Le grand retour de Stromae: comment le génie de notre plus grande exportation culturelle reflète parfaitement notre société actuelle

Après 6 ans, Stromae est de retour, et comment ! Son dernier single Santé est déjà une perle, la chorégraphie du clip semble d’un autre monde et il va bientôt repartir en tournée. Mais ce qui est encore plus important, c’est que Stromae sait parfaitement depuis des années comment fonctionne la société actuelle et comment il est lui-même régulièrement victime de cette même société. Dans tous ses feux d’artifice créatifs, il est aussi un symbole de notre absurde pays, la Belgique, et de la nécessaire résurrection future de notre secteur culturel.

Jimmy Fallon, l’un des animateurs de talk-show les plus importants des États-Unis, a invité Stromee – c’est ainsi qu’on l’appelle en Amérique – dans son émission le mois dernier et les réactions qui ont suivi ont été extrêmement enthousiastes. La chorégraphie de Santé, un numéro de pompage rythmique entièrement dans la tradition du maître bruxellois, a conquis de nombreux cœurs.

Plus d’un milliard de vues sur YouTube

Stromae est aujourd’hui notre plus grande exportation culturelle. Lorsqu’il a percé en 2009 avec Alors on danse, tout est allé très vite pour Paul Van Haver – son vrai nom. Sa mère flamande l’a élevé. En un rien de temps, il a été porté par des stars mondiales comme Madonna et Kanye West, a vendu 3 millions d’albums, recueilli 1 milliard de vues sur YouTube et vendu plus de 2 millions de billets.

La perfection stylistique et rythmique

Stromae ne l’est pas devenu du jour au lendemain. C’est un génie stylistique qui raconte une histoire avec une musique pop très bien conçue, soutenue par une mise en scène dans laquelle la mode et la danse occupent une place centrale. Magicien des mots, il est de loin le meilleur artiste de rue de sa génération, une forme d’art qui séduit aujourd’hui un large public, comme en témoigne l’engouement autour des artistes Jean Michel Basquiat et Banksy. Qui n’a pas mémorisé le clip Formidable, un chef-d’œuvre absolu ?

Mais Stromae est bien plus que cela. Il n’évite pas les sujets difficiles comme la mort et le cancer. Même Jacques Brel aurait été jaloux de Quand C’est.

Symbole de notre pays absurde et culturellement diversifié

Stromae est également un entrepreneur. Il a lancé sa marque de mode Mosaert, qui reflète parfaitement la société multiculturelle et diverse dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Il intègre aussi parfaitement l’âme de René Magritte. Notre pays est un désordre quelque peu absurde, il n’est donc pas surprenant que le surréalisme y règne en maître. Ses clips sont truffés de références au grand maître peintre, des chapeaux melon portés par ses musiciens aux textes poétiques truffés de jeux de mots absurdes.

La recherche de la liberté et de l’indépendance

Stromae est également un penseur de la liberté qui symbolise toute une nouvelle génération qui se détourne de l’establishment. Les jeunes se rebellent contre la façon dont ils ont été laissés pour compte pendant la pandémie de Covid et contre le fait qu’ils n’ont pas d’argent pour acheter un appartement, car les prix de l’immobilier ont explosé. Tout comme les inventeurs du bitcoin ont tourné le dos à l’establishment financier et tout comme Tim Berners-Lee a voulu empêcher les grandes multinationales de s’emparer d’Internet – ce qu’il n’a malheureusement pas réussi à faire – Stromae a également dit au revoir à sa maison de disques et tente de trouver sa voie sans aucune dépendance vis-à-vis du « système ».

Le troubadour de tous les oubliés de notre société

Stromae est un parolier qui chante la polarisation et la lutte qui fait rage dans notre société actuelle, entre les riches et les pauvres, les migrants qui cherchent à être acceptés et un monde en pleine mutation où la crise du Covid-19 a laissé de nombreux groupes sociaux sur le carreau. Santé lève son verre à toutes ces personnes oubliées qui ont besoin d’une voix. Il était en avance sur son temps lorsqu’il s’agissait de discuter des transgenres et des personnes non binaires. Tous les Mêmes rend parfaitement compte de ce désir.

Mais aussi une victime de cette société

La pression incessante de notre société ne l’a pas épargné non plus. Lorsqu’il a effectué plus de 200 concerts entre 2014 et 2015, tout est devenu trop lourd pour lui, et il a dû se retirer pour récupérer. Il a souffert d’un burnout. Notre société avec toutes ses impulsions à travers principalement les médias sociaux rend beaucoup de gens fatigués et lui aussi a abandonné. Le burnout est une maladie mentale majeure aujourd’hui et son plaidoyer pour ralentir sonnera comme de la musique à beaucoup d’oreilles.

Il symbolise la résurrection future de notre secteur événementiel, qui est très riche dans notre pays, dans toutes les régions linguistiques, et que nous devons chérir. La Belgique est un Absurdistan, mais nulle part ailleurs un artiste ne pourrait trouver autant d’inspiration. Sans créativité, nous n’avons pas d’avenir en tant que pays. Nous devons donc faire tout ce qui est en notre pouvoir pour soutenir nos artistes. Une fois que les salles de concert seront à nouveau ouvertes, il est de notre foutu devoir de retourner dans les arènes et les maisons de la culture.

L’auteur Xavier Verellen est le directeur de QelviQ, une entreprise d’Internet des objets dans le secteur du vin (www.qelviq.com)

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