L’Inde veut voler le titre de « pharmacie du monde » à la Chine

L’Inde s’est donné pour objectif de rapatrier sa production médicamenteuse. Pour l’atteindre, le sous-continent devra d’abord diminuer sa dépendance à la Chine qui reste « la pharmacie du monde » par excellence.

Pourquoi est-ce important ?

Parmi toutes les choses que nous avons apprises durant la pandémie, il y a certainement notre dépendance à la Chine pour l'approvisionnement en médicaments. Plus précisément, les principaux ingrédients pharmaceutiques actifs (API), ces ingrédients chimiques qui sont la base de l'effet thérapeutique des médicaments.

Comme l’Europe, l’Inde a constaté durant la pandémie sa dépendance à la Chine pour se fournir en médicaments. Avec les problèmes de la chaine d’approvisionnement, des pénuries se sont fait sentir dans ce pays de plus d’un milliard d’âmes.

Bien que l’Inde soit déjà le troisième fabricant au monde de médicaments – une industrie de 42 milliards de dollars – le sous-continent dépend des API qui proviennent de Chine, entre 68 et 85% selon les rapports. Pour certains antibiotiques viraux, cette dépendance est même de 90%. On y retrouve notamment la pénicilline, rapporte le média économique américain CNBC.

L’Inde a donc pris une décision majeure suite à la pandémie: 35 API ont commencé à être produits dans 32 usines indiennes, en mars. Cela devrait permettre de réduire la dépendance à l’égard de la Chine de 35 % avant la fin de la décennie, selon une estimation de la société de notation ICRA Limited, la filiale indienne de Moody’s.

2 milliards de dollars d’incitations ont été prévus par les autorités indiennes pour que des entreprises privées se lancent dans la production des 53 API pour lesquels l’Inde dépend fortement de la Chine. Et les plus grandes entreprises pharmaceutiques indiennes semblent jouer le jeu. Le premier objectif est d’arriver à augmenter le chiffre d’affaires à 65 milliards de dollars d’ici 2024, et de doubler ce chiffre d’ici 2030.

Les médicaments ne sont qu’un exemple parmi d’autres de la délocalisation aveugle de la production vers la Chine qui a eu cours ces dernières décennies. Beaucoup d’équipements médicaux sont aussi fabriqués en Chine et pour lesquels nous dépendons trop.

En Europe

L’Europe s’est aussi rendu compte de sa dépendance durant la pandémie. Très vite, elle a annoncé son intention de rapatrier la production médicamenteuse. Mais dans les faits, c’est un processus très lent et aujourd’hui complètement éclipsé par l’actualité.

Rappelons que 60% du paracétamol était fabriqué en Chine, tout comme 80% de l’insuline. Face à ce constat, le géant pharmaceutique Sanofi avait promis une relocalisation de la fabrication des principes actifs.

En France, selon Bercy, 80% de notre retard aurait été rattrapé pour les principaux ingrédients pharmaceutiques actifs. Sur les 30 médicaments dont la France a le plus manqué au début de la pandémie, 24 sont en cours de relocalisation, rapporte BFM TV. Une usine de fabrication de paracétamol dans l’Isère qui devrait fournir un tiers de la production européenne sera achevée en 2023.

Mais cette relocalisation ciblée reste fragile à grande échelle. Car la fabrication d’API ne rapporte que quelques centimes par médicaments. C’est d’ailleurs la raison qui avait poussé les grands groupes pharmaceutiques à délocaliser leur production. D’ailleurs, certains s’interrogent aujourd’hui sur les subventions prévues par les États alors que ce sont les Big Pharma qui à l’origine ont fait ce choix de la délocalisation.

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