Malgré la guerre civile, la Belgique veut continuer à expulser les demandeurs d’asile afghans

En Afghanistan, l’offensive des talibans – jusqu’ici inarrêtable – a replongé un pays déjà fragilisé dans les horreurs de la guerre civile, forçant des centaines de milliers de personnes à l’exode. Et en Europe, on craint que cette vague d’exilés n’arrive jusqu’aux frontières de l’Union. Mais surtout, certains pays veulent continuer à expulser les sans-papiers afghans déjà présents sur leur territoire. Ce qui revient de facto à les renvoyer vers la guerre.

Six pays de l’Union ont écrit une lettre ouverte à la Commission européenne pour déclarer que stopper les expulsions « enverrait un mauvais signal et pourrait motiver encore plus de citoyens afghans à quitter leur maison pour l’Union européenne. » Les six nations signataires sont l’Autriche, le Danemark, l’Allemagne, la Grèce, les Pays-Bas. Et la Belgique.

Expulsions « massives »

Adalbert Jahnz, le porte-parole de la Commission pour les Affaires intérieures, ne peut que hausser les épaules: « C’est à chaque pays-membre de prendre la décision si les retours sont possibles dans un ensemble particulier de circonstances, ce qui doit prendre en compte des principes, notamment le principe des règles de lois et d’autres droits fondamentaux. Mais ce n’est pas quelque chose que l’Union régule particulièrement. »

Pourtant, en Belgique, la loi oblige à protéger les civils venus de pays en guerre, et une personne sommée de quitter le territoire peut arguer que sa sécurité personnelle est menacée si elle retourne dans son pays d’origine. L’Afghanistan a toujours posé problème à l’État belge sur ce point : en 2014, Maggie De Block avait refusé tout moratoire sur les expulsions vers l’Afghanistan, alors que le pays était déjà dans une situation difficile. Et les associations humanitaires dénonçaient des expulsions « massives » de demandeurs d’asile afghans.

La Belgique encore condamnée

Alors que les villes afghanes tombent les unes après les autres entre les mains des talibans, difficile de prétendre que l’endroit est assez sûr pour organiser des retours. C’est d’ailleurs l’avis que la Cours européenne des Droits humains a donné à l’Autriche la semaine dernière, demandant un arrêt des expulsions. Le pays alpin n’en a pas tenu compte.

Le gouvernement afghan lui-même a demandé aux pays d’Europe de mettre en place un moratoire d’au moins trois mois sur les expulsions de ses ressortissants. Jusqu’à présent, Finlande, Suède, et Norvège sont les seuls pays à s’y être engagés.

En octobre dernier, la Cour européenne des droits humains avait condamné à l’unanimité l’État belge pour avoir expulsé une personne soudanaise, malgré les risques manifestes de traitements inhumains et dégradants qu’elle encourait, et en violation du droit à un recours effectif contre la décision d’expulsion qui la frappait. Ce n’est pas la première fois que notre pays s’illustre ainsi.

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