MidCat, un gazoduc vers le sud-ouest plutôt que vers le nord-est ? Portugal et Espagne sont séduits, mais la France freine

Entre la Russie et l’Europe, d’un point de vue énergétique, on ne peut même plus dire que ça sent le gaz. Gazprom n’envoie plus rien via Nord Stream 1 depuis le début du mois. L’UE prévoit de son côté un embargo à peu près total sur le pétrole russe. Il est peu probable que les valves s’ouvrent à nouveau pleinement pour Nord Stream 1, ou que Nord Stream 2 entre un jour en fonction. Mais il existe des routes alternatives.

Le Kremlin pérore sur un nouveau gazoduc destiné à satisfaire la soif de gaz chinoise, mais l’Europe n’est pas forcément dénuée d’options semblables, à l’opposé géographique. La péninsule ibérique pourrait devenir la nouvelle porte d’entrée du gaz en Europe grâce à ses nombreux terminaux GNL ouverts sur l’Atlantique – six en Espagne, le record européen, et un de plus au Portugal – qui lui offrent aisément le combustible américain.

En outre, la péninsule bénéficie déjà de gazoducs vers les sources d’approvisionnement africaines, un via le détroit de Gibraltar et le Maroc, et un autre depuis l’Algérie. Il ne manque plus qu’à relier ce système prometteur à l’Europe du Nord. Mais la France coince.

Seulement 120 km à creuser

L’Espagne, le Portugal et l’Allemagne ont relancé les discussions sur le projet de gazoduc MidCat reliant l’Espagne et la France à travers les Pyrénées, affirmant qu’il pourrait permettre l’exportation de 7,2 milliards de mètres cubes de gaz par an vers l’Europe centrale, doublant ainsi la capacité actuelle d’exportation de gaz de l’Espagne, signale Euractiv. Un chantier qui en plus n’aurait rien de compliqué, car il ne faudrait creuser que sur 120 km pour relier la Catalogne à l’Aude via Perpignan et Narbonne.

Mais à Paris, on affirme que les interconnexions existantes sont actuellement sous-utilisées et qu’un nouveau gazoduc de gaz fossile n’est ni nécessaire ni souhaitable au nom des engagements écologiques du pays. Il faut signaler aussi que les habitants des communes traversées par le projet de gazoduc – 44 de l’Aude et 51 des Pyrénées-Orientales – s’y opposent vivement à chaque fois que ce tracé est remis sur le devant de la scène, à sa conception en 2013 comme lors des derniers débats en 2019. Une grogne qui pourrait renaître et dont Macron se passerait sans doute très bien.

Macron attend de se laisser convaincre

Des détails de politique intérieure qui, d’un point de vue portugais, ne pèsent guère dans la balance par rapport à l’avenir énergétique de l’Europe : « La logique de la réalisation de cette interconnexion existe et est assez évidente, et a été renforcée après la guerre en Ukraine » rappelle le secrétaire d’État portugais aux affaires européennes, Tiago Antunes. « Nous pensons qu’il y a des arguments forts, et nous pensons qu’il sera possible de convaincre la France qu’il est dans l’intérêt de tous, dans l’intérêt de l’Europe, dans l’intérêt global de l’Europe, que nos pays soient plus interconnectés en termes d’énergie, car ce n’est qu’ainsi que nous serons plus sûrs en termes d’approvisionnement énergétique » a-t-il déclaré, de passage à Bruxelles.

Du côté français, le président Macron n’a pas tout balayé d’un revers de la main : il a répondu qu’il était prêt à se laisser convaincre. Mais à charge à d’autres de prouver la pertinence de la démonstration, donc.

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