Le président pro-Bitcoin du Salvador s’autoproclame « dictateur le plus cool du monde », les États-Unis s’en mêlent

Nayib Bukele, président du Salvador depuis 2019, s’est fait connaître dans le monde entier cette année en faisant de son pays le tout premier à adopter le Bitcoin comme monnaie légale. Un projet qui ne fait pas l’unanimité auprès de ses citoyens, dont une partie lui reproche bien d’autres choses encore. Et notamment une tentative de s’accaparer le pouvoir. Il en rit. Les États-Unis pas du tout.

Tout qui s’intéresse un tant soit peu à l’actualité des cryptomonnaies sait désormais où placer sur une carte le Salvador et ses 6,5 millions d’habitants. Et connaît également son président, Nayib Bukele. C’est lui qui a poussé pour que son pays soit le premier au monde à accepter le Bitcoin comme monnaie légale.

Depuis que le Congrès du Salvador a approuvé la loi en faveur du Bitcoin, en juin dernier, les manifestations contre celle-ci se sont multipliées. Ces derniers jours, des milliers de Salvadoriens sont à nouveau descendus dans les rues. Pour dénoncer le fait que, selon eux, leur président soit en train de se transformer en dictateur.

Un remplacement de juges qui pose question

M. Bukele a été élu président du Salvador lors de l’élection présidentielle qui s’est tenue en février 2019, basant notamment sa campagne sur son intention de combattre la corruption. Il a d’abord dû composer avec un Parlement qui lui était hostile. Mais en février dernier, à l’occasion des élections législatives, son parti, Nouvelles Idées, a obtenu la majorité. Ce qui lui a donné une marge de manœuvre bien plus importante.

Dans la foulée, les cinq membres de la chambre constitutionnelle de la Cour suprême du Salvador et son procureur général indépendant, qui s’étaient opposés plusieurs fois à des actions de M. Bukele auparavant, ont été remplacés. Les nouveaux juges, placés par le président et son parti, ont ensuite annulé ce qui avait longtemps été interprété comme une interdiction constitutionnelle de réélection présidentielle consécutive. Cela ouvre donc à présent la voie à M. Bukele pour se présenter pour un second mandat en 2024. Bien qu’il n’ait pas encore annoncé son intention de le faire.

Ces différentes décisions n’ont pas plu du tout aux États-Unis. Ce lundi, le département d’Etat américain a choisi de placer les cinq juges en question sur une liste d' »acteurs non démocratiques et corrompus ».

Jean Manes, le chargé d’affaires de l’ambassade des États-Unis à San Salvador a expliqué que cette mesure avait été prise parce que les juges avaient voté en faveur de la réélection du président, « ce qui est clairement interdit par la Constitution ». « Que voyons-nous maintenant ? C’est un déclin de la démocratie, et c’est exactement ce qui se passe », a-t-il averti, cité par le Guardian.

« La plus basse forme d’interventionnisme »

Face à cette importante décision des États-Unis, M. Bukele a tenu à se défendre. Il a déclaré la décision américaine de placer les cinq juges sur cette liste n’avait « rien à voir avec de la corruption ». Il l’a qualifiée, au contraire, de « pure politique et de la plus basse forme d’interventionnisme ».

Grand amateur de Twitter, le président salvadorien y a clamé que son pays n’était « l’arrière-cour de personne ».

En plus de ce début de crise diplomatique avec les États-Unis, M. Bukele doit faire face à une opposition de plus en plus vive au sein de sa population. Les manifestations à son encontre redoublent d’intensité. Pour lui, elles n’ont pas lieu d’être. Il a déclaré que les manifestants qui avaient participé à une marche organisée la semaine dernière étaient « descendus dans la rue pour combattre une dictature qui n’existe pas ».

Par la suite, M. Bukele a changé sa bio Twitter, se qualifiant ironiquement de « dictateur ». Sans doute averti qu’il y était allé fort, il a fini par modifier à nouveau son profil. A présent, il s’autoproclame « dictateur le plus cool du monde ».

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