Principaux renseignements
- De graves pénuries de personnel menacent le succès opérationnel du Canada, quel que soit l’avion choisi.
- Le maintien de deux flottes d’avions distinctes submergerait l’Aviation royale canadienne, déjà mise à rude épreuve.
- Grâce à une fusion de capteurs supérieure, le F-35 constitue le choix stratégique le plus viable pour un alignement à long terme sur l’OTAN.
Le Canada évalue actuellement les avantages de l’acquisition de Saab JAS-39 Gripen suédois par rapport aux F-35 américains de Lockheed Martin, mais le débat s’est déplacé du matériel vers les ressources humaines.
Une pénurie critique de pilotes qualifiés et de personnel de soutien signifie que le simple fait d’augmenter le nombre d’avions ne garantira pas le succès opérationnel. Cette crise de personnel est devenue un sujet central après que les tensions commerciales avec les États-Unis ont entraîné une révision des achats en mars dernier.
Pression organisationnelle et gestion de la flotte
L’ancien commandant adjoint du NORAD et lieutenant-général à la retraite Alain Pelletier a exprimé sa crainte que la gestion de deux types d’avions distincts ne submerge l’Aviation royale canadienne (ARC).
Il fait valoir que l’armée ne peut pas simplement multiplier le nombre d’experts et de formateurs nécessaires, et met en garde contre le fait que la transition vers deux flottes distinctes simultanément, alors que les effectifs sont déjà insuffisants, créerait une pression organisationnelle considérable.
Lacunes en matière d’infrastructures et de formation
Ces préoccupations trouvent un écho dans un rapport de 2025 de la Vérificatrice générale, qui indique que le programme de formation sur le F-35 est insuffisant pour atteindre la pleine capacité opérationnelle d’ici la période 2032-2033. Le rapport souligne en outre un manque de techniciens de maintenance et révèle que les installations essentielles de Bagotville et de Cold Lake accusent un retard de plus de trois ans par rapport à leur calendrier de construction.
Le vérificateur général adjoint Andrew Hayes a souligné devant une commission sénatoriale que l’achat de nouveaux avions, y compris ceux acquis auprès de l’Australie, est vain sans le personnel qualifié nécessaire pour remplir les obligations envers l’OTAN et le NORAD.
L’engagement envers le F-35
Malgré ces obstacles, le gouvernement canadien maintient son engagement envers le F-35. Bien que le nombre total d’appareils à acquérir n’ait pas encore été annoncé, Ottawa s’est déjà assuré l’acquisition de 16 avions et a commencé à financer l’équipement de 14 autres.
Les calendriers officiels indiquent que la formation débutera à la base aérienne de Luke, en Arizona, en 2026, la transition vers les opérations canadiennes devant commencer en 2028.
La stratégie nationale de Saab
Dans le but de rester compétitif, Saab a positionné le Gripen comme une alternative viable. Cette initiative a été renforcée en juillet 2026 lorsque Magellan Aerospace et GE Aerospace ont signé un protocole d’accord visant à assurer un soutien national pour le moteur F414 du Gripen E, dans le but de développer une expertise aérospatiale souveraine au Canada.
Toutefois, cet accord ne constitue pas un achat officiel.
Connaissance de tous les domaines
D’un point de vue stratégique, le général de corps d’armée Pelletier plaide en faveur du F-35, invoquant sa fusion multicapteurs supérieure. Il estime que cette technologie, qui intègre divers flux de données en une seule image tactique, offre un avantage décisif sur les adversaires.
Selon Pelletier, le F-35 est le choix le plus durable pour les trois prochaines décennies et s’aligne sur les normes des alliés de l’OTAN. Il souligne en outre que de telles capacités sont essentielles à la « connaissance de tous les domaines », permettant au Canada de surveiller non seulement l’espace aérien, mais aussi les menaces maritimes émanant de pays comme la Chine et la Russie.
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