or non-russe) car dans le contexte de hausses des taux d’intérêt, ce n’est pas le produit d’investissement le plus plébiscité.
  • L’or russe est encore loin d’avoir entièrement disparu des coffres. Mais les deux plus gros détenteurs d’or russe, en termes de pourcentage du fonds, GranitShares et SPDR Gold MiniShares, ont vu la part baisser considérablement, de respectivement 31% à 20 et de 26% à 14. Pour Amundi, la part est passée de 6% à 0 sur la même période, et de 2 à 0 pour Bullion Securities.
    • Sur les 11 fonds, 8 ont vu la part d’or russe baisser. Les deux fonds les plus importants en matière de quantité ont vu la part augmenter : iShares Gold Trust de BlackRock (de 11% à environ 11,5) et le SPDR Gold Shares (de 2% à 3).
  • Au niveau de banques, où l’or est gardé dans des coffres pour ces fonds (à Londres, Zurich et New York, pour être précis), l’or russe est aussi en baisse : -47% ICBC Standard (100 tonnes détenues pour ces fonds, +16% pour l’or non russe), -20% pour HSBC (1.100 tonnes, -10% pour l’or non russe) et -13% pour JP Morgan (1.050 tonnes, -9% pour l’or non russe).

L’essentiel : l’or russe va-t-il entièrement disparaître des fonds ?

  • Certains de ces fonds ont un catalogue publiquement accessible qui reprend l’origine de l’or. « Certains clients cliquent sur la liste des lingots, voient beaucoup de russe et se disent : ‘Whoa, qu’est-ce qui se passe ?’ « , explique une source anonyme d’un de ces fonds à Reuters. « Il est difficile de leur expliquer. Nous voulons que les barrières à l’entrée (du fonds) soient aussi faibles que possible et nous essayons d’éliminer tout ce qui pourrait les faire douter que c’est le bon produit. »
    • La pression de l’opinion publique, où Moscou est mis au pilori pour l’invasion de l’Ukraine, fait donc son effet, du moins sur les clients. Les fonds qui ne mentionnent pas ce type d’informations seraient moins inquiétés par cette pression, notent des responsables des banques.
  • Une pression qui a poussé les fonds à vouloir liquider l’or russe le plus vite possible. Mais les banques ont dû calmer les ardeurs, explique une source haut-placée auprès d’une des banques. Pour éviter un choc sur le marché. D’où la baisse lente de la part de l’or russe.
  • Remarque technique : les sanctions sur l’or russe empêchent l’achat de nouvel or russe, produit après le 7 mars 2022. Mais l’or russe d’avant, qui se trouve déjà en Occident, peut encore librement être échangé entre les investisseurs.
  • Ainsi, certains fonds demandent aux banques de ne plus ajouter de l’or russe dans leurs coffres, ou d’autres achètent plus d’or neuf pour être plus sûr de son origine.
  • Mais ce n’est pas si facile de ne plus acheter d’or russe : les fonds achètent de l’or sur le marché où ils doivent prendre l’or qu’il y a, et où il est impossible d’exclure tel ou tel lingot. « En théorie, ils pourraient venir nous voir avec des lingots 100% russes et nous serions obligés de les accepter », explique le responsable du fonds qui est attentif l’opinion des clients. « C’est un long voyage. Je ne m’attends pas à ce qu’il y ait zéro or russe quelque part dans un avenir proche. »
    • Pour d’autres responsables, c’est moins grave qu’il y ait de l’or russe. Il faut surtout que les lingots correspondent aux standards en la matière, expliquent-ils. Que la part baisse ne serait donc pas un choix délibéré. Pour l’un d’entre eux, comme il n’y a plus de nouvel or russe qui arrive sur le marché, la part devrait continuer à diminuer.

Le détail : Vers où va l’or ?

  • Selon les banquiers interrogés, l’or russe va, en partie, vers d’autres propriétaires au sein de la même banque, sans plus de précisions.
  • Mais une autre partie de cet or va sur le marché asiatique, notamment la Chine et l’Inde, selon les données de la douane britannique et suisse. La Chine profite du prix bas pour remplir ses réserves d’or. Selon certains, elle pourrait suivre la Russie sur la voie de l’instauration d’un étalon-or.
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