Principaux renseignements
- Le PAM prolonge son contrat avec Palantir malgré les mises en garde internes concernant les risques liés à la confidentialité des données.
- Les liens avec l’armée et les failles en matière d’exploration de données menacent la sécurité des populations vulnérables.
- La dépendance vis-à-vis du système et les pressions politiques empêchent l’agence d’abandonner le logiciel.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies est en train de finaliser une prolongation de cinq ans de son contrat avec la société américaine d’analyse de données Palantir. Cette décision est maintenue malgré la fuite d’un audit interne datant de 2025 qui soulignait des préoccupations «hautement prioritaires» concernant la confidentialité des données et l’absence de protocoles suffisants de gestion des risques. Cet audit, révélé par PassBlue et FRANCE 24, suggère que le PAM n’a pas su répondre aux problèmes critiques de confidentialité soulevés par des critiques tant internes qu’externes concernant le Digital Operations and Transformation System (DOTS), le logiciel développé par Palantir pour gérer la vaste chaîne d’approvisionnement humanitaire de l’agence.
Tensions éthiques
Palantir, une entreprise profondément ancrée dans les secteurs américains du renseignement et de l’armée, est spécialisée dans le traitement d’énormes volumes de données afin d’identifier des schémas complexes. Ce lien a toutefois suscité des divisions au sein de l’ONU. Certains responsables privilégient l’efficacité opérationnelle offerte par le logiciel. D’autres estiment en revanche que cette collaboration est discutable sur le plan éthique. Ces inquiétudes sont encore renforcées par l’implication de l’entreprise dans des opérations militaires meurtrières et dans le contrôle de l’immigration, ainsi que par les déclarations publiques du PDG de Palantir, Alex Karp, dans lesquelles il reconnaît l’utilisation du logiciel dans des situations de combat.
Le risque lié à l’exploration de données
Un point de discorde majeur concerne la possibilité de pratiquer le « data mining ». Bien que Palantir nie utiliser les données de ses clients pour entraîner ses modèles d’IA, des experts soulignent que certaines dispositions spécifiques des contrats de licence d’utilisation constituent une faille juridique qui permettrait à l’entreprise d’affiner ses algorithmes à l’aide de données de l’ONU. Il s’agit notamment de dispositions telles que le droit d’utiliser les données à des fins d’« amélioration des performances ». Les chercheurs de l’initiative « Tech for Bad » avertissent que le PAM transmet en réalité des informations sensibles sur des populations vulnérables à un sous-traitant militaire. Ce dernier pourrait alors potentiellement abuser de ces informations pour suivre les déplacements des civils en période de conflit.
Secret interne
En interne, le PAM a connu des difficultés en matière de transparence. D’anciens employés décrivent une culture du secret où le simple fait de mentionner Palantir était considéré comme un « sujet tabou » afin d’éviter toute atteinte à la réputation. Malgré ces tensions et une pétition officielle du personnel de l’ONU appelant à la résiliation du partenariat, la direction laisse entendre que l’agence est désormais trop dépendante du logiciel pour pouvoir facilement changer de cap. Abandonner DOTS serait techniquement ardu et coûteux, ce qui risquerait d’entraîner l’effondrement de la chaîne d’approvisionnement.
Pressions financières et politiques
Les pressions financières et politiques jouent également un rôle. Les États-Unis restent l’un des principaux bailleurs de fonds. De ce fait, certains craignent que la rupture des liens avec une entreprise basée aux États-Unis n’entraîne des mesures de rétorsion de la part du gouvernement. Bien que le PAM ait obtenu gratuitement le contrat logiciel initial, il dépense toujours des millions de dollars pour l’infrastructure cloud et des consultants spécialisés. Alors que certains collaborateurs considèrent ce logiciel comme médiocre et trop coûteux, d’autres continuent d’affirmer qu’il s’agit d’un outil indispensable pour garantir une efficacité maximale dans l’aide humanitaire à l’échelle mondiale.
Une tendance mondiale à la résistance
Cette controverse reflète une tendance mondiale plus large de résistance à l’égard de Palantir. Diverses institutions, notamment des hôpitaux publics à New York et des services de sécurité en France et en Allemagne, ont mis fin à leur collaboration avec l’entreprise en raison de préoccupations liées à la souveraineté des données et à la surveillance. Alors que cette opposition internationale s’intensifie, la dépendance persistante de l’ONU vis-à-vis de cette entreprise continue de faire l’objet d’un débat interne intense. (ev)
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