L’Amérique latine se soulève lors de la journée des droits des femmes… Pas sans violence sexiste

‘L’Etat tue!’ Des milliers de femmes défilent lors de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, à Santiago du Chili, le 8 mars 2020. EPA-EFE/Alberto Valdes

Des centaines de milliers de femmes d’Amérique latine sont descendues dans les rues pour la Journée internationale des droits de la femme ce dimanche. Elles ont décidé de clamer leur colère face aux inégalités mais aussi aux nombreux féminicides et violences dont elles sont victimes.

La journée internationale des droits des femmes a engendré hier des manifestations dans le monde entier. Le féminisme de plus en plus présent, la parole libérée des femmes et des victimes d’agressions sexistes et sexuelles ont créé cette année encore une véritable effervescence un peu partout. Mais c’est particulièrement en Amérique latine que la mobilisation se joue.

Les marches latino-américaines s’y inscrivent dans un contexte d’agitation sociale très large. La fin des violences envers les femmes et l’accès strict à l’avortement figurent parmi les droits fondamentaux exigés par les manifestantes. Et elles sont nombreuses: selon Reuters, 150.000 dans la capitale chilienne de Santiago, et 40.000 dans le reste du pays. Le Chili qui est aussi l’instigateur de l’hymne féministe ‘Un violador en tu camino‘ (‘un violeur sur ton chemin’) qui a depuis fait le tour du monde. La mobilisation se poursuit ce lundi 9 mars avec une grève générale féministe organisée dans tout le pays.

‘Pas peur de parler’

‘Nous sommes une génération de femmes qui s’est réveillée. Nous n’avons pas peur de parler et de lutter’, a déclaré à Reuters la manifestante Valentina Navarro, 21 ans, lors d’une marche à Santiago. Pas, ou plus peur: depuis le mouvement #MeToo, la parole s’est considérablement libérée parmi les victimes et les femmes en général.

Une libération qui ne plait cependant pas à tout le monde: au Chili, des incidents violents ont été signalés lorsque les manifestants ont affronté la police près des bureaux du gouvernement.

Dans la capitale mexicaine aussi, la police et les groupes de protestation ont signalé jusqu’à 80.000 manifestantes. Les féministes y ont crié des chants contre les féminicides qui ont plus que doublé au cours des cinq dernières années. Ici non plus, la mobilisation ne s’est pas tenue sans violence. Des groupes de femmes se sont affrontés devant la cathédrale de Mexico avec des hommes protestant contre l’avortement… Certains ayant le crâne rasé et faisant des saluts nazis. Des militantes ont également lancé des cocktails Molotov aux portes du Palais national.

Violences à Santiago, capitale du Chili. (EPA-EFE/Alberto Valdes)

À Bruxelles aussi

Il n’est pourtant pas nécessaire d’aller jusqu’en Amérique latine pour constater des violences lors de la journée du 8 mars. À Bruxelles, où la Marche Mondiale des femmes a rassemblé plus de 6.000 manifestantes, certaines rapportent aussi des actes de violence policières, comme des coups de matraque et des étranglements. La police dit n’avoir aucun élément confirmant ces faits, indique le journal Le Soir.

‘Nous étions trois filles, nous faisions des tags au sol’, explique une manifestante. ‘Ils sont venus vers nous et on n’a pas eu le temps de dire quoi que ce soit, ou de se débattre qu’ils nous traînaient par terre. Ils m’ont traînée sur le sol, en m’étranglant, et en disant aux gens que tout allait bien, qu’ils ne me faisaient pas mal. D’autres flics ont traîné mon amie dans une autre petite rue, seule, l’ont maintenue au sol, avec les genoux sur sa cage thoracique. Elle a reçu un coup dans la mâchoire et a perdu un bout de dent. Ils ont apparemment sorti les matraques pour s’en prendre à celles et ceux qui sont venus la défendre.’

Le Collecti.e.f 8 maars, à l’initiative de la mobilisation, a lancé un appel à témoignages sur les réseaux sociaux et tente de récolter des preuves afin d’accompagner les victimes pour porter plainte.

Mobilisation à Bruxelles ce 8 mars. (Isopix)

En France aussi, des associations féministes ont déploré des ‘violences policières’ commises la veille à Paris lors d’une manifestation ‘féministe et antiraciste’. De nombreuses vidéos postées sur les réseaux sociaux montrent des altercations avec les CRS, tandis que des manifestantes dénoncent des ‘moyens lacrymogènes’ employés par la police

Ces images font scandale et pression sur le préfet de police Didier Lallement, patron du maintien de l’ordre dans la capitale parisienne. La maire de Paris Anne Hidalgo, les eurodéputées Aurore Lalucq, Manon Aubry ou la Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa ont réagi sur les réseaux sociaux.

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