Les États-Unis déboursent 203 milliards de dollars pour leur nouvelle flotte de bombardiers B-21… et c’est une bonne affaire


Principaux renseignements

  • Le bombardier B-21 Raider échappe aux dépassements de budget habituels des projets militaires américains.
  • Les contrats à prix fixe ont transféré le risque financier au constructeur.
  • On table sur environ 550 millions de dollars (480 millions d’euros) par avion.

Bien que l’armée américaine soit souvent critiquée pour ses énormes dépassements budgétaires, le bombardier B-21 rompt avec cette tendance. Des projets très médiatisés comme le F-35, le destroyer de classe Zumwalt et le porte-avions de classe Ford sont devenus des symboles de mauvaise gestion financière, les coûts sur toute la durée de vie du F-35 pouvant dépasser les 2 000 milliards de dollars (1 750 milliards d’euros). Le programme Zumwalt a vu sa flotte passer de 32 navires à seulement trois en raison de la flambée des coûts, tandis que le porte-avions de classe Ford a souffert de la mise en œuvre simultanée d’un trop grand nombre de technologies non éprouvées.

203 milliards de dollars pour 100 avions

Compte tenu de l’extrême difficulté technique que représentent les bombardiers furtifs — illustrée par le coût unitaire exorbitant du B-2 Spirit —, beaucoup s’attendaient à ce que le B-21 suive ce schéma d’échec financier.

Contrairement à ces prévisions, le programme B-21 est resté conforme aux objectifs financiers fixés en 2010. Avec un coût total prévisionnel d’environ 203 milliards de dollars (177 milliards d’euros) pour le développement, l’exploitation et une flotte d’au moins 100 appareils, le coût d’acquisition par avion reste proche de l’objectif initial de 550 millions de dollars (ajusté aux valeurs de 2022). Le projet avance de manière réaliste, les vols d’essai étant déjà en cours et les appareils prêts au combat devant être déployés à la base aérienne d’Ellsworth d’ici 2027.

Une nouvelle approche

La principale raison de ce succès réside dans la structure du contrat. Contrairement aux modèles « coût majoré » utilisés pour les navires Ford et Zumwalt — où le gouvernement prenait en charge tout dépassement de budget —, le B-21 a fait l’objet d’un contrat à prix fixe. Cela a transféré le risque financier à Northrop Grumman, qui a déjà absorbé plus de 2 milliards de dollars de pertes pour maintenir le projet dans les limites du budget.

De plus, l’armée de l’air a évité la « dérive des exigences » en conservant une conception stable et en privilégiant des technologies éprouvées plutôt que des fonctionnalités révolutionnaires et risquées. Le secret absolu entourant l’avion a également empêché les pressions extérieures d’ajouter des capacités inutiles et coûteuses en cours de développement.

Risques futurs

Malgré ces avancées, le programme n’est pas exempt de risques futurs. Le B-21 en est encore aux premières étapes de sa production, et les coûts de maintenance à long terme — qui ont mis à mal le budget du F-35 — restent une inconnue. Northrop Grumman a déjà obtenu des plafonds de prix plus élevés pour les futurs appareils afin de tenir compte de l’inflation.

Cependant, le B-21 constitue une étude de cas cruciale en matière d’acquisition dans le domaine de la défense. En utilisant un modèle de gestion des risques piloté par le contractant, en maintenant une discipline technologique et en respectant un budget à long terme, le Pentagone a démontré qu’il était possible de rester dans les clous, fournissant ainsi un modèle pour les futurs marchés publics militaires. (fc)

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