L’hydrogène rose trouve un premier distributeur commercial: quel avenir pour cette méthode de production encore à ses balbutiements?

En Suède, une centrale nucléaire alimente un électrolyseur, pour produire de l’hydrogène, utilisé comme refroidissant pour les réacteurs. Mais il y a un trop-plein, et l’exploitant le revend désormais à un distributeur de gaz, une première mondiale pour l’hydrogène « rose ». Au Royaume-Uni, un projet de ce genre est également en développement. La France s’intéresse aussi à cette méthode de production de l’hydrogène.

L’hydrogène se décline en différentes « couleurs », qui renseignent la manière dont il a été produit. Le gris est issu du méthane, gaz duquel il est séparé par la chaleur. Le bleu est le même que le gris, mais le CO2 (émis en quantité énorme lors de cette séparation) est capté et stocké. Le vert est issu de l’eau (alcaline) par électrolyse, ce qui sépare les molécules en oxygène et en hydrogène par deux pôles électriques différents. L’énergie pour ce procédé doit être issue de sources renouvelables, pour que l’hydrogène puisse être appelé « vert ». Si cette électricité est d’origine nucléaire, l’hydrogène est « rose ».

Jusqu’à aujourd’hui, cet hydrogène était uniquement utilisé comme refroidissant pour les réacteurs nucléaires. Mais la semaine dernière, un premier contrat a été signé pour fournir l’hydrogène rose à un distributeur de gaz, le géant suédois Linde. Le montant de l’engagement n’a pas été communiqué.

Excédent de production

C’est que la centrale nucléaire d’Oskarshamm, en Suède (une des trois du pays), n’a plus qu’un seul de ses réacteurs actif sur les trois. Depuis 1992, la centrale alimente un petit électrolyseur avec l’électricité qu’elle produit. Mais en 2016 et 2017, les deux premiers réacteurs ont été éteints, et l’électrolyseur produit plus d’hydrogène que n’en a besoin le réacteur ; l’excédent sera alors vendu à Linde. En tout, il peut produire jusqu’à 12 kilos de gaz par jour.

« Au départ, il s’agit de volumes relativement faibles », explique Johan Lundberg, directeur général d’OKG, la société qui exploite la centrale, repris par le média spécialisé Recharge. « Mais nous disposons de l’expertise, ainsi que des usines et des infrastructures, et je vois un très bon potentiel pour développer cette activité. Les besoins en hydrogène vont augmenter progressivement, et nous avons reçu un fort soutien de nos propriétaires Uniper et Fortum pour développer cette opportunité commerciale. »

Le directeur d’Uniper pour la Suède, Johan Svenningsson, estime encore que le pays est dans une situation particulièrement favorable pour produire de l’hydrogène: « Notre ambition est de développer le marché croissant de l’hydrogène en collaboration avec Fortum. Le système électrique suédois est pratiquement exempt de combustibles fossiles, et nous disposons donc de bonnes conditions pour produire de grands volumes d’hydrogène. »

Macron et l’hydrogène rose

Si ce contrat est le premier accord commercial, ce n’est cependant pas le seul projet d’exploitation d’hydrogène rose qui existe. La France tient à son parc nucléaire pour décarboner la production d’électricité, et Macron voudrait faire du pays le leader du marché de l’hydrogène (vert et rose, où certains veulent appeler le rose « vert » également, notamment EDF et Rosatom) d’ici 2030.

Dans un plan ambitieux pour le nucléaire, l’hydrogène et le renouvelable, Macron a mis 30 milliards d’euros sur la table. Ce plan comprend notamment deux « méga-entreprises » d’électrolyseurs. Avec toutes les centrales nucléaires que la France possède, Macron estime également qu’il sera facile de brancher des électrolyseurs pour produire de l’hydrogène.

EDF et le Royaume-Uni

Dans le sud-est de l’Angleterre, la société publique française EDF va ajouter de nouveaux réacteurs à la centrale nucléaire de Sizewell, chacun d’une puissance de 1,6 GW. Elle a récemment obtenu les autorisations et des aides publiques pour les construire. Le projet devrait entrer en service en 2034.

Dans la mesure où le Royaume-Uni compte faire fonctionner certains jours ses réseaux électriques à 100% grâce à l’énergie renouvelable, cela déboucherait sur une baisse de revenus pour les propriétaires de la centrale nucléaire. Mais ils ont trouvé la parade. EDF compte sur le fait que, lorsque leur installation produira trop électricité par rapport aux besoins des Britanniques, le surplus servira à produire de l’hydrogène rose. La chaleur résiduelle produite par la centrale nucléaire permettra de rendre le processus 10% plus efficace, estime EDF.

Un plan qui ne convainc pas Michael Liebreich, homme d’affaires et consultant : « L’idée de produire de l’hydrogène à partir du nucléaire, uniquement avec l’excédent d’énergie des jours ensoleillés ou venteux, est insensée : économiquement, cela ne fonctionnera pas », s’exprimait-il en août 2021, après l’annonce de ce projet d’EDF, repris par Recharge. La production par intermittence est beaucoup plus coûteuse que la production (quasi) continue, qui est nécessaire pour avoir un produit bon marché, estime aussi un rapport de l’Agence internationale de l’énergie.

Le Royaume-Uni s’est fixé pour objectif de produire 5 gigawatts d’hydrogène d’ici 2030. Il compte l’utiliser pour le transport routier, le chauffage domestique et la propulsion des navires. L’association britannique de l’industrie nucléaire estime qu’un tiers de l’hydrogène du pays pourrait provenir de l’énergie atomique, et d’un autre côté l’opérateur du réseau britannique estime que d’ici 2050 14% de l’énergie nucléaire produite pourront être injectés dans la fabrication de l’hydrogène.

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