Principaux renseignements
- L’OTAN prévoit désormais des frappes conventionnelles en profondeur à l’intérieur de la Russie afin de démanteler les infrastructures militaires.
- La production russe de drones et de missiles dépasse de loin les capacités défensives actuelles de l’Occident.
- L’Europe doit se doter d’arsenaux autonomes à longue portée alors que l’attention stratégique des États-Unis se tourne vers le Pacifique.
L’OTAN évalue actuellement la possibilité de lancer des frappes militaires conventionnelles en profondeur à l’intérieur des frontières russes si un allié venait à être pris pour cible. Comme le rapporte le Wall Street Journal, cette stratégie marque un tournant : on passe d’opérations frontalières purement défensives à un ciblage actif des infrastructures logistiques et industrielles qui soutiennent les efforts militaires russes.
Ce pivot stratégique intervient à un moment où la Russie dispose d’un avantage significatif en matière d’armement à longue portée, tandis que les membres européens de l’Alliance n’en sont qu’aux prémices du développement de capacités similaires.
L’évolution de la technologie des frappes en profondeur
Historiquement, les stratégies de la Guerre froide se concentraient sur les combats blindés et aériens en Europe, réservant les capacités de frappe en profondeur presque exclusivement aux armes nucléaires.
Cependant, l’évolution technologique depuis les années 1980 — en particulier l’avènement des missiles de croisière à armement conventionnel et l’amélioration de la précision balistique — a permis aux nations de frapper des cibles éloignées sans mettre en danger la vie des pilotes. L’intégration ultérieure de la navigation par satellite (GNSS) et de la technologie furtive a encore amélioré la précision et la capacité de pénétration, bien que le coût élevé de ces systèmes ait limité leur déploiement à des cibles de grande valeur.
Drones bon marché
L’émergence des « effecteurs à sens unique » (OWE), tels que le Shahed-136 de conception iranienne et son homologue russe, le Geran-2, a révolutionné la guerre à longue portée. Ces drones à faible coût peuvent être déployés en essaims massifs pour submerger les systèmes radar et épuiser les munitions de défense aérienne.
La Russie a perfectionné cette approche en Ukraine, en combinant ces drones avec des missiles balistiques et de croisière hypersoniques afin de contraindre les défenseurs à suivre simultanément plusieurs menaces se déplaçant à des vitesses variables.
Geran-4 et Geran-5
La production russe de ces moyens a connu une forte augmentation. Alors que la production de chars et d’avions reste stable, celle des missiles a été multipliée par dix, et la production mensuelle d’OWE dépasse désormais les 7 000 unités. Les versions plus récentes à propulsion à réaction, les Geran-4 et Geran-5, sont nettement plus rapides et plus résistantes à la guerre électronique, affichant un taux de réussite bien supérieur pour atteindre leurs cibles.
Ces capacités permettent à Moscou de menacer les infrastructures européennes critiques. Si le conflit en Ukraine prend fin, la Russie pourrait potentiellement réorienter ces stocks vers les réseaux de transport et d’énergie européens.
Plans de l’OTAN
En réponse, l’OTAN a commencé à intégrer des opérations conventionnelles de frappe en profondeur dans sa planification opérationnelle. Un récent symposium animé par le général Alexus G. Grynkewich a exploré l’utilisation d’un arsenal diversifié — comprenant notamment les missiles américains Tomahawk et ATACMS, les Storm Shadow britanniques et les missiles allemands Taurus — afin de compliquer les efforts défensifs russes.
Bien que ces plans soient de nature répressive et subordonnés à une attaque russe initiale, ils traduisent une volonté claire de projeter la puissance au-delà des frontières de l’Alliance.
La Russie accélère la production de missiles
La Russie a réagi par des avertissements. Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que, bien que Moscou ne cherche pas le conflit avec l’Europe, elle est prête à une guerre « très rapide » si les nations européennes devaient engager les hostilités.
Parallèlement, un écart de production reste préoccupant : la Russie produit environ 1 440 missiles balistiques par an, tandis que les États-Unis produisent environ 650 intercepteurs Patriot sur la même période, ce qui souligne la difficulté de protéger de nombreux sites dispersés.
Investissements européens
Pour combler cet écart, plusieurs pays européens investissent massivement dans des capacités de frappe autonomes. L’Allemagne envisage un investissement de 12 milliards d’euros dans des arsenaux à longue portée, notamment l’acquisition de systèmes américains Typhon et de missiles Tomahawk.
La France étudie la mise au point de missiles balistiques terrestres d’une portée de 2 500 km, tandis que le Royaume-Uni, la Suède et les Pays-Bas développent leurs propres missiles de croisière et programmes OWE.
L’évolution vers l’autonomie européenne
Cette dynamique de modernisation militaire est accélérée par un changement de politique américaine. Washington exprime le souhait que les Européens prennent les rênes de leur propre défense conventionnelle, alors que les États-Unis réorientent leurs ressources vers le Pacifique et l’hémisphère occidental.
Les services de renseignement allemands suggérant que la Russie pourrait être capable de mener une attaque à grande échelle d’ici 2028, le développement de capacités de frappe conventionnelle en profondeur est devenu une priorité urgente pour la sécurité européenne. (fc)
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