Principaux renseignements
- Le projet i-Police, qui a échoué, a coûté 139,4 millions d’euros aux contribuables belges, soit plus que prévu initialement.
- Des défaillances de gestion et un manque de contrôle ont entraîné le gaspillage de plusieurs millions d’euros en licences logicielles.
- Le recours excessif à des consultants externes a paralysé les capacités informatiques internes.
Un récent audit de la Cour des comptes, via VRT NWS, révèle que l’initiative de numérisation i-Police, qui s’est soldée par un échec, a coûté 139,4 millions d’euros aux contribuables, soit près du double du chiffre précédemment annoncé de 76 millions d’euros. Cet écart a été mis en lumière après que le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, eut initialement informé le Parlement d’une dépense inférieure.
Le projet, qui visait à remplacer des systèmes informatiques obsolètes par une plateforme numérique unifiée intégrant l’intelligence artificielle et des analyses de données avancées, a été abandonné car il n’a pas produit de résultats tangibles d’ici 2025.
Dépenses inutiles en logiciels
L’audit met en évidence un gaspillage stupéfiant de ressources, notamment en ce qui concerne les licences logicielles. Sur les 30 millions d’euros dépensés en licences, environ 70 pour cent — soit environ 21,6 millions d’euros — sont désormais inutiles. Certaines licences n’ont jamais été utilisées, tandis que d’autres sont devenues obsolètes une fois le projet annulé.
La Cour avertit que les répercussions financières pourraient s’étendre davantage en raison des coûts permanents liés à la maintenance et aux mises à jour de systèmes qui n’ont jamais été pleinement déployés.
Défaillances de gestion et manque de contrôle
Une mauvaise gestion et un manque de contrôle ont encore davantage compromis l’initiative. Le projet comprenait des « résultats rapides », des étapes à court terme destinées à servir de période d’essai. Si celles-ci avaient échoué, le gouvernement aurait pu mettre fin au programme.
Cependant, la Cour des comptes a constaté qu’aucun objectif clair n’avait jamais été fixé et que la police avait déjà engagé des dizaines de millions dans les phases de suivi avant même que les essais initiaux n’aient été évalués, privant ainsi le gouvernement de son pouvoir de négociation vis-à-vis du prestataire de services.
Des consultants externes
Par ailleurs, le rapport critique le recours systématique de l’État à des consultants externes pour des opérations informatiques essentielles. En raison de salaires peu attractifs et de critères de recrutement rigides, la police n’a pas été en mesure d’attirer les talents spécialisés nécessaires sur un marché du travail tendu.
Ce schéma de dépendance excessive vis-à-vis d’experts externes, associé à un manque de supervision, fait écho aux défaillances précédemment relevées dans les efforts de numérisation du secteur judiciaire. La Cour suggère que le gouvernement doit rendre les postes informatiques du secteur public plus attractifs afin de développer une expertise interne.
Enquêtes judiciaires en cours
Bien que l’audit se concentre sur les défaillances financières et opérationnelles plutôt que sur l’attribution de responsabilités individuelles, la débâcle de l’i-Police fait actuellement l’objet d’une enquête judiciaire. Cette enquête porte sur d’éventuels conflits d’intérêts et le détournement de fonds publics.
Les récents développements de cette procédure judiciaire ont déjà conduit à des accusations de violation du secret professionnel à l’encontre de porte-parole du parquet de Bruxelles et du ministre de la Justice Annelies Verlinden. (fc)
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