L’avenir flou de la plus ancienne banque belge face à l’incertitude chinoise

Le propriétaire chinois de Nagelmackers annule la vente de la plus ancienne banque du pays. Mauvais temps pour celle-ci puisqu’elle doit également chercher un nouveau CEO, le patron actuel ayant donné sa démission.

La banque Nagelmackers est loin de descendre un long fleuve tranquille, elle qui compte environ 170.000 clients. Depuis 2015, la banque est aux mains du groupe chinois Anbang, qui avait pourtant de grands projets pour elle. C’était avant qu’Anbang ne soit rappelé à l’ordre par Pékin. Le groupe a depuis été nationalisé et rebaptisé Dajia.

Depuis lors, Nagelmackers attend de voir quels plans Pékin prépare. Les Chinois l’ont mis en vente l’année dernière, mais avec l’absence d’offres satisfaisantes, la vente est à nouveau annulée, annonce Nagelmackers dans un communiqué de presse.

Départ du CEO

‘Dajia a lancé un examen stratégique de ses actifs en dehors de la Chine, y compris la banque Nagelmackers, en mai 2017 et a reçu plusieurs manifestations d’intérêt à la fin de l’année dernière’, peut-on lire dans le communiqué. ‘À la lumière de l’amélioration significative des performances financières de Nagelmackers et du succès de sa stratégie recentrée, Dajia est convaincu qu’elle peut apporter une valeur ajoutée en mettant en œuvre avec succès la stratégie recentrée.’ Autrement dit: Nagelmackers reste aux mains des Chinois, ayant réalisé l’année dernière un bénéfice net de 9 millions d’euros.

Pour cette ‘mise en œuvre’, Nagelmackers devra d’abord chercher un nouveau CEO. Le Britannique Tim Rooney, qui n’a été nommé que l’été dernier, partira immédiatement, selon la banque. Rooney était auparavant l’un dirigeants d’Anbang Belgium Holding et un lien important entre les Belges et les Chinois. Dans l’attente d’un nouveau CEO, c’est le directeur financier David Yuan qui dirigera temporairement la banque.

Waldorf Astoria

Anbang est le conglomérat chinois qui s’est fait un nom il y a six ans avec l’achat du prestigieux hôtel new-yorkais Waldorf Astoria. L’acquisition de la banque Nagelmackers faisait partie d’un plan visant à devenir un acteur financier majeur en Europe. Les employés belges ont dû s’habituer à l’arrivée des Chinois, avec d’importantes les différences culturelles en termes de gestion et de relations de travail.

Or, l’expansion européenne sous le nouveau propriétaire chinois n’a pas eu beaucoup de succès. Anbang et son dirigeant Wu Xiaohui sont tombés en disgrâce avec les dirigeants politiques de Pékin, le groupe (trop) ambitieux prenant des risques financiers trop importants. En 2018, le ‘président Wu’ a même été condamné à 18 ans de prison car il aurait trompé les investisseurs chinois avec des rendements d’assurance trop élevés. Et les comptes d’Anbang n’étaient pas corrects…

Fondée en 1747

Nagelmackers est la plus ancienne banque de Belgique. Elle a été fondée à Liège en 1747 par Pierre Nagelmackers et a été indépendante pendant plus de 240 ans. Ce n’est qu’en 1990 qu’elle a été intégrée à un groupe, le BNP français. Quelques années plus tard, la banque Nagelmackers a atterri entre les mains de l’assureur P&V. En 2001, le groupe néerlandais Delta Lloyd a racheté Nagelmackers.

Mi-2005, la marque bancaire séculaire a disparu des rues, la société ayant été rebaptisée Delta Lloyd Bank. Ce n’est qu’en 2015 que les Chinois ont rétabli l’ancienne marque.

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