L’inflation fantôme : l’inflation dont personne ne parle et qui pèse lourdement sur l’avenir de notre société

Aujourd’hui, non seulement nous connaissons une forte augmentation du prix de nombreux biens, mais nous constatons également que de nombreux services pour le même prix ne fournissent plus réellement le même service: c’est l’inflation fantôme. Cette baisse de la qualité d’un même service ne se reflète pas dans les chiffres mensuels. La baisse du niveau de service dans les restaurants et les cafés est une chose, mais nous connaissons le même déclin dans des secteurs existentiels tels que les soins de santé et l’éducation. Nous sommes donc en phase d’alerte 1.

Le surprenant revers de l’inflation

L’inflation a presque remplacé le coronavirus comme mot de l’année 2021. Tout le monde en parle aujourd’hui. Cependant, l’inflation a deux faces. Vous pouvez payer plus pour le même bien ou payer le même prix pour un bien ou un service de qualité inférieure. Les économistes appellent cela l’inflation fantôme. Ce dernier phénomène est un fait depuis quelques mois maintenant. Le secteur des services connaît un déclin rapide, principalement en raison d’une pénurie de personnel qualifié dans des secteurs de services tels que l’hôtellerie, l’éducation, les soins de santé et l’industrie du voyage.

Forte augmentation des prix des biens

L’inflation est très facile à comprendre, car nous ressentons ce phénomène économique tous les jours dans nos portefeuilles. Les causes, en revanche, sont si complexes que les économistes se chamaillent depuis des mois pour savoir si cette inflation est temporaire ou permanente. Ce débat sera pour une autre fois.

Ce qui est certain, c’est que l’inflation atteint des proportions vraiment extraordinaires, un phénomène inédit depuis la crise pétrolière des années 1970. Aux États-Unis, nous approchons désormais de la barre des 6 %, mais en Belgique aussi, l’inflation atteint de nouveaux sommets, avec un pic provisoire de plus de 4 % en octobre 2021. C’est une conséquence de la forte hausse des prix de l’énergie. Des facteurs de ralentissement tels que la hausse des loyers se traduit par des loyers plus élevés ou une pénurie de puces qui entraînera une forte hausse des coûts de l’électronique en 2022 agiront comme un accélérateur à une nouvelle augmentation de l’inflation l’année prochaine. Si l’on ajoute à cela l’augmentation du coût du travail due au saut d’index qui revient et pour la première fois depuis 20 ans, la montée en puissance des « cols blancs », nous sommes face à un dangereux cocktail économique qui menace de déstabiliser notre économie.

Chiffres d’inflation en Belgique depuis 2010 (Source : Statbel) 

Ce qui est frappant dans ces chiffres, c’est que les services, tels que la culture et les loisirs, les soins, l’éducation, l’hôtellerie, la restauration et les voyages, ne semblent pas provoquer une nouvelle hausse de l’inflation.  

Chiffres de l’inflation en Belgique par secteur en octobre 2021 (Source : Statbel)

Mais voilà le hic. Tout le monde en a fait l’expérience ou a lu des articles à ce sujet. Les restaurateurs ne parviennent pas à trouver des cuisiniers qualifiés, il faut supplier pour trouver du personnel de nettoyage, les chauffeurs routiers se voient offrir des fortunes. Tout cela signifie que le niveau de service offert est en baisse depuis quelques mois.

Le niveau des candidats à l’emploi a baissé

Prenons un exemple. Les médias ont déjà largement fait état de l’affligeante pénurie de personnel, et notamment de personnel compétent, dans le secteur de la restauration. Les histoires de candidats qui ne se présentent pas, qui ont des exigences élevées et qui font à peine leur travail sont monnaie courante. Eugène Haesaerts, du restaurant anversois Ciro’s, en a récemment témoigné dans De Morgen : « Le niveau des candidats se situe désormais à dix centimètres sous le sol ». Et le chef étoilé Sergio Herman a également exprimé sa frustration quant au fait qu’il ne trouve pas de personnel motivé et compétent.

Le responsable de la restauration inventive

En attendant, ils doivent aller de l’avant. Le moyen de résoudre ce problème n’est pas seulement d’augmenter les prix, mais aussi, et surtout de réduire le service offert.

Les restaurateurs et les propriétaires de cafés sont inventifs et résolvent ce problème comme suit :

  • ils ferment (une partie de) la terrasse ou cessent d’offrir un service sur la terrasse. Vous devez aller au bar vous-même pour commander.
  • Ils réduisent le nombre d’heures ou de jours d’ouverture.
  • Ils réduisent le nombre de choix sur le menu.
  • Ils engagent du personnel non formé à qui vous devez expliquer vous-même ce qu’est une bière blanche.
  • ils emploient moins de serveurs et de cuisiniers, de sorte que le temps d’attente pour chaque commande augmente considérablement.

Bientôt, peut-être, il y aura des restaurants où il sera préférable de se mettre soi-même devant la cuisinière. En fin de compte, nous payons aujourd’hui davantage pour un service de qualité inférieure, c’est-à-dire l’inflation.

Cette inflation n’est pas reflétée dans les chiffres

Et c’est précisément cette réduction du service qui n’est pas reflétée dans les chiffres. Pour les biens, en revanche, elle est prise en compte, car elle est plus tangible. Le panier actuel ne contient plus les mêmes téléviseurs que ceux d’il y a dix ans. L’amélioration de la qualité au fil des ans est prise en compte. Ce n’est pas le cas pour les services, une distinction absolument essentielle que chacun doit comprendre.

Aux États-Unis, on dispose d’un peu plus de données à ce sujet. Le New York Times a analysé les données relatives à la satisfaction des consommateurs dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration et a constaté que dans tous les domaines, du service à l’entretien des salles de bains, les chiffres sont en chute libre, ces derniers ayant par exemple baissé de 4,2 % en un an. Quant aux centres d’appels, les Américains n’ont réussi à obtenir un opérateur en ligne dans les 5 minutes que dans 57 % des cas, contre 68 % en 2018.

La véritable crise de l’inflation

Le fait que nous devions parfois attendre une demi-heure pour obtenir une bière n’est pas si grave, mais c’est complètement différent avec la pénurie de personnel de santé et le manque absolument catastrophique d’enseignants, sans parler d’excellents enseignants. Aujourd’hui, cette inflation, à savoir payer plus pour un service de qualité inférieure, se traduit par le fait que beaucoup d’enfants doivent s’occuper pendant les heures de classe sans la présence d’un enseignant. C’est un état de fait dramatique.

Tout le soutien à nos ministres de l’éducation et de la santé

Bien que nous soyons tous conscients de ce phénomène, il est moins tangible parce que nous ne le voyons pas dans les chiffres mensuels. En revanche, l’augmentation des prix de l’énergie, elle, existe et nous, en tant que société, pouvons y répondre, par exemple en accordant des subventions supplémentaires aux personnes à faibles revenus.

Cependant, plus que jamais, nous devons travailler sur quelques professions de base et les rendre aussi attrayantes que possible. Les efforts de nos ministres pour tenter de ramener notre enseignement à un niveau élevé sont donc plus que jamais à applaudir. Cela créera à son tour de l’inflation, en augmentant les salaires, mais c’est certainement une meilleure inflation que celle causée par des services de qualité inférieure.


L’auteur Xavier Verellen est le directeur général de QelviQ, une entreprise d’Internet des objets dans le secteur du vin (www.qelviq.com).

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