L’armée de l’air américaine va transformer d’anciennes plates-formes pétrolières en bases de lancement de missiles


Principaux renseignements

  • Le projet Able Baker transforme des plateformes pétrolières offshore désaffectées en plates-formes de lancement pour missiles.
  • Cette reconversion permet d’économiser des frais de démolition coûteux et de protéger les écosystèmes marins.
  • La Space Force a besoin de capacités de lancement supplémentaires, les sites traditionnels tels que Vandenberg et Cap Canaveral arrivant à saturation.

L’armée de l’air américaine a lancé le projet Able Baker, qui vise à transformer des plateformes pétrolières offshore désaffectées en sites de lancement maritimes pour des propulseurs de fusées lourds réutilisables. C’est ce que rapporte Defense News. Ces propulseurs seront utilisés par la Space Force américaine et des entreprises spatiales commerciales telles que Blue Origin, United Launch Alliance et SpaceX.

En recourant à une infrastructure maritime fixe, l’armée de l’air souhaite réduire sa dépendance vis-à-vis des navires-drones coûteux. À la place, un réseau de points de récupération sera mis en place. Cette transition devrait permettre d’augmenter la fréquence des lancements et de limiter l’impact des bangs soniques sur les riverains et les voies de navigation.

Résoudre un dilemme environnemental

Cette proposition aborde un dilemme environnemental et financier majeur concernant les milliers de plates-formes pétrolières désaffectées, en particulier dans le golfe du Mexique. Le démantèlement complet de ces structures est inabordable ; certains projets en eaux profondes coûtent plus de 150 millions de dollars (131 millions d’euros), et ce processus détruit souvent les écosystèmes complexes de récifs artificiels qui se sont développés autour des pieux sous-marins.

Le projet Able Baker s’inscrit dans le cadre de l’approche dite « Rigs to Reefs » (des plates-formes aux récifs). Les parties supérieures des plates-formes se voient attribuer une nouvelle fonction au lieu d’être démantelées. Cela permet d’éviter qu’elles ne finissent à la décharge et de préserver les habitats marins.

Adaptations techniques

Afin de résister aux contraintes thermiques et mécaniques intenses subies par une fusée lors de son retour, l’armée de l’air prévoit de moderniser ces plates-formes à l’aide de kits de renforcement modulaires. Ceux-ci comprennent notamment des instruments de navigation autonomes, des systèmes d’extinction d’incendie télécommandés, ainsi que des dispositifs actifs et passifs de déviation des flammes destinés à contrôler les gaz d’échappement.

De plus, les plates-formes seraient équipées de systèmes intégrés de décollage et d’atterrissage verticaux ou de barges afin de faciliter le transfert des propulseurs récupérés vers les navires de transport.

Mise en œuvre par étapes

La mise en œuvre du projet se déroulera en deux étapes principales. La première phase vise à déterminer la faisabilité économique et technique du projet, notamment en analysant les charges structurelles, en évaluant les impacts environnementaux et en sélectionnant au moins trois plates-formes candidates.

La deuxième phase consistera à tester un ensemble de renforts sur le dessus d’une plate-forme à l’aide de simulations de tir statique ou d’essais de chute avec des matériaux inertes pesant entre 10 et 25 tonnes. Cela devrait fournir des données sur les vibrations et les contraintes structurelles.

Objectifs spatiaux

Sur le plan stratégique, cette initiative est motivée par le besoin de la Force spatiale d’accroître sa capacité de lancement, les sites traditionnels tels que Vandenberg et Cap Canaveral atteignant leurs limites.

Un réseau de stations offshore offrirait la flexibilité nécessaire aux opérations « Tactically Responsive Space » dans des environnements de hautes latitudes ou en eaux profondes. D’autres pays, dont la Chine, développent des capacités similaires. (lv)

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