Principaux renseignements
- La 173e brigade aéroportée de l’armée américaine teste l’intelligence artificielle (IA) et la robotique pour contrer la guerre électronique menée par la Russie.
- Des équipes d’innovation développent des outils à faible coût pour contourner la lenteur des cycles d’approvisionnement officiels.
- La navigation autonome élimine la dépendance vis-à-vis des liaisons satellites vulnérables pendant les combats.
Dans le cadre des exercices «Saber Junction 26» en Allemagne, la 173e brigade aéroportée de l’armée américaine mène des essais avec des outils pilotés par l’IA, des robots terrestres et divers systèmes aériens sans pilote, notamment des drones ISR et FPV. Ces évaluations visent à déterminer si des parachutistes légèrement équipés peuvent conserver leur conscience opérationnelle et leurs capacités de désignation de cibles dans des environnements où la guerre électronique (GE) russe perturbe les communications standard et les liaisons avec les drones. En testant ces systèmes, la brigade vise à améliorer les chances de survie et la rapidité de la prise de décision au sein des petites unités confrontées à une combinaison de tirs à longue portée, d’artillerie et de surveillance continue par drones.
Préparation multinationale
Selon un rapport de la Force opérationnelle de l’armée américaine pour l’Europe du Sud et l’Afrique, plus de 2 300 parachutistes ont participé à cet exercice. Ils ont collaboré avec 2 100 militaires alliés au sein du Centre multinational interarmées de préparation opérationnelle. L’accent mis sur les communications compromises et les manœuvres dispersées reflète la préparation plus large de l’OTAN à d’éventuels conflits de grande envergure en Europe. L’urgence de cet exercice est soulignée par la guerre qui fait actuellement rage en Ukraine. Les troupes russes y recourent à un cycle intégré de reconnaissance et de guerre électronique (GE) pour localiser et détruire rapidement les centres de commandement, les installations radar et les unités d’artillerie.
Les vulnérabilités des forces aéroportées
Pour les troupes aéroportées, cette menace est particulièrement pressante. La 173e division aéroportée pouvant être déployée rapidement mais ne disposant pas des véhicules blindés lourds des formations traditionnelles, l’unité est plus vulnérable à la détection par des drones lors des premières opérations de rassemblement ou logistiques. Pour y remédier, la brigade a créé la « Bayonet Innovation Team ». Ce groupe spécialisé, composé d’ingénieurs et de soldats, développe et adapte en interne des drones et des outils d’intelligence artificielle peu coûteux. L’unité peut ainsi contourner les cycles d’appel d’offres officiels, souvent lents, et s’adapter rapidement à l’évolution des besoins tactiques.
Le brouillage des signaux
Bien que les drones FPV offrent des capacités cruciales et peu coûteuses en matière de reconnaissance et d’attaques de précision, ils sont depuis toujours sensibles aux interférences. Pour pallier cette vulnérabilité, les soldats en Ukraine ont déployé des drones à fibre optique, qui utilisent des câbles physiques plutôt que des fréquences radio pour transmettre des données, ce qui les rend insensibles à la guerre électronique (GE).
L’IA comme bouclier contre les interférences
L’intelligence artificielle (IA) offre une autre solution au problème des interférences électromagnétiques. Grâce à la mise en œuvre de la navigation autonome et de la reconnaissance automatique des cibles, les drones peuvent fonctionner sans dépendre de liaisons satellitaires vulnérables ou de communications externes. De plus, l’IA peut rationaliser le processus de ciblage en filtrant d’énormes quantités de données ISR. Les opérateurs humains peuvent ainsi identifier et contrer les menaces beaucoup plus rapidement. Les forces armées ukrainiennes et russes utilisent déjà ces capacités autonomes pour garantir que les drones puissent mener à bien leurs missions, même lorsqu’ils ne sont pas en liaison avec leurs opérateurs.
Cadre de reconnaissance
Les expériences menées par la 173e division aéroportée visent à assimiler ces enseignements, durement acquis lors du conflit en Ukraine, avant d’être confrontés à une pression similaire. En intégrant une reconnaissance à plusieurs niveaux, combinant des avions à grande autonomie pour les opérations de recherche à grande échelle avec des drones FPV et des robots terrestres pour l’observation rapprochée, la brigade vise à réduire les risques pour les personnes. À terme, l’objectif de Saber Junction 26 est de mettre en place un cadre de reconnaissance résilient, renforcé par l’IA, qui permettra aux troupes aéroportées américaines de détecter les menaces et d’y réagir plus rapidement qu’un adversaire capable de mener une guerre électronique sophistiquée. (ev)
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