L’après-crise du coronavirus: préparez-vous à trois années de vaches maigres…

La rue Neuve, au premier jour de la réouverture des magasins (Isopix)

Combien de temps faudra-t-il à l’économie belge pour se remettre complètement du choc provoqué par la crise du coronavirus? Selon les groupes de réflexion du gouvernement, il est tout à fait possible que nous devions attendre jusqu’en 2023.

2020

Le Bureau du plan et la Banque nationale ont tous deux établi des projections économiques ces derniers jours:

  • La période qui s’étend de la mi-mars à la mi-mai a été la plus dure, avec les mesures de confinement les plus strictes. Comme elle s’est étalée sur deux trimestres, les chiffres ne reflètent que partiellement le choc subi par l’économie belge. Au premier trimestre, on a constaté une contraction de 3,6% par rapport au trimestre précédent. Pour le deuxième trimestre (avril-juin), la Banque nationale prévoit une détérioration de l’économie belge de 16%.
  • Il est clair depuis un certain temps déjà que 2020 sera une année perdue, avec probablement 45 à 50 milliards d’euros de pertes. Ce montant reflète la baisse du produit intérieur brut, la principale mesure de l’activité économique. Selon le Bureau du Plan, le PIB passera de 473 milliards d’euros en 2019 à 428 milliards d’euros en 2020, soit une contraction de 9,5%. Les prévisions de la Banque nationale sont similaires.

2021

La question est donc: quand reviendrons-nous au niveau annuel de 473 milliards? Certainement pas en 2021, affirment les deux institutions. Elles s’attendent à une reprise partielle, mais pas suffisante pour compenser entièrement le coup dur subi cette année.

  • Les deux institutions se montrent optimistes concernant les dépenses des ménages. L’année prochaine, elles devraient être au même niveau qu’en 2019, soit environ 243 milliards d’euros. Cela pourrait sembler contradictoire avec la récente vague de licenciements, qui pourrait affecter la confiance des consommateurs, mais la Banque nationale s’attend bel et bien à une augmentation du pouvoir d’achat par habitant, en partie grâce à des mesures fiscales antérieures et à la faiblesse des prix de l’énergie.
  • Le problème ne se situe donc pas au niveau des consommateurs, mais bien chez les entreprises. Les investissements seront massivement reportés ou supprimés. Les sociétés réduiront également leurs stocks. Et on s’attend à ce que les dépenses et les investissements publics en 2021 soient trop faibles pour compenser tout cela. Pas plus que les exportations, dont la contribution nette à la croissance sera probablement négative.

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2022

Tout reviendra-t-il à la normale en 2022? Selon les prévisions actuelles, c’est également peu probable…

  • L’économie belge, axée sur l’exportation, a toujours été très dépendante de la zone euro. Or la Banque de France ne prévoit pas un retour de l’activité économique de la zone euro au niveau du dernier trimestre de 2019 avant la fin de 2022.
  • La Banque nationale souligne également les dommages permanents causés par le choc économique de ces dernières semaines. ‘Les mesures de confinement ont laissé des traces sur les capacités de production belges’. Comme des milliers de personnes vont perdre leur emploi au cours des prochains mois, les compétences de la main-d’œuvre belge vont également diminuer. Et cela affecte le potentiel de croissance de l’économie.
  • Certaines entreprises ne survivront pas à la crise du coronavirus, par exemple dans les secteurs de l’horeca, de la restauration et du divertissement. Le géant du catering Compass, en pleine restructuration, ne prévoit pas de revenir à 75% de son chiffre d’affaires normal avant l’automne 2021. Et il reste encore à prouver qu’un redressement complet pourra être réalisé en 2022.

Où tout cela finira-t-il alors? La Banque nationale prévoit que d’ici la fin de 2022, l’économie belge se rapprochera du niveau de la fin de l’année dernière, mais n’atteindra pas encore ce niveau. Il faudra donc attendre 2023. Si l’on se fie aux projections de croissance d’avant la crise du coronavirus, à la fin de 2022, il y aura un écart d’environ 4% par rapport à la trajectoire de croissance normale.

Scénario catastrophe

Enfin, le Bureau du Plan, la Banque nationale et la Banque de France préviennent que leurs prévisions sont basées sur une poursuite contrôlée et relativement stable de la crise du coronavirus. Dans le cas assez inattendu où un vaccin contre le Covid-19 serait trouvé rapidement, tous les indicateurs passeront au vert plus tôt. Si au contraire la pandémie reprend en intensité, les prévisions économiques devront fortement être revues à la baisse.

Alors que la Banque de France a publié, en plus de son modèle de base, un scénario optimiste et un pessimiste, la Banque nationale de Belgique n’a publié qu’un scénario pessimiste, à côté de ses prévisions de base. Et il s’apparente à un véritable film d’horreur:

  • À la fin de 2022, l’activité économique serait encore inférieure de 5% au niveau de fin 2019. Ce qui se situe 8% en dessous de la courbe d’une croissance normal.
  • Le chômage atteindrait son niveau le plus élevé depuis deux décennies.
  • Et la dette publique exploserait pour atteindre 130% du PIB.

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