Racisme à l’Euro: les footballeurs anglais accusent le gouvernement Johnson d’avoir « attisé le feu au début du tournoi »

Depuis la défaite de l’Angleterre en finale de l’Euro 2020 face à l’Italie dimanche soir, une vague de racisme déferle sur le pays. Les Three Lions tentent de faire front face à ces insultes inacceptables. Et chargent le gouvernement Johnson.

Depuis dimanche soir, Marcus Rashford, Jadon Sancho et Bukayo Saka, trois joueurs de couleur qui ont raté leur tir au but lors de la finale, reçoivent de nombreux messages à caractère raciste en provenance de « supporters » anglais en colère.

Sur les réseaux sociaux, tous les joueurs de l’équipe nationale anglaise ont pris la défense de leurs coéquipiers. Le capitaine Harry Kane a notamment eu des mots forts a l’égard des auteurs de ces messages.

« Trois gars qui ont été brillants tout l’été ont eu le courage d’intervenir et de botter un penalty alors que les enjeux étaient élevés. Ils méritent du soutien et non pas les vils abus racistes qu’ils ont subis depuis hier soir. Si vous attaquez quelqu’un sur les réseaux sociaux, vous n’êtes pas un fan de l’Angleterre et nous ne voulons pas de vous », a tweeté l’attaquant anglais.

Le sélectionneur des Three Lions, Gareth Southgate, a quant à lui qualifié ces insultes « d’impardonnables ». « Ce n’est tout simplement pas ce que nous défendons. Nous avons été un phare pour rassembler les gens, pour que les gens puissent s’identifier à l’équipe nationale, et l’équipe nationale représente tout le monde, donc cette unité doit continuer », a-t-il déclaré.

De son côté, le jeune médian Jude Bellingham a noté que ces actes racistes étaient « blessants mais pas surprenants ». « Je ne me lasserai jamais de dire qu’il faut en faire plus. Éduquer et contrôler les plateformes », a-t-il tweeté.

Une ministre prise en grippe

Parmi ces différentes réactions, l’une d’elles mérite d’être mise en exergue. Celle de Tyrone Mings. Sur Twitter, le défenseur anglais a directement apostrophé la ministre britannique de l’Intérieur Priti Patel. Cette dernière s’était dite « dégoûtée que les joueurs qui ont tant donné pour [leur] pays cet été ont fait l’objet d’injures racistes sur les réseaux sociaux ».

Réponse incendiaire de Mings: « Vous ne pouvez pas attiser le feu au début du tournoi en étiquetant notre message antiraciste comme une « Politique du geste », puis prétendre être dégoûtée lorsque la chose contre laquelle nous militons se produit ».

Au début du tournoi, une partie du public de Wembley avait hué le genou posé à terre par les joueurs anglais en guise protestation contre le racisme. La ministre Patel n’avait pas condamné les spectateurs en question, qualifiant l’attitude des Three Lions de « politique du geste ».

Boris Johnson avait lui aussi refusé de condamner ces huées. Selon ses opposants politiques, il aurait adopté cette position en vue d’alimenter des conflits culturels dans son pays, qui lui bénéficieraient.

Gary Neville, ancien international anglais désormais consultant pour Sky Sports, a abondé dans le sens de Mings.

« Lorsque les joueurs ont tenté d’expliquer le mois dernier que le fait de mettre un genou à terre était pour promouvoir l’égalité et combattre le racisme, cela a été ridiculisé par nos hauts responsables gouvernementaux. Alors quand on a des injures racistes à la fin d’un match de football, à la fin d’un tournoi, je m’y attends, malheureusement, parce que ça existe et que c’est en fait promu par le Premier ministre », a-t-il dénoncé.

L’affaire prend de l’ampleur

En ce début de semaine, au vu de l’actualité, Boris Johnson a été contraint de s’exprimer à nouveau sur le sujet. Lorsqu’on lui a demandé si, désormais, il mettrait lui aussi le genou à terre, le Premier ministre britannique a botté en touche.

« Je pense que les gens devraient se sentir libres de montrer leur respect et à quel point ils condamnent le racisme », a déclaré Johnson, ajoutant qu’il était au match dimanche et que toute la foule était respectueuse. « Je n’ai pas entendu une seule huée », a-t-il ajouté.

Steve Barclay, secrétaire en chef du Trésor, a quant à lui tenu à apporter son soutien à la ministre Patel, dont le comportement a été critiqué par Tyrone Mings. Il a rappelé qu’elle avait elle-même été victime d’abus racistes en ligne (elle a des origines indiennes, ndlr) et que le gouvernement prenait des mesures pour lutter contre ce problème.

En revanche, Johnny Mercer, député membre du Parti conservateur (comme Johnson, Patel et Barclay) a déclaré que Tyrone Mings avait eu « tout à fait raison » de critiquer le gouvernement.

« Très mal à l’aise par rapport à la position dans laquelle nous, conservateurs, nous forçons inutilement à nous mettre. Nous ne devons pas perdre notre chemin », a-t-il tweeté.

Une épine dans le pied du gouvernement Johnson

D’après certains observateurs, cette problématique pourrait mettre à mal la popularité de Boris Johnson et de son gouvernement auprès de la population. Car, si certains ont eu un comportement totalement inacceptable, une large frange des citoyens anglais ont tiré leur chapeau aux joueurs – ils ont atteint la finale d’un tournoi majeur pour la première fois depuis 1966 – et ont vivement soutenu leurs coéquipiers victimes de racisme.

La popularité de cette génération de Three Lions et leur militantisme pourraient rendre encore plus sensibles certaines questions sociales outre-Manche. Un terrain dangereux pour le Premier ministre et son gouvernement.

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