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L’industrie du chocolat n’a jamais autant fait travailler les enfants: ‘Une hypocrisie ahurissante’

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Économie

22/10/2020 | Olivier Daelen | 7 min de lecture

Un enfant de 9 ans qui travaille dans une exploitation cacaoyère ivoirienne - Isopix

Un récent rapport montre que plus d’1,5 million d’enfants travaillent dans des exploitations cacaoyères à travers le monde. Des chiffres qui ne cessent d’augmenter, malgré les promesses de l’industrie d’enrayer le phénomène.

En 2001, les grandes marques du chocolat (Neslté, Mars et Hershey notamment) signaient un accord dans lequel elles annonçaient qu’elles mettraient tout en œuvre pour en finir avec le travail des enfants dans les exploitations de cacao. Un peu moins de 20 ans plus tard, force est de constater que leur mission est un échec.

Une récente étude de l’université de Chicago révèle que, sur une période de 2018 à 2019, plus des deux cinquièmes (43 %) de tous les enfants âgés de 5 à 17 ans appartenant à une famille active dans la production de cacao au Ghana et en Côte d’Ivoire – les plus grands producteurs mondiaux de cacao – sont engagés pour exercer des travaux dangereux (utilisation d’outils tranchants, le travail de nuit, l’exposition à des produits chimiques dangereux, …).

Par rapport aux chiffres de 2008-2009, le travail des enfants dans les exploitations cacaoyères ivoiriennes et ghanéennes a augmenté de 30%. En parallèle, au cours de la même période, la production de cacao a augmenté de 62% dans ces deux pays.

Au total, environ 1,5 million d’enfants travailleraient dans la production de cacao à travers le monde. La moitié d’entre eux serait exploitée en Côte d’Ivoire et au Ghana.

Les géants du chocolat réagissent

En dépit de ces preuves chiffrées, les entreprises chocolatières continuent de clamer qu’elles œuvrent pour éradiquer le travail des enfants au sein des exploitations cacaoyères auprès desquelles elles s’approvisionnent.

Ainsi, Mars a réagi en rappelant qu’il avait déjà investi un milliard de dollars pour mettre au point une stratégie visant à ‘aider à réparer une chaîne d’approvisionnement endommagée’.

La World Cocoa Foundation (WCF), qui représente de nombreux géants actifs dans le domaine du chocolat tels que Nestlé, Unilever, Ferrero ou Starbucks, a elle aussi réagi. Pour elle, les objectifs visant à réduire le travail des enfants ont été établis ‘sans comprendre pleinement la complexité et l’ampleur d’un défi fortement lié à la pauvreté dans les zones rurales d’Afrique’. La WCF ajoute que ces objectifs ont été fixés sans avoir anticipé ‘l’augmentation significative de la production de cacao au cours de la dernière décennie’.

Après leur accord de 2001, les entreprises s’étaient fixées des échéances pour 2005, 2008 et 2010. À chaque fois, elles n’avaient pas réussi à les respecter. C’est donc aussi le cas cette année.

Les associations s’insurgent

Pour les organisations qui luttent contre le travail des enfants, les stratégies mises en place par les grandes entreprises ne sont qu’un écran de fumée. En effet, un procès est actuellement en cours auprès de la Cour suprême américaine pour prouver que les fabricants de produits chocolatés profitent sciemment du travail abusif des enfants au sein des exploitations cacaoyères.

Charity Ryerson, fondatrice de l’organisation américaine Corporate Accountability Lab, estime que l’industrie du chocolat est coupable d’une ‘hypocrisie ahurissante’. ‘Si elle le souhaitait, elle pourrait mettre fin au travail des enfants dès demain’, a-t-elle déclaré.

‘Au cours des 20 dernières années, l’industrie du cacao a investi d’énormes compétences et ressources dans le domaine des relations publiques autour de la durabilité, mais l’augmentation du travail des enfants démontre qu’elle n’a absolument pas réussi à apporter cette même expertise et ce même investissement pour créer une réelle durabilité’, a-t-elle lancé.

À qui la faute ?

L’industrie chocolatière rejette ces accusations. Elle indique qu’elle fait de son mieux pour stopper le travail des enfants, mais que les obstacles sont nombreux. Problèmes légaux (les entreprises ne sont pas propriétaires des exploitations où sont commis les abus) et pratiques (les audits seraient coûteux et l’identification des exploitations fautives complexeS) sont mis en avant.

La Fairtrade Foundation reconnaît qu’il faut s’attaquer aux problèmes pratiques mais rappelle que seulement 6% des bénéfices totaux de l’industrie chocolatière reviennent aux producteurs. Louisa Cox, directrice de la fondation, estime qu’une partie des revenus des entreprises devrait être utilisée pour mieux outiller et former les agriculteurs.

Enfin, les autorités locales sont également pointées du doigt. La Côte d’Ivoire, qui a mis en doute les conclusions du rapport, a rappelé qu’elle avait organisé cette année de nombreux raids dans des exploitations cacaoyères, ce qui aurait permis de sauver des enfants. De son côté, le Ghana, via le Ghana Cocoa Board, a indiqué qu’il venait de mettre en place un coûteux système permettant de rendre la production de cacao plus transparente, et d’ainsi identifier les exploitations fautives.

L’industrie chocolatière mondiale pèse environ 142 milliards de dollars.

Source: Bloomberg


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