Le Pentagone souhaite développer un missile hypersonique trop rapide pour être intercepté par les systèmes de défense


Principaux renseignements

  • La DARPA recherche un missile de croisière hypersonique révolutionnaire capable de percer les défenses ennemies avancées.
  • Cette initiative privilégie la capacité de production en série afin d’éviter les retards coûteux rencontrés avec les prototypes précédents.
  • Des partenariats stratégiques entre les géants de la défense et les petites entreprises permettront de réaliser le saut technologique nécessaire.

La Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA), le centre d’innovation de haute technologie du Pentagone, sollicite des propositions pour un missile de croisière hypersonique de pointe conçu pour contourner les lignes de défense ennemies modernes. Cette arme, baptisée « Next Generation Hypersonic Cruise Missile », devrait atteindre une vitesse supérieure à cinq fois celle du son. Contrairement aux missiles traditionnels, ce système utiliserait un moteur aérobie pour puiser de l’oxygène dans l’atmosphère pendant son vol.

L’expertise technique

Le 7 août, le Bureau des technologies tactiques de la DARPA a publié un appel à informations via SAM.gov. Dont la date limite de réponse est fixée au 6 octobre. Cette demande constitue une étape préliminaire visant à recueillir des avis techniques auprès d’universités, de laboratoires gouvernementaux et d’entreprises privées, et ne constitue pas un contrat officiel. L’agence entend utiliser ces contributions pour définir les objectifs stratégiques et les paramètres techniques du projet. Afin de favoriser l’innovation, la DARPA encourage les partenariats entre des sous-traitants de défense bien établis. Tels que Raytheon et Lockheed Martin, et des entreprises plus petites et non conventionnelles.

Les réseaux mondiaux de défense

La nécessité de ce développement découle des progrès rapides réalisés par les réseaux intégrés de défense aérienne dans des pays tels que la Russie et la Chine. Ces systèmes sophistiqués, composés d’avions de chasse, de batteries de missiles et de radars, ont réduit l’efficacité des capacités d’attaque à longue portée dont disposent actuellement les États-Unis. Selon la DARPA, les prototypes hypersoniques actuels n’apportent que des améliorations mineures. Un bond technologique révolutionnaire serait nécessaire pour conserver un avantage stratégique dans les conflits futurs.

Les échecs du passé

Cette nouvelle initiative s’appuie sur le concept d’arme hypersonique à respiration atmosphérique (HAWC). Ce dernier utilisait la technologie des scramjets, des moteurs qui compriment l’air à des vitesses supersoniques sans pièces mobiles. Bien que le programme HAWC ait démontré avec succès, début 2023, qu’un missile pouvait parcourir plus de 300 milles marins à une vitesse supérieure à Mach 5, la transition vers une arme opérationnelle s’est avérée difficile. Le missile de croisière d’attaque hypersonique (HACM) de l’armée de l’air a connu des retards répétés et des dépassements budgétaires. Sa mise en service opérationnelle a donc été reportée à 2029 et son coût s’élève à près de 2 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros). Ces revers ont contraint l’armée de l’air à relancer l’ancien programme ARRW à titre de solution de secours et ont incité la DARPA à éviter les approches de conception incrémentales.

La production en série

Afin d’éviter de nouveaux échecs, la DARPA met l’accent sur une approche dite « Design for Manufacturing and Assembly » (conception en vue de la fabrication et de l’assemblage). Cette approche garantit que l’arme est conçue dès le départ pour une production en série rentable. L’agence recherche diverses propositions concernant les dimensions des missiles et leurs modes de déploiement, allant des petits avions à réaction aux versions de grande taille lancées depuis des bombardiers ou des navires. Elle s’intéresse également aux matériaux résistants à la chaleur et aux systèmes de propulsion innovants susceptibles d’accélérer le développement.

Perspectives

Une réunion d’information technique est prévue en septembre à Arlington, en Virginie, afin de fournir davantage de détails aux partenaires industriels. À terme, le Pentagone tente de déterminer si l’industrie de défense américaine est capable de rompre avec un schéma qui, depuis une décennie, voit des prototypes prometteurs se heurter à des coûts prohibitifs et à des retards chroniques dans le calendrier. (ev)

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