Le plus grand producteur européen de biogaz estime que les objectifs énergétiques de l’UE sont irréalisables : « Ce que nous pouvons faire sera limité »

Selon Ole Hvelplund, PDG de la société danoise de biométhane Nature Energy, il faudra des années pour augmenter sensiblement la production de biogaz. C’est plus long que ce que l’Union européenne a prévu dans ses plans visant à réduire la dépendance à l’égard des produits énergétiques russes.

L’UE souhaite que la production de biogaz fasse plus que doubler. Cette augmentation de la production devrait permettre de compenser environ 3 % du gaz russe perdu d’ici la fin de l’année. Concrètement, il s’agirait de 3,5 milliards de mètres cubes de biogaz sur un déficit possible de 101,5 milliards de mètres cubes de gaz russe. Toutefois, M. Hvelplund déclare au journal économique Financial Times qu’il faut au moins deux ans pour obtenir les permis et construire les usines.

« Le facteur le plus important pour augmenter la production est de construire plus d’usines. On ne fait pas ça en un été. Il faut un peu de temps pour cela », peut-on lire. « Il ne s’agira pas de doubler les centrales existantes, car vous avez (trop, ndlr) de contraintes physiques. À court terme, jusqu’à l’hiver prochain, ce que nous pouvons faire sera limité. »

Quelles sont les pierres d’achoppement exactes ? « Nous devons trouver des endroits où construire ces usines, un moyen rapide de délivrer les permis, un accès facile au réseau de gaz, un accès facile aux biodéchets dans un cercle de 25 kilomètres et un prix plancher sur le gaz (…) – alors cela débloquera beaucoup d’investissements en Europe », argumente le président exécutif.

Nature Energy, qui a généré 200 millions d’euros de recettes l’année dernière, est à la pointe du secteur du biogaz. Mais le secteur attire aussi de plus en plus l’attention des multinationales de l’énergie. Par exemple, Shell a mis en service sa première usine de biométhane aux États-Unis en septembre dernier.

Déchets organiques

Le biogaz est produit à partir de déchets organiques : boues, déchets de jardin, résidus de fruits et légumes et déchets animaux tels que le fumier. Le gaz est produit par « digestion anaérobie », un processus dans lequel les bactéries digestives décomposent les parties digestibles de la biomasse dans un environnement sans oxygène. Ce dernier est ensuite purifié en biométhane par extraction du dioxyde de carbone, puis ajouté au réseau de gaz naturel.

Les promoteurs affirment que les émissions de CO₂ provenant du processus de purification auraient été émises naturellement de toute façon, de sorte que la technologie permet d’économiser les émissions qui auraient été libérées par la combustion du gaz naturel.

Cependant, certains scientifiques ont remis en question ses qualités écologiques. Par exemple, une étude récente de l’Imperial College de Londres a révélé que les fuites de méthane pendant la production sont plus importantes qu’on ne le pensait. Et le CH4 est un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le CO₂ …

(JM)

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