L’inflation resurgira-t-elle une fois l’épidémie endiguée? Les experts en doutent

Isopix

Les économistes ont souvent des opinions qui divergent, mais presque tous s’accordent pour dire que l’inflation est morte. L’inflation faible s’est désormais ancrée dans les politiques économiques et dans les marchés. Voilà pourquoi les banques centrales peuvent réduire leurs taux d’intérêt et acheter des obligations . 

Cette inflation explique comment les gouvernements ont pu se lancer dans une course effrénée aux dépenses et aux emprunts pour sauver l’économie des ravages de la pandémie, et pourquoi la dette publique des pays riches, qui représente 125% du PIB, ne fait sourciller personne.

Selon The Economist, la seule façon de justifier un marché boursier aussi brûlant, c’est la prévision d’un rebond économique (mais sans inflation) à compter de 2021. 

Pourtant,  beaucoup pensent que le monde pourrait, au lendemain de la pandémie, entrer dans une nouvelle ère où l’inflation serait plus forte. Leurs arguments ne sont guère écrasants, mais ils ne sont pas non plus dénués de sens. Même si la probabilité de devoir faire face à une poussée de l’inflation est faible, elle reste préoccupante. La dette est lourde et les bilans des banques centrales sont gonflés.

De nombreux économistes pensent que l’Occident, et en particulier la zone euro, se dirige vers un modèle proche de celui du Japon,  qui s’est vu plongé dans une déflation dans les années 1990, comme le souligne la Brooking Institution.

D’après les spécialistes :

  • Une explosion temporaire de l’inflation est possible à compter de l’année prochaine. Confinés, les gens n’ont pas pu dépenser leur argent et leur épargne a gonflé. Mais une fois vaccinés et ‘libérés’, les consommateurs risquent de se lancer dans une frénésie de dépenses qui dépassera l’offre des entreprises, ce qui pourrait provoquer une hausse des prix. L’économie mondiale laisse déjà présager quelques signes avant-coureurs de cette tendance: le prix du cuivre, par exemple, est 25% plus élevé qu’au début de l’année 2020.
  • Le monde devrait être en mesure de répondre à une telle explosion (temporaire) de l’inflation. Mais c’est là que les experts avancent un deuxième argument : des pressions plus importantes seront exercées sur les prix à mesure que les forces désinflationnistes structurelles s’inverseront. En Occident et en Asie, de nombreuses sociétés comptent des populations qui vieillissent, ce qui crée des pénuries de main-d’œuvre. Pendant des années, la mondialisation a fait baisser l’inflation en créant un marché des biens et du travail plus efficace. Aujourd’hui, la mondialisation occasionne un certain recul.

Ces hypothèses pourraient-elles se confirmer?

Une reprise temporaire de l’inflation en 2021 est tout à fait possible. Cette inflation pourrait même, dans un premier temps, laisser présager que l’économie se remet de la pandémie. Cela permettrait de faire disparaître une infime partie de la dette. Les décideurs politiques pourraient même pousser un soupir de soulagement, en particulier au Japon et dans la zone euro, où les prix sont en baisse. 

Les chances que l’inflation fasse son retour sur le long terme restent néanmoins plus faibles. Mais si les banques centrales devaient revoir leurs taux d’intérêt à la hausse pour éviter qu’une augmentation des prix ne devienne incontrôlable, les conséquences seraient graves. Les marchés s’effondreraient et les entreprises endettées pourraient se retrouver en faillite. Plus important encore, la dette des gouvernements et le passif des banques centrales pourraient être alarmants.

Les gouvernements ont émis des dettes à court terme, en partant du postulat que les taux resteraient bas. La maturité moyenne des bons du Trésor américain, par exemple, est passée de 70 à 63 mois. Les banques centrales ont tablé sur  un pari similaire. 

Ainsi, même si la probabilité que l’inflation marque un retour reste très faible, les conséquences pourraient être dramatiques. Peut-être les gouvernements devraient-ils financer la relance budgétaire en émettant des dettes à long terme. La plupart des banques centrales devraient aussi assouplir leur politique monétaire en prenant des taux d’intérêt négatifs à court terme. Les ministères des Finances devraient intégrer les risques pris par la banque centrale dans leurs budgets, et la zone euro devrait trouver un meilleur outil que l’assouplissement quantitatif pour mutualiser les dettes de ses États membres.