L’Arabie saoudite veut chiper une agence de l’ONU à l’Europe: « Un coup sérieux porté à l’image de l’UE »

S’il n’y a encore rien d’officiel sur le papier, tout porte à croire que l’Arabie saoudite a l’intention de tenter de transférer le siège de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) de Madrid à Riyad. L’Espagne ne veut pas se laisser faire: il en va de la réputation de toute l’Union européenne.

Créée en 1975 au sein des Nations Unies, l’Organisation mondiale du tourisme a toujours eu ses quartiers à Madrid. Mais cela pourrait bientôt changer, à la demande de l’Arabie saoudite. C’est en tout cas ce que craint l’Espagne, qui commence à faire part de ses inquiétudes, aussi bien par ses canaux publics que privés.

« L’Arabie saoudite n’a pas encore soumis de proposition formelle mais elle a signalé son intérêt », a déclaré à l’AFP une source diplomatique.

Des propos qui ont été confirmés par plusieurs chefs de l’industrie du tourisme. « Au début, nous pensions que ce n’était qu’une rumeur. Mais maintenant, il y a beaucoup d’informations qui suggèrent que c’est sérieux », a concédé Carlos Abella, secrétaire général de l’organisme industriel Mesa del Turismo.

De leur côté, les autorités saoudiennes ont toutefois démenti l’existence de « négociations en cours ».

« Un véritable problème pour la réputation de l’Europe en tant que puissance touristique »

Comme son nom l’indique, l’OMT est une institution onusienne qui sert à promouvoir et à développer le tourisme, mais également le commerce entre ses différentes nations membres. L’Union européenne abrite trois des pays les plus visités au monde (la France, l’Espagne et l’Italie). Perdre le siège de l’OMT ferait tache. Un groupement de députés européens centristes ont d’ailleurs mis en garde contre ce risque dans une lettre adressée à Bruxelles.

« Sa délocalisation serait un coup sérieux porté à l’image de l’UE et ce serait également un véritable problème de réputation pour l’Europe en tant que puissance touristique », a déclaré Jose Ramon Bauza, un des signataires. « Cela signifierait une perte de poids diplomatique au niveau institutionnel ».

De son côté, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Jose Manuel Albares, a tenu à tempérer les inquiétudes. « On ne peut pas changer le siège d’une organisation internationale sur un coup de tête, comme s’il s’agissait d’une équipe de baseball », a-t-il prévenu de dimanche dans El Pais, excluant « même la possibilité » que l’OMT quitte Madrid.

Un vote en novembre ?

En attendant, l’Espagne est tout de même occupée à s’assurer du soutien des pays membres de l’OMT. Pour qu’une délocalisation ait lieu, il faut que deux tiers des Etats (soit 106 sur 159) votent en sa faveur. Ils se réuniront en novembre pour l’assemblée générale bisannuelle, et un vote sur le sujet pourrait avoir lieu. Madrid a donc tout intérêt à jouer de ses charmes.

Comme l’explique Euractiv, l’Espagne s’est lancée dans une bataille diplomatique, engageant des discussions bilatérales, lançant des appels à Bruxelles et mettant le paquet pour amadouer l’OMT, en vue de prendre en compte les souhaits de chacun.

« Madrid continuera à faire les efforts nécessaires pour que le siège de cette agence des Nations unies reste dans la capitale », a déclaré le maire Jose Luis Martinez-Almeida à l’issue de ses entretiens avec le directeur de l’OMT, le Géorgien Zurab Pololikashvili.

L’Espagne serait bien inspirée de mettre tout son coeur à l’ouvrage, dans la mesure où la plus que probable candidature de l’Arabie saoudite serait très solide. Ces dernières années, Riyad a dévoilé une série de projets de plusieurs milliards de dollars visant à s’ouvrir aux touristes. Elle vise les 100 millions de visiteurs d’ici 2030, ce qui doit constituer un des moyens de s’éloigner de sa dépendance au pétrole.

Pour M. Abella, le risque de voir deux tiers des pays membres de l’OMT voter pour Riyad est « bien réel », car » l’Arabie saoudite a beaucoup de poids ».

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