Principaux renseignements
- Moody’s a maintenu la note de crédit Aa3 de la France malgré des perspectives négatives.
- Les experts financiers avertissent que des dépenses insoutenables et l’instabilité politique créent une « bombe à retardement » en matière de dette.
- Les investisseurs exigent désormais une prime de risque en raison de l’érosion de la crédibilité budgétaire de la France.
Moody’s a surpris en décidant de maintenir la note souveraine de la France à Aa3, allant à l’encontre des prévisions généralisées du marché qui tablaient sur une dégradation. Si cette décision procure un sentiment de soulagement momentané, l’agence a toutefois maintenu une perspective négative, indiquant que le risque d’une future dégradation reste élevé. Cette décision repose sur l’hypothèse que le gouvernement mettra en œuvre d’ici 2027 un budget visant à réduire le déficit et que l’instabilité sociale se stabilisera.
Réaction du gouvernement
Les responsables gouvernementaux ont rapidement réagi à cette nouvelle, la qualifiant de victoire. Le ministre français de l’Économie, Roland Lescure, a interprété cette décision comme une confirmation de la résilience économique du pays et de la crédibilité du budget actuel. Il a souligné à cette occasion que la réduction du déficit à 5 pour cent était une priorité non négociable. Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a lui aussi saisi cette occasion pour réfuter les prévisions des analystes pessimistes et des spéculateurs, en faisant valoir que les débats parlementaires en cours tracent une voie réalisable pour les créanciers.
Avertissements
Les experts financiers mettent toutefois en garde contre le fait de considérer cela comme une confirmation à long terme. Théophile Legrand, de la banque d’investissement française Natixis, affirme que si cette décision constitue certes une bonne surprise à court terme, les menaces sous-jacentes qui pèsent sur les finances publiques persistent. Il souligne que l’instabilité politique persistante et la capacité du gouvernement à gérer les manifestations à venir constitueront des tests décisifs pour la confiance des investisseurs.
Volatilité économique
Le climat économique reste précaire, le taux d’intérêt français à 10 ans ayant récemment dépassé les 5,1 pour cent. Il s’agit d’une hausse considérable par rapport aux niveaux antérieurs. Jérémie Peloso, de BCA Research, décrit la dette publique française comme étant devenue un «paria» en raison de modes de dépenses insoutenables, d’une faible croissance économique et du retour de l’inflation. Il souligne que cette volatilité nuit d’ores et déjà à l’économie réelle, notamment parce qu’il devient plus difficile pour le secteur immobilier d’obtenir des crédits. Même si certains investisseurs pourraient «acheter sur la baisse» lors des corrections du marché, Peloso prévient que la dette publique reste une «bombe à retardement», surtout à l’approche d’une élection présidentielle marquée par la volatilité.
Crise de confiance
Ce qui complique encore davantage la situation, c’est une « crise de confiance » croissante propre à la France. Les experts soulignent l’élargissement du spread entre les obligations françaises et allemandes comme preuve que les investisseurs exigent désormais une prime de risque spécifique pour la France. Il s’agit là d’un changement par rapport à l’époque où la dette publique française était considérée comme pratiquement identique aux titres allemands. Cet écart témoigne d’une grave perte de crédibilité politique et budgétaire.
Instabilité politique
Le paysage politique national contribue à l’instabilité. Les vives batailles menées à l’Assemblée nationale française au sujet des dépenses ont conduit les ministres à déplorer le manque de discipline budgétaire. Parallèlement, la perspective que des candidats à la présidence proposent un effacement ou une restructuration radicale de la dette a toujours effrayé les marchés par le passé. Les experts en concluent que, tant qu’il n’y aura pas de volonté politique sincère de s’attaquer aux déséquilibres structurels, il sera très difficile de regagner pleinement la confiance des investisseurs internationaux. (ev)
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