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Les grands maîtres du capitalisme l’admettent : le système est brisé

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Économie

29/01/2019 | Dominique Dewitte | 7 min de lecture

61% des jeunes Américains (âgés de 18 à 24 ans) ont un sentiment positif vis-à-vis du mot «socialisme». C’est ce qui ressort d’une enquête réalisée par SurveyMonkey et Axios. Ils sont même plus nombreux que des jeunes qui éprouvent des sentiments positifs à propos du mot «capitalisme». Ce dernier n’inspire que 58 % des jeunes répondants.

Aux États-Unis, les candidats démocrates à l’élection présidentielle qui penchent vers l’extrême gauche visent  donc de lourdes augmentations d’impôts pour les super-riches. C’est le cas pour la nouvelle «superstar» Alexandria Ocasio-Cortez, mais aussi pour Elisabeth Warren, légèrement plus modérée. Ces derniers jours, toutes deux ont inclus des propositions de « hausses d’impôts de confiscation » pour les super-riches dans leurs programmes. Cependant, le monde sait que de telles mesures ont généralement peu d’effets. Les super riches ont assez d’argent pour trouver des échappatoires fiscales ingénieuses ou pour déménager, comme ils le font en France

Bill Gates à Davos
EPA-EFE / ENNIO LEANZA

Le système capitaliste est brisé

Pourtant, l’élite mondiale, réunie à Davos la semaine dernière, était bien consciente du fait que le système capitaliste est en panne. Elle sait aussi que si elle ne fait rien, des choses désagréables pour elle risquent de se produire.

Lors du plus jeune Forum économique mondial, plusieurs participant ont donc clairement fait comprendre qu’ils avaient compris que le pendule s’était déréglé :

  • Les trois quarts des Occidentaux ont l’impression de ne pas obtenir la part de prospérité à laquelle ils ont droit. 1 sur 5 dit que le système fonctionne pour eux. Un sur trois pense que ses enfants seront moins bien lotis qu’eux-mêmes, selon le dernier sondage d’Edelman Trust Barometer.
  • Le revenu réel de ceux qui n’appartiennent pas au sommet absolu est resté pratiquement inchangé au cours des trois dernières décennies. Près d’un Américain sur deux ayant perdu son emploi a dû se contenter d’un emploi moins bien rémunéréLes places dans la classe moyenne sont de plus en plus chères .
  • Les prix de l’immobilier dans les villes américaines et européennes deviennent inabordables. Les jeunes peuvent encore difficilement acheter une maison sans l’aide de leurs parents.
  • Le sondage SurveyMonkey / Axios mentionné précédemment indique que 70 % des Américains déclarent qu’ils voteront pour un candidat qui se propose de réformer l’économie en 2020.

Citez-moi 1 pays où un impôt de 70 % sur la fortune a déjà fonctionné ? Les États-Unis …

Ce qui est devenu particulièrement clair à Davos, c’est que la discussion est très sensible. Quand on a demandé au magnat de l’informatique et milliardaire Michael Dell ce qu’il pensait du projet d’Ocasio-Cortez (elle veut taxer les riches à 70 %), il a essayé de ridiculiser la proposition. « Citez-moi dans un pays où une telle chose a fonctionné … un jour », a lancé Dell en riant. Jusqu’à ce qu’un professeur d’économie du panel lui fasse remarquer à juste titre :  » Les États-Unis, de 1930 à 1960″.

Mais la plupart des superstars capitalistes sont conscientes du fait que cette situation doit changer.

Le capitalisme n’est plus ce qu’il était

Le plus gros problème avec le capitalisme est qu’il ne fonctionne plus comme il avait été conçu à l’origine. Le capitalisme est censé rendre les marchés super compétitifs. Mais l’inverse est vrai : aux États-Unis, 4 compagnies aériennes contrôlent 65 % du marché. En télécom, 4 opérateurs télécom gèrent même 80 % du marché. Et c’est sans parler du cas de Big Tech, les firmes du secteur de la technologie. 

Nous aimons penser que le capitalisme génère de la générosité et que, par conséquent, il suscite la compassion et une forme d’éthique pour les moins fortunés. Mais ce n’est pas le cas. Aux États-Unis , 500 000 personnes vivent dans la rue tandis que18 millions de logements sont vacants. L’impact d’entreprises telles que Facebook  et  Amazon soulève de plus en plus de questions sur le capitalisme contemporain et sur la façon dont nous fonctionnons en tant que société. Pourtant, elle peut être résumée en quelques mots :

 » Jamais auparavant un groupe aussi restreint de personnes n’avait gagné autant d’argent en faisant autant de dégâts. »

Jeff Bezos - Mark Zuckerberg
Getty Images

La peur de la classe moyenne

La fin du capitalisme commence quand la pauvreté devient le produit final d’un monde plein d’abondance, disait Karl Marx. Il risque d’avoir une nouvelle fois raison.  Une grande partie de la société semble être exclue des fruits de la croissance économique. L’économie américaine est en très bonne santé selon divers paramètres, mais beaucoup de gens voient que Jeff Bezos n’a besoin que de 9 secondes pour gagner leur salaire annuel. Ils se demandent aussi pourquoi ils ont encore du mal à joindre les deux bouts et ce qui les attend lors de la prochaine récession. Le journal économique français Les Echos a calculé lundi qu’un chauffeur Uber gagnait 9,15 EUR par heure, à condition qu’il travaille 45 heures. 

Le pronostic est que 2020 aux États-Unis sera la première élection présidentielle de l’histoire où les riches pourront redouter l’un des candidats [des moins nantis]Les démocrates – comme Trump en 2016 – ne manqueront pas d’exploiter les craintes économiques de ceux qui ont été surnommés ‘forgotten people’ (que l’on peut traduire par « laissés pour compte »). Principalement les hommes et les femmes instruits qui avaient réussi à atteindre un certain niveau de confort. Ils ont peur pour eux-mêmes, leur avenir et celui de leurs enfants. Leurs rêves, leur horizon, leur avenir… tout s’effondre .

Gilets jaunes de protestation
EPA

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