Le dernier gouverneur de Hong Kong: ‘Xi Jinping a rendu la Chine plus dangereuse, pour l’Occident comme pour son propre peuple’

Lord Chris Patten (EPA-EFE/JEROME FAVRE)

‘Xi Jinping a rendu la Chine plus dangereuse, immorale et problématique, pour l’Occident comme pour son propre peuple.’ C’est en tous cas ce qu’a déclaré Lord Chris Patten dans une interview accordée au journal Le Soir.

Lord Chris Patten a été le 28e et dernier gouverneur britannique de Hong Kong entre 1992 et 1997. C’est sous sa supervision que s’est déroulé le transfert de la colonie hongkongaise à la Chine à la fin de son mandat. De 1999 à novembre 2004, Chris Patten a été commissaire européen aux relations extérieures. Il est aujourd’hui président de l’université d’Oxford.

Selon lui, le covid-19 a bel et bien été passé sous silence par le Parti communiste chinois. Chris Patten affirme que la maladie est ‘omniprésente dans toutes les couches de la société chinoise’. Afin de dissimuler les mauvaises nouvelles, Pékin a menti et fait de la propagande. En permettant à des millions de Chinois de voyager – même à l’étranger – à l’occasion du Nouvel An chinois, le Parti communiste est, selon ce diplomate, directement responsable de la propagation de la pandémie mortelle. ‘Tout le monde sait que le communisme est un système meurtrier.’

Ces dernières années, Chris Patten s’est érigé en fervent critique du régime chinois. Ce qui lui a valu de nombreuses insultes dans la presse locale. Selon le Britannique, la Chine n’a jamais tenu sa promesse ‘d’un pays, deux systèmes’ à Hong Kong. ‘Si nous ne pouvons même pas avoir confiance dans les autorités chinoises à Hong Kong, où le pouvons-nous? Nulle part, apparemment.’

Chris Patten s’inquiète par ailleurs pour l’avenir de Taïwan, surtout après la récente démonstration de force de Pékin en mer de Chine.

Une attitude uniforme envers la Chine

Ce politicien conservateur britannique – notoirement opposé au Brexit – plaide pour l’adoption d’une attitude uniforme envers la Chine, plutôt que de voir chaque pays tenter de tirer profit de ses relations avec le géant asiatique. Cependant, la crise du coronavirus a désormais sérieusement entaché l’image de la Chine. Les opportunités que proposera la Chine à l’avenir aux économies émergentes seront dorénavant considérées avec bien plus de suspicion.

Dans ce contexte, l’élection de Donald Trump à la présidence américaine a été ‘un don du ciel’ pour le régime chinois, estime encore Chris Patten. Alors que la Chine viole systématiquement les accords commerciaux internationaux, le président Trump s’en prend à ses alliés occidentaux au nom du protectionnisme. Il espère qu’au final, les deux superpuissances parviendront à empêcher une nouvelle guerre froide. ‘Une fois le virus vaincu, la coopération internationale deviendra plus importante que jamais. Tant que le régime chinois restera au pouvoir, nous devrons coopérer avec lui. Mais seulement si nous continuons à défendre nos propres valeurs démocratiques’, conclut Chris Patten.

La Chine se braque

À une grande différence près par rapport à la période de la Guerre froide. À l’époque, les États-Unis ne dépendaient absolument pas de la Russie économiquement. Ce qui est beaucoup moins vrai aujourd’hui avec la Chine, et inversement d’ailleurs. Cette interdépendance a mené à une guerre commerciale contrôlée, avec des périodes de réchauffement et de refroidissement.

Les accusations américaines sur l’origine du virus et la rétention d’informations au moment de son apparition ont toutefois fait monter la tension d’un cran. La diplomatie chinoise répond coup pour coup, voire même davantage.

Si on s’était habitué à la communication agressive de Donald Trump, la donne a changé du côté de Pékin.