Le dilemme de l’OPEP sur les baisses de production de pétrole: maintenir ou réduire les restrictions?

Forages pétroliers au Nouveau-Mexique, aux Etats-Unis. (AP Photo/Charlie Riedel, File)

Les pays membres de l’OPEP vont se réunir ces lundi et mardi pour discuter de la production de pétrole au cours des prochains mois. Depuis avril, le groupe a réduit fortement la production de pétrole pour limiter la chute du cours de marché. Les restrictions pourraient se maintenir encore pendant plusieurs mois, même si les annonces de vaccins efficaces offrent de nouveaux espoirs de relance à court terme.

Au début du mois, les premières annonces sur l’efficacité des vaccins ont fait naître de réels espoirs de relance sur les marchés pétroliers. Les prix semblent s’équilibrer un peu en dessous des 50 dollars par baril, soit un niveau deux fois plus élevé qu’au plus fort de la crise, en avril dernier. Pour survivre à la crise, les pays membres de l’OPEP+ avaient décidé d’une baisse historique de la production mondiale de près de 10 millions de barils par jour.

En été, les dirigeants de l’OPEP ont réduit quelque peu les restrictions. Par rapport au début de l’année, la production est aujourd’hui réduite de 7,7 millions de barils. Ce lundi et ce mardi, l’OPEP se réunit pour discuter de ces restrictions : faut-il les maintenir ou les réduire ? La question est plus que difficile pour les membres. D’un côté, leur production est limitée depuis 7 mois, ce qui a un impact sur leur rentrée d’argent. D’un autre, s’ils rouvrent trop rapidement les vannes, ils pourraient faire à nouveau face à un choc pétrolier. Toute la question va se jouer sur la production américaine.

Le pétrole américain

La production américaine de pétrole a toujours été un point sensible au sein de l’OPEP. Au cours de la dernière décennie, le pétrole américain a grignoté les parts de marchés des producteurs historiques. Lors de la réunion, toute la question sera de décider si oui ou non l’OPEP autorise les États-Unis à augmenter considérablement leur production.

Cela fait à présent 4 mois que les États-Unis augmentent progressivement leur production, tout en restant à un niveau 60% plus bas qu’au début de l’année, selon The Financial Times . L’OPEP ne peut pas augmenter sa production sans augmenter celle des États-Unis, et inversement. Ce qui crée un conflit.

D’une part, les pays membres veulent augmenter leurs productions pour pouvoir gagner plus et remplir la trésorerie nationale. Et d’autre part, ils ne veulent pas submerger le marché et risquer de voir les prix à nouveau s’effondrer.

Si c’est le premier argument qui gagne, l’organisation devrait permettre en janvier une augmentation de la production mondiale de 2 millions de barils. Sinon, cette révision des restrictions sera reportée en mars voire en juin 2021.

Prévision pour 2021

Pour prendre une décision, les membres de l’OPEP devront aussi se baser sur les prévisions pour 2021 et celles-ci restent mitigées. La bonne nouvelle est que les prix du pétrole devraient légèrement augmenter au cours de l’année 2021. Les experts ne sont pas tous d’accord sur un chiffre précis. Certains disent 50 dollars par baril d’ici la fin de l’année 2021, d’autres disent 55 dollars et enfin, les plus optimistes poussent jusqu’à 60 dollars, explique la CNBC.

Toutefois, bien que plusieurs vaccins aient annoncé leur arrivée imminente sur le marché, la crise du coronavirus est loin d’être finie. Suite à une hausse des contaminations, de nombreux pays ont dû reconfiner la population et fermer à nouveau leur économie. Et il y a peu de chances que la situation puisse se rétablir rapidement. Aux États-Unis, on craint une nouvelle vague après les rassemblements pour Thanksgiving. En Europe, ce sont les fêtes de fin d’année qui pourrait relancer l’épidémie, alors que certains pays sont toujours en train de se battre contre la seconde vague. Pour le marché du pétrole, très dépendant de l’activité économique, ces restrictions sont loin d’être rassurantes.

Au vu de cet important dilemme, la réunion de l’OPEP risque d’être fortement tendue. Certains experts s’attendent même à de nouveaux conflits entre les pays membres.