Principaux renseignements
- L’Europe risque de devenir trop dépendante du matériel informatique asiatique et des infrastructures cloud américaines pour ses projets d’IA. C’est ce qui ressort d’une analyse réalisée par Allianz.
- L’incohérence des politiques publiques et la faiblesse des investissements privés freinent la croissance technologique du continent.
- Une simplification de la réglementation et un apport accru de capitaux sont essentiels pour garantir la souveraineté numérique européenne.
Une analyse récente d’Allianz met en garde contre le fait que l’Europe est de plus en plus vulnérable à un « piège de la dépendance » alors que l’intelligence artificielle transforme le paysage économique mondial. Alors que le monde s’oriente vers une économie axée sur la technologie, centrée sur les semi-conducteurs, les centres de données et les services cloud, le continent européen se retrouve à la traîne par rapport aux capacités stratégiques de l’Asie et des États-Unis.
La domination asiatique dans le domaine du matériel informatique
L’Asie conserve actuellement une avance considérable sur le marché du matériel d’IA, contrôlant 65 pour cent des exportations mondiales dans ce secteur. Cette domination est illustrée par le fait que sept des dix principaux exportateurs d’IA sont basés en Asie.
L’Europe dépend fortement de cette région pour des composants essentiels, tels que les GPU nécessaires à l’entraînement de l’IA ; plus précisément, plus de la moitié du matériel des centres de données européens provient de seulement cinq pays asiatiques : le Vietnam, la Malaisie, la Corée du Sud, la Chine et Taïwan.
Infrastructure numérique américaine
Parallèlement, les États-Unis exercent un contrôle significatif sur l’infrastructure numérique européenne. Les entreprises américaines dominent le marché du cloud computing avec une part de 80 pour cent et détiennent la majorité des revenus liés aux logiciels de gestion d’entreprise et de gestion de la clientèle.
De plus, les entreprises américaines gèrent 40 pour cent de la puissance de calcul actuelle de l’Europe et devraient diriger près de la moitié de tous les futurs développements de centres de données. Cela crée une situation précaire où l’Europe est vulnérable à un « kill switch », ce qui signifie que des entités américaines pourraient potentiellement désactiver des services cloud essentiels.
Le défi du double déficit
Le rapport attribue cette position précaire à un « double déficit » caractérisé par des politiques publiques incohérentes et un manque d’investissements privés. Contrairement au financement massif mené par l’État en Chine ou aux énormes injections de capitaux privés aux États-Unis, l’Europe est confrontée à des réglementations fragmentées et à des contraintes financières.
La croissance des infrastructures est encore freinée par des réseaux électriques obsolètes, des lois d’urbanisme restrictives et des processus d’autorisation fastidieux qui peuvent retarder la construction de centres de données de près de cinq ans.
L’Europe a aussi des atouts
Bien que la situation soit critique, le rapport souligne que l’Europe possède des atouts en matière de réglementation de l’IA et d’ingénierie industrielle. Un certain espoir réside dans les initiatives de « souveraineté informatique » menées en Suède et en France, qui visent à détourner les services publics des géants américains tels qu’AWS et Google au profit d’alternatives locales.
Cependant, ces projets restent actuellement de petite envergure par rapport à la concurrence mondiale. Pour sortir de ce cycle de dépendance, le rapport suggère que l’Union européenne doit de toute urgence rationaliser son cadre réglementaire et débloquer davantage de capitaux pour l’investissement technologique. (fc)
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