Nouvel avis de tempête sur la Vivaldi: le MR, seul contre tous sur l’interdiction de la publicité pour les paris en ligne et les jeux de hasard

Nouvelle discorde de premier ordre du côté de la Vivaldi, à propos des jeux d’argent cette fois.

  • Communication forte, ce matin, du ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne (Open Vld). Car il est venu annoncer qu’il va fortement restreindre la publicité de l’industrie des jeux d’argent. Désormais, toute une série de publicités seront interdites, par analogie avec ce qui s’est passé pour le tabac.
  • Toute publicité pour des jeux d’argent à la radio, à la télévision, dans les cinémas, mais aussi en ligne sur des sites web ou des canaux numériques, et sur les réseaux sociaux sera interdite. Également dans les imprimés et sur les affiches, et même dans les mailings sponsorisés ou par SMS : absolument tout est dans le viseur du ministre.
  • Et plus concrètement encore : même le sponsoring d’équipes sportives sur des maillots est une chose que Van Quickenborne voudrait voir aboli. Il tient toutefois compte des contrats en cours : aucune interdiction complète avant 2025, soit dans trois ans.
  • Van Quickenborne soulève également la question de la dépendance aux jeux d’argent, qui devient une épidémie: « L’industrie des jeux d’argent fait de plus en plus de bénéfices dans notre pays et cela sur le dos des personnes souffrant d’une dépendance au jeu. Les publicités pour les jeux d’argent nous assaillent quotidiennement de toutes parts et encouragent ces dépendances, même chez les jeunes. Plus de 100 000 personnes sont susceptibles d’avoir une dépendance aux jeux d’argent et un tiers d’entre elles ont une dépendance grave. Seules les personnes qui veulent jouer et recherchent activement des informations sur les jeux d’argent seront confrontées à l’avenir à des publicités sur les jeux d’argent. »
  • Avec cette décision, le ministre de la Justice met immédiatement la famille libérale, et le MR, au pas. Parce que l’interdiction, qui est une longue liste d’interdictions spécifiques, est une initiative qu’il signe par arrêté royal, et qui ne doit donc pas passer en Conseil des ministres (où le MR doit donner son accord).
  • L’Open Vld rappelle également que l’arrêté royal a été approuvé par pas moins de six ministres concernés : outre la Justice, on retrouve Frank Vandenbroucke (Vooruit) pour la Santé publique, Pierre-Yves Dermagne (PS) pour le Travail, et trois membres du cd&v, Vincent Van Peteghem (cd&v) pour les Finances, Annelies Verlinden (cd&v) pour l’Intérieur et Sammy Mahdi (cd&v) comme Secrétaire d’Etat à la Loterie nationale.

Une querelle politique en chaîne : l’Open Vld tire sur le cd&v, qui est en colère et pointe du doigt le MR, qui réagit furieusement et s’en prend à Vooruit.

  • Immédiatement, Van Quickenborne a ressenti le besoin de tirer sur le cd&v, en donnant l’impression que les chrétiens-démocrates ont freiné la cause par le passé. Il lance un défi à ses collègues de gouvernement: « Pour la Loterie nationale, il faut se tourner vers le secrétaire d’État pour qu’il prenne des mesures à cet égard : mais si nous demandons au secteur de faire un effort, le gouvernement devrait en faire autant, lui avons-nous suggéré. Maintenant, c’est à lui de jouer », a déclaré Van Quickenborne.
  • Ce positionnement de l’Open Vld est étonnant. Pendant des années, les libéraux flamands ont été considérés comme les ultimes gardiens du secteur des jeux d’argent. L’adhésion de Willy Michiels, le « roi du bingo en Flandre », est en grande partie responsable de cette situation. En tant que bourgmestre Open Vld de Haaltert, mais surtout en tant que propriétaire de Napoleon Games, entre autres, il était l’un des principaux sponsors du parti.
  • Mais l’idée que le cd&v sous Koen Geens, le précédent ministre de la Justice, aurait arrêté une telle mesure, a été soufflée dans les couloirs libéraux ce matin. Ce dernier a vivement réagi dans un tweet : « J’ai toujours été en faveur d’une interdiction de la publicité, la vision progressiste n’a jamais été présente au MR. Mais le MR n’est pas obligé de signer l’arrêté royal de Van Quickenborne », a souligné M. Geens pour expliquer comment l’Open Vld prend le MR à défaut.
  • Georges-Louis Bouchez (MR) n’a pas été en reste ce matin. Parce que l’arrêt du sponsoring des maillots de foot, notamment, va faire un trou énorme dans les budgets des clubs professionnels belges. Presque tous les clubs de la Jupiler Pro League sont parrainés par des sociétés de jeu, et la plupart des sponsors sur les maillots sont également des agences de paris. Les sommes en jeu sont de l’ordre de 40 millions d’euros pour l’ensemble du secteur du football professionnel.
  • Le patron des clubs professionnels de la Pro League a vivement réagi ce matin : « Cette proposition menace de conduire davantage de personnes vers des sites de jeux illégaux, sans régulation. Cette proposition, qui a été faite sans consultation, réduit de plus de 12 % les revenus des sponsors à un moment où nos clubs enregistrent plus de 100 millions de pertes. Nous demandons donc une consultation urgente », a déclaré Lorin Parys, ancien membre de la N-VA, reconverti dans le foot belge pour plaider sa cause.
  • Tout le monde sait que le lobby du football a l’oreille du MR : « Interdire cela, c’est la mort du football professionnel en Belgique. Le football doit-il vraiment disparaître ? », voilà comment Bouchez a réagi ce matin. « La proposition du ministre de la Justice est une très mauvaise réponse à un enjeu réel pour lequel il existe déjà des mesures qui peuvent être améliorées. Le MR veut plus de nuance », dit Bouchez.
  • Mais les partenaires de la coalition ont immédiatement répondu: « Une position peu surprenante de la part du porte-parole du lobby du football. D’ailleurs, ce n’est pas le secteur des jeux d’argent mais le contribuable qui est le plus grand sponsor du football de haut niveau avec plus de 100 millions de subventions salariales. Un robinet à subventions que les libéraux MR veulent laisser grand ouvert, contre tout accord », a flingé ce matin Joris Vandenbroucke (Vooruit), en référence à la réforme fiscale qui doit mettre fin à l’avantage fiscal des clubs sportifs, met à laquelle le MR s’oppose.
  • La question est maintenant de savoir si le MR se contentera d’aboyer fort ou s’il va intensifier sa lutte et la porter au centre de l’attention. Ce n’est que de cette manière, en transformant la querelle en crise gouvernementale, qu’ils peuvent encore bloquer les choses. Parce que l’arrêté royal « a été signé et est parti », de l’avis du cabinet de Van Quickenborne.

Une réflexion : n’est-il pas temps d’avoir un plus grand débat ?

  • Quiconque suit le débat au sein de la Vivaldi a dû constater une fois de plus que les socialistes et le MR ne s’appréceint guère, l’Open Vld se trouvant cette fois-ci ostensiblement de l’autre côté de la ligne de front.
  • Au siège du PS, on soutient l’initiative du ministre de la Justice, tout en taclant Bouchez: « Nous mettons en garde contre les confusions de casquettes. On attend d’un président de parti des prises de position politiques qui vont dans le sens de l’intérêt général. » Le Parti socialiste fait référence au club des Francs Borains, dont le président du MR est le président. Un club qui compte parmi ses sponsors Ladbrokes et la société de jeux de hasard Family Game Center.
  • La cheffe de groupe Vooruit, Melissa Depraetere, s’est également attaquée à la question : « Les priorités du MR sont à nouveau justes… L’impact financier sur les grands clubs de football est apparemment plus important que la prévention de la dépendance au jeu. En jetant le ministre de votre propre parti frère sous le bus dans le processus », a-t-elle répondu sur Twitter.
  • Bouchez a immédiatement répondu : « Melissa, parlez-vous aussi de Jannie Haek et du sponsoring de son équipe cycliste (Lotto-Soudal, ndlr) ? Et le parrainage de la culture, ça vous dérange aussi ? »
  • A ce propos, Bouchez a abordé un point frappant de la nouvelle législation : elle ne s’applique apparemment pas à la Loterie Nationale.
  • Cette institution, qui réalise chaque année des millions d’euros de bénéfices sur le dos de ces mêmes joueurs dépendants, est considérée comme une sorte de mécénat dans la rue de la Loi : elle a été rapidement revendiquée par le cd&v lors de la création de la Vivaldi, Sammy Mahdi peut désormais faire parler de lui en tant que « secrétaire d’État à la Loterie nationale ». Tout cela fait très ancien régime.
  • Ce n’est pas un hasard si les sièges au conseil d’administration de cette société publique de jeux d’argent sont convoités par les hommes politiques : ils peuvent ainsi faire avancer leurs propres projets et se procurer des billets pour toutes sortes d’événements, de la culture au sport, dont le Lotto est le sponsor.
  • Et ce n’est pas un hasard si l’homme fort de la Loterie nationale, Jannie Haek, était un chef de cabinet remarqué, qui a autrefois donné le ton chez Vooruit. Aujourd’hui, il a son mot à dire sur la manière dont sont dépensés les millions d’euros de gains de jeu, par exemple en donnant de l’argent aux grands clubs sportifs, ainsi qu’aux centres culturels et aux festivals tels que Rock Werchter.
  • C’est ainsi que l’on arrive à une situation où le sponsoring des maillots sera bientôt interdit, mais où un club comme Anderlecht jouera dans la « Lotto Arena ». Il est peut-être temps que les locataires de rue de la Loi aient le courage d’avoir un débat plus important sur leurs propres activités, et sur le rôle approprié du gouvernement en 2022, au lieu de se chamailler à propos de tickets VIP.
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