‘Nous assistons à l’éclatement de la bulle Internet 2.0’

Image d’illustration. Un manifestant ‘anti-suprémacie blanche’, déguisé en licorne, se fait arrêter par la police dans l’Indiana (USA), le 9 novembre 2019. (Isopix)

Les licornes, ces start-ups vedettes dont la valorisation dépasse le milliard de dollars, ont perdu collectivement 100 milliards de dollars de valeur cette année!

On assiste à un véritable revirement dans la Silicon Valley: les investisseurs reviennent aux fondamentaux, et scrutent désormais avec une attention renforcée la rentabilité des licornes.

Ces dernières semaines, la société de location automobile Fair, le distributeur de e-cigarettes Juul et la société de logiciels UiPath ont réduit leurs effectifs. Lime, qui loue des trottinettes électriques, planche sur l’extension de la durabilité de ses engins afin de prouver qu’elle peut dégager des bénéfices.

La fête est finie pour les licornes

‘Nous étions au beau milieu d’une fête complètement débridée depuis 5 ans, mais quelqu’un a appuyé sur l’interrupteur’, résume un capital-risqueur pour décrire le sentiment qui règne actuellement dans la Silicon Valley. 

Car même si les faibles taux d’intérêt font encore les beaux jours d’un monde des start-ups inondé de cash (l’investissement annuel en capital-risque aux États-Unis est passé de 27 milliards de dollars en 2009 à 138 milliards de dollars en 2018, selon PitchBook), les investisseurs font preuve d’une plus grande circonspection.

Des valorisations en berne

Il faut maintenant un mois, voire plus, pour conclure des accords de financement qui étaient bouclés en 15 jours il y a à peine 6 mois. Et des start-ups qui s’attendaient à recueillir entre 80 et 100 millions de dollars doivent dorénavant se contenter de 20 ou 30 millions, explique Adam J. Epstein, qui conseille les CEO de jeunes pousses.

Les investisseurs ont été échaudés par le fiasco de WeWork, et la révélation de ses pertes abyssales au moment de son introduction en bourse. Lors de sa dernière levée de capitaux, la firme avait été évaluée à 47 milliards de dollars. Mais après son sauvetage par son principal actionnaire, SoftBank, le mois dernier, elle ne pesait plus que 8 milliards de dollars…

En mai, Uber était encore évaluée à 120 milliards de dollars, alors qu’elle perdait un demi-million de dollars par heure. Sa valorisation a depuis perdu 32 milliards. Celle de sa concurrente Lyft est en berne de 10 milliards de dollars depuis mars. De son côté, Juul a vu 14 milliards de dollars de capitalisation partir en fumée.

‘L’éclatement de la bulle Internet 2.0’

Le nombre d’introductions en bourse, traditionnellement un moyen pour les investisseurs d’empocher leurs gains après avoir misé sur une start-up, a baissé d’un tiers. Lors des tours de table en faveur de licornes, les capital-risqueurs commencent à s’intéresser à leurs perspectives de retour sur investissement. Souvent, ils examinent les chiffres et imposent des conditions plus strictes en matière de gestion.

‘Nous assistons à l’éclatement de la bulle Internet 2.0, sauf que ça ne se produit pas sur les marchés publics, mais sur les marchés privés’, explique Vitaliy Katsenelson, CEO d’Investment Management Associates Inc.