Microsoft veut mesurer lui-même la qualité de vos réunions d’entreprise, via des outils (très) controversés

Image d’illustration (Isopix)

Déterminée à aider les entreprises à améliorer leur productivité, Microsoft a lancé le mois dernier un système permettant de mesurer l’utilisation que font les employés de ses outils numériques (email, chat, …). On append à présent que la société créée par Bill Gates veut également mesurer la qualité des réunions. Des innovations qui suscitent de vives critiques.

Le média GeekWire révèle que Microsoft a récemment déposé un brevet sur un système permettant d’estimer la qualité d’une réunion d’entreprise. Ce brevet, déposé le 12 novembre, fait suite à une autre demande introduite en 2018 et acceptée en août dernier. Microsoft semble donc s’atteler pleinement à ce nouveau projet. Or, il semble clairement empiéter sur la protection de la vie privée des employés.

Comment ça marche ?

Pour mesurer la qualité des réunions, le système de Microsoft nécessite l’installation de caméras dans les locaux où se déroulent lesdites réunions. Elles enregistrent la température ambiante, l’heure et le nombre de personnes présentes dans la pièce. Mais pas seulement. Elles analysent aussi le langage corporel des participants, ainsi que leurs expressions faciales. Couplé à d’autres logiciels, le système permet également de déterminer la réelle implication de l’employé en calculant la proportion de sa contribution à la réunion vis-à-vis d’autres tâches (envoi de SMS, consultation de mails, …).

Dans son dépôt de brevet, Microsoft livre un croquis de sons système de monitoring des réunions – Microsoft

Une fois que le système a été installé au sein d’une entreprise, il permet de livrer des informations sur la qualité des réunions qui se sont déroulées dans ses locaux. Et il donne des suggestions quant aux conditions permettant d’optimiser ces meetings. Combien de personnes faut-il convier? Lesquelles? Dans quels locaux? A quelle heure? Autant de questions auxquels le système devrait pouvoir répondre.

Dans sa demande de brevet, Microsoft souligne que les ‘systèmes de planification informatisée conventionnels manquent de contexte réel’. Ce qui débouche sur des réunions ‘trop longues’ et/ou ‘peu fréquentées’. En un mot: ‘improductives’. Grâce à son système, le géant de la tech estime qu’il pourra améliorer leur rendement.

Quid de la protection de la vie privée ?

Des caméras qui analysent les expressions faciales des employés pour juger leur productivité. La nouvelle ne ravit évidemment pas les fervents défenseurs du droit à la vie privée.

Le projet de Microsoft est d’autant plus interpelant que son brevet ne fait aucune mention de quelconques mesures de protection de la vie privée. La société a d’ailleurs refusé de commenter ses intentions, ne souhaitant pas répondre à la demande d’interview de GeekWire.

Signalons tout de même que Microsoft dispose d’un bureau d’éthique interne sur l’intelligence artificielle, ainsi que d’un comité à l’échelle de l’entreprise pour s’assurer que ses produits d’intelligence artificielle respectent ses principes d’IA responsable, notamment en matière de transparence et de respect de la vie privée.

Autre polémique

Si ce système de monitoring des réunions n’en est encore qu’à ses prémisses, Microsoft a lancé fin octobre un autre outil à disposition des entreprises, qui fait lui aussi débat.

Baptisé ‘Score de productivité’, le logiciel aide à comprendre la manière dont les employés utilisent les différents logiciels de Microsoft 365 (chat, email, etc.). Il doit permettre aux employeurs de mesurer l’efficacité des espaces de travail partagés utilisés par les travailleurs via le Cloud.

Cependant, une polémique a éclaté la semaine dernière, car des journaux ont révélé que, par défaut, le système donne aux employeurs les données sur chacun de ses employés, sans les anonymiser. Ils ont donc accès au nombre de mails qu’ils envoient chaque jour ainsi qu’à leur taux d’utilisation de la messagerie instantanée. Une nouvelle qui a poussé Wolfie Christl, de l’institut de recherche numérique indépendant Cracked Labs de Vienne (Autriche) à qualifier Microsoft 365 ‘d’outil de surveillance du lieu de travail à part entière’.

Le vice-président de Microsoft, Jared Spataro, a répondu lui-même aux critiques, rappelant que les options du ‘Score de productivité’ permettaient l’anonymisation des données et même de supprimer les données individuelles. Pas de quoi convaincre les détracteurs, étant donné que ce sont les entreprises qui décident elles-mêmes des paramètres de confidentialité de l’outil. Le nouveau projet de monitoring des réunions ajoutera de l’eau à leur moulin.