Le 4e exportateur mondial de blé connaît, lui aussi, de sérieux soucis de récolte

Un hiver trop sec a endommagé le blé d’automne dans le sud des Etats-Unis, et un printemps trop humide empêche les fermiers de semer le blé de printemps. Une première estimation donne une perte de 28% pour le premier type de blé, et pour le deuxième, les plantations sont très fortement en retard, ce qui peut très fortement réduire la récolte en été. Le marché mondial est déjà très tendu, et les risques de crise de la famine ne feront qu’augmenter.

La situation va encore se compliquer sur le marchés alimentaires, notamment de blé (ce qui a toujours un impact sur les autres produits). C’est que les céréales ukrainiennes sont immobilisées dans les ports, par le blocage russe de la mer Noire, et ne peuvent être exportées. Et les graines qui doivent être semées au printemps ne peuvent difficilement l’être, comme les champs de blé sont devenus des champs de bataille. La Russie est également un grand exportateur, mais est boycottée. L’Inde était alors pointée du doigt comme un remplacement partiel de cette baisse de l’offre, mais suite à une vague de chaleur terrible, les récoltes ont souffert et le pays a interdit les exportations. Plusieurs pays d’Asie ont d’ailleurs adopté la même approche, et leur protectionnisme menace un peu plus la sécurité alimentaire mondiale.

Et voilà un autre acteur, le quatrième plus grand exportateur du monde, qui affiche de mauvaises récoltes. Les Etats-Unis ont connu un hiver très sec, puis de fortes pluies, des neiges tardives et des inondations, tout récemment. Ces pluies ont été si fortes que semer les graines a été une tâche difficile. Sur le Dakota du Nord, Etat qui produit habituellement le plus de blé (« de printemps »), les données des autorités locales donnent une sombre estimation : les graines ont été semées sur la plus petite part de la surface jamais enregistrée, rapporte Reuters.

Le problème est que les sols, dans cet Etat frontalier avec le Canada, sont aujourd’hui trop gorgés d’eau pour planter les graines, qui auront plus de difficultés à pousser. Le passage avec les tracteurs est également plus compliqué, et endommage en plus la terre. Mais la fenêtre durant laquelle on peut semer les graines se ferme rapidement : planter les graines trop tard donnera des plantes avec moins de rendement, et leur récolte devra avoir lieu plus tard, ce qui les expose au risque de gel.

Sérieux retard des plantations

Dwight Grotberg, un agriculteur de la région, interrogé par Reuters, indique n’avoir que pu semer sur un quart de la surface, pour l’instant. Et il n’est pas le seul à rencontrer ce retard. Sur l’Etat entier, la semaine dernière, du blé avait été planté sur 27% de la surface. En 2021, au même moment, 93% des terres avaient déjà été couvertes, et 80% sur la moyenne des cinq dernières années, selon la North Dakota Wheat Commission. A échelle des Etats-Unis, 50% des terres ont été couvertes, contre 83% en moyenne. Dans l’Etat voisin du Minnesota, le constat est encore plus sombre : seuls 11% du blé ont été plantés.

L’émergence des graines est ainsi inévitablement en déclin aussi. Dans l’Etat de Dakota du Nord, seuls 9% des graines sont actuellement sorties de terre. Sur le total des Etats-Unis, 29% des plantes ont émergé, contre 50% en moyenne à cette date.

Cela donne donc déjà un mauvais présage pour les récoltes ayant lieu en été. Mais les Etats-Unis ont en fait deux récoltes par an. Il y a d’un côté le blé du printemps, planté, comme son nom l’indique, au printemps, et le blé d’automne, planté en automne et qui doit être récolté bientôt. Mais ce blé d’automne n’a pas pu pousser comme prévu.

Perte de 28%

L’hiver, période où se développe le blé planté en automne, a été particulièrement sec. Au Kansas notamment, le premier producteur du pays pour ce type de blé, la sécheresse aurait détruit au moins un quart (28%) de le production.

Dans cet Etat du Sud, certaines parcelles sont tellement asséchées que les agriculteurs ne vont même pas faire la récolte et abandonner la parcelle jusqu’à labourer la terre pour les prochaines plantations de graines. Pour Romulo Lollato, agronome à l’université d’Etat du Kansas, cité par Reuters, jusqu’à 10% des terres pourraient ainsi être laissées à l’abandon. Le ministère américain de l’Agriculture s’attend à 6%. Dans l’Etat du voisin du Colorado, on s’attend même à 30%.

Impact sur le marché

En 2020-2021, les Etats-Unis ont exporté 27 millions de tonnes de blé. Il faut voir l’impact total sur les deux types de blé, mais on peut déjà s’attendre à une quantité moins importante cette année. Et cette baisse de production, et perte sur le marché mondial, aura deux effets : d’abord, une hausse des prix, comme l’offre (future) se fait de fait de plus en plus rare, à échelle mondiale. Ensuite, les pays en voie de développement vont être ceux qui souffrent le plus : pas uniquement à cause des prix, mais à cause de risques sérieux pour la sécurité alimentaire. De plus en plus de grands acteurs, comme les Nations unies ou le Fonds monétaire international, s’alarment que la famine va exploser dans les mois à venir.

Une solution actuellement discutée, et qui pourrait effectivement faire baisser les prix et les risques de famine, est d’avoir accès aux graines ukrainiennes. Reste à voir si les politiciens occidentaux et leurs homologues russes sont prêts à trouver une entente : la Russie veut l’abandon des sanctions pour ne plus bloquer les céréales, mais l’Europe vient de lancer des nouvelles sanctions sur le pays.

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