Les Chiliens vont garder leur constitution datant de Pinochet : et maintenant, on fait quoi ?

C’était l’épreuve de force annoncée pour Gabriel Boric, le président chilien nouvellement élu sur un programme très ancré à gauche. Mais une part significative de la population n’a pas suivi. Au risque de plonger à nouveau le pays dans la contestation sociale ?

Ces dernières années, l’Amérique latine a massivement mis le cap à gauche, comme si dans chaque pays on voulait refermer au plus vite la tendance droitière précédente qui a, entre autres, mis au pouvoir Jair Bolsonaro au Brésil ou porté le rival de Boric lors de la présidentielle chilienne, José Antonio Kast, réputé proche des nostalgiques de Pinochet.

Forte participation et défi au gouvernement

Mais au Chili comme ailleurs, les nouveaux gouvernements voient leur ambition confrontée à la réalité du pouvoir : Boric vient de voir son projet de nouvelle constitution tomber à l’eau par manque de soutien de la population. Avec 96% des votes comptés dans le plébiscite de dimanche, le camp du rejet avait 61,9% de soutien contre 38,1% pour l’approbation, dans ce qui semblait être une forte participation avec de longues files d’attente dans les bureaux de vote. Le vote était obligatoire, rappelle The Guardian.

Cette nouvelle constitution devait remplacer le texte actuel, composé dans les années 1980 par la junte sanguinaire d’Augusto Pinochet, un régime qui a tenu le pays de 1973 à 1988 et qui est responsable de 3 200 morts et « disparus », sans compter les actes de torture, la répression des milieux de gauche, et les exils forcés.

La question des peuples indigènes

La nouvelle constitution devait consacrer la parité entre les sexes au sein du gouvernement et des autres organes de l’État – pour la première fois dans le monde – et donnait la priorité à la protection de l’environnement tout en reconnaissant les peuples indigènes du Chili pour la première fois dans l’histoire du pays, tout en consolidant de nombreux acquis sociaux. Mais le soutien aux peuples indigènes n’est pas forcément populaire dans le pays, et le camp du rejet a eu beau jeu de présenter cette reconnaissance comme un risque de diviser le pays.

Le président Boric a déjà reconnu la défaite de sa campagne. Il a déjà convoqué une réunion des chefs de parti pour lundi matin à La Moneda, le palais présidentiel. « Je m’engage à mettre tout en œuvre pour construire un nouvel itinéraire constitutionnel aux côtés du Congrès et de la société civile », a-t-il déclaré dans une allocution télévisée à la nation, confirmant qu’il rencontrerait les chefs des partis politiques et des deux chambres du Congrès lundi matin.

Période de crise

Après un tel coup dur envers un gouvernement de gauche contraint de maintenir une constitution héritée d’un régime d’extrême-droite, que va devenir le Chili ? Après des années de contestation, parfois très violente, pour les droits sociaux et surtout pour plus d’équité économique, un retour des manifestations est toujours possible. D’autant que le pays, comme ses voisins, subit les effets de la crise énergétique et du ralentissement économique, sans parler de la hausse des prix des matières premières et des denrées alimentaires. Le pays doit maintenant compter aussi sur une opinion publique fortement divisée politiquement.

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