Nos éboueurs vont-ils eux aussi bientôt gagner 265.000 euros par an ?

C’est exagéré, pensez-vous? Oui, ce montant semble absurde, mais cette année, à New York, plus de 100 éboueurs ont gagné près de 300.000 dollars, soit l’équivalent d’environ 265.000 euros. Cette situation est due à une pénurie chronique de ces travailleurs essentiels, ce qui oblige nombre d’entre eux à faire beaucoup d’heures supplémentaires. Certains ont vu doubler un salaire de base qui était déjà supérieur à 130.000 dollars. L’inflation salariale se poursuit sans relâche aux États-Unis. Les analystes parlent de « The Great Resignation« . Quand il pleut aux États-Unis, il pleuvine souvent ici. Une question s’impose: en sera-t-il bientôt de même chez nous ?

Un rattrapage nécessaire

Tout d’abord, soulignons qu’il est temps que les salaires des professions essentielles telles que les éboueurs, les infirmières et les instituteurs fassent un bond en avant. Selon les chiffres compilés par Mathias Somers, coordinateur du groupe de réflexion Minerva, les salaires réels pré-Covid n’ont augmenté que de 0,79% entre 2015 et 2019. Ce sont surtout les managers et les directeurs qui en ont profité. Leurs salaires ont augmenté de 4%. Les techniciens de surface, le personnel administratif, les chauffeurs routiers, les ouvriers du bâtiment et les employés de maison de retraite ont été les grands perdants, puisqu’ils ont même connu une baisse réelle de leur salaire en tenant compte de l’inflation. Il est donc grand temps de procéder à une réévaluation.

Et cela pourrait bien finir par arriver. En raison de 5 tendances implacables.

Raison 1 : l’inflation galopante

L’inflation et l’indexation qui l’accompagne entraînent déjà une augmentation globale des salaires. Selon les prévisions les plus récentes, les salaires augmenteront de 4,5% en 2022 en Belgique. Nous n’avons jamais vu cela auparavant, déclare Geert Langenus, économiste à la Banque nationale. Cela profitera à tout le monde, y compris aux personnes les moins bien rémunérées.

Raison 2 : tendances démographiques et économiques irréversibles

Les riches deviennent de plus en plus riches et de plus en plus d’emplois sont créés pour accroître le confort de cette élite riche, de la profession redécouverte de majordome à une armée croissante d’agents de sécurité. Mais c’est surtout la demande sans cesse croissante de soins de santé, conséquence d’une population de plus en plus âgée, qui augmentera encore le besoin de services.

Il est même possible que de nombreuses professions sur lesquelles la classe moyenne s’est construite, les « cols blancs » tels que les comptables, les avocats et les employés administratifs, disparaissent en raison d’une automatisation poussée. En revanche, les emplois dits « en col bleu » augmenteraient de manière exponentielle. La demande d’emplois qui sont parfois considérés comme peu attrayants par le grand public sera plus forte que jamais.

Raison 3 : le manque de population active

L’économiste en chef d’ING, Peter Van Den Haute, a récemment parlé du « drame de la Belgique », en comparant l’emploi de la population active en Belgique et aux Pays-Bas. En Belgique, seuls 74% des 20 à 64 ans sont actifs. Aux Pays-Bas, ils sont 82 %. Cela crée un cercle vicieux. Les employés en place sont soumis à une pression supplémentaire, ce qui les conduit à jeter l’éponge, à cause de burn-out et d’autres maladies.

Raison 4 : le nouveau regard de la nouvelle génération sur le travail

De nombreux millenials et zoomers ont une vision différente du travail. Nombre d’entre eux trouvent la semaine de 38 heures un peu trop lourde et tentent de réorganiser leur vie autour d’une semaine de quatre jours ou d’un mi-temps. Et bon nombre de jeunes témoignent d’une pression tout simplement trop forte et veulent rétablir l’équilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle. Les chiffres le montrent clairement. Le nombre de jeunes de 20 à 34 ans travaillant à temps partiel est passé de 16,4% en 2005 à 19,8% en 2020.

Raison 5 : le gel de la migration

Au cours des 50 dernières années, bon nombre des emplois que la population locale prenait trop peu en considération ont été occupés par des migrants. Parce qu’il y avait d’autres opportunités ou parce que ces emplois étaient sous-payés. Après la guerre, nous avons assisté à une vague italienne et turque, puis à une vague marocaine et africaine et plus récemment à une grande vague est-européenne. Seulement, ces flux migratoires ont été réduits à peau de chagrin et la tendance n’est certainement pas à une augmentation. En outre, les Européens de l’Est, dont on parle tant, retournent dans leurs pays où les salaires ont également fortement augmenté.

Aux États-Unis, The Great Resignation

Les États-Unis sont touchés par un effet supplémentaire, dont nous souffrons moins en Europe, car notre taux d’emploi a toujours été beaucoup plus faible. Pour des raisons difficiles à expliquer, de nombreux Américains ont cessé de chercher un emploi pendant la pandémie. Le nombre de travailleurs encore présents sur le marché du travail a donc été considérablement réduit. Les travailleurs en place, notamment dans le secteur des services, ont donc un pouvoir de négociation beaucoup plus important. En conséquence, la pression sur les salaires augmente fortement. Et ils utilisent pleinement ce pouvoir.

Une statistique hallucinante vient mettre le feu aux poudres. 7% des employés, soit 1 sur 14, dans le secteur de l’horeca, ont quitté leur emploi au mois d’août de cette année. Les entreprises américaines sont devenues de simples plaques tournantes, où les entreprises mendient des ouvriers, du personnel de restauration et d’autres chauffeurs routiers pour occuper des postes cruciaux.

Les Américains ont défini un terme pour cela : La Grande Démission – qui succède à La Grande Dépression et à La Grande Récession (aux États-Unis, ce genre de nom doit toujours comporter la mention « Grand »).

Cela se passe aussi chez nous

Il ne fait aucun doute que cette tendance a également commencé ici. Il suffit de voir les appels lancés par nos propres entrepreneurs dans presque tous les secteurs afin de combler les métiers en pénurie. De nombreuses entreprises suspendent leurs projets d’expansion ou réduisent les services existants, de sorte que nous subissons une « inflation fantôme« , c’est-à-dire moins de services pour le même prix.

Nous n’obtiendrons probablement pas les salaires que l’on observe déjà à New York, mais il ne fait aucun doute que le besoin de nombreuses professions en pénurie se fait de plus en plus sentir. Ceux qui se lancent dans des professions telles que éboueur, infirmier, ouvrier du bâtiment ou chauffeur de camion pourront consulter leur fiche de paie avec satisfaction dans quelques années.


L’auteur, Xavier Verellen, publiera bientôt son livre The Greatest-All-Time Formula : How Leadership Transforms a Champion Into a Superchampion.

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