Principaux renseignements
- L’Allemagne prévoit de déployer 1 200 satellites d’ici 2030 afin de dominer la guerre moderne.
- Une infrastructure souveraine élimine la dépendance dangereuse vis-à-vis d’entités privées telles que SpaceX.
- Des investissements massifs dans la technologie de l’orbite terrestre basse permettent une surveillance mondiale permanente.
L’armée allemande se lance dans une initiative ambitieuse visant à mettre en place une gigantesque constellation de satellites, dans le but de devenir l’un des principaux opérateurs de flottes spatiales au monde, surpassé uniquement par Starlink de SpaceX. D’ici 2030, la Bundeswehr prévoit de déployer jusqu’à 1 200 satellites, reflétant ainsi la conviction stratégique selon laquelle la domination de l’espace est désormais une condition préalable à la victoire dans la guerre terrestre moderne.
Communication et reconnaissance
Cette stratégie de grande envergure s’articule autour de deux volets principaux. Le premier, SATCOMBw Stufe 4, consiste en environ 200 satellites destinés à créer un réseau de communication sécurisé. Le second projet, nettement plus vaste, est connu sous le nom de SPOCK 2 : il utilisera jusqu’à 1 000 satellites pour assurer une reconnaissance continue et un suivi opérationnel.
L’urgence qui sous-tend ce renforcement s’explique en grande partie par le conflit en Ukraine. Si Starlink s’est révélé indispensable pour coordonner les frappes de drones et le renseignement sur le champ de bataille, le fait qu’il appartienne à une entité privée crée une vulnérabilité stratégique. L’Allemagne cherche à éviter de telles dépendances en développant sa propre infrastructure souveraine, garantissant ainsi que ses avions, ses navires et ses forces terrestres puissent communiquer à l’échelle mondiale sans dépendre de la bonne volonté ou de la stabilité d’une entreprise étrangère.
Partenariats industriels
Pour y parvenir, une coentreprise regroupant OHB, Airbus Defence and Space et Rheinmetall a vu le jour afin de soumissionner pour le projet SATCOMBw Stufe 4. Ce partenariat marque un tournant significatif pour Rheinmetall, qui élargit son portefeuille des véhicules blindés et munitions traditionnels à la technologie spatiale.
Le consortium a l’intention de gérer l’ensemble du cycle de vie du système, de la construction initiale à la cybersécurité et aux opérations orbitales. Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus large qui voit les entreprises européennes de défense se disputer des budgets liés à l’espace en pleine croissance.
Surveillance persistante
Sur le plan technologique, l’Allemagne s’éloigne de son modèle précédent. Le système SATCOMBw Stufe 3 existant n’utilise que deux satellites massifs en orbite géostationnaire haute. En revanche, le Stufe 4 fera appel à une constellation de satellites plus petits en orbite terrestre basse (LEO). Bien que les satellites en orbite terrestre basse nécessitent un remplacement plus fréquent en raison de la dégradation atmosphérique, ils offrent une latence nettement plus faible et une couverture mondiale plus homogène.
Le programme de reconnaissance SPOCK 2 est une évolution du projet SPOCK 1, fruit d’une collaboration entre Rheinmetall et Iceye qui avait permis de produire des satellites radar dans une ancienne usine automobile reconvertie. Cette nouvelle version augmentera considérablement le nombre de satellites équipés de radars et de caméras, offrant ainsi aux responsables militaires un suivi quasi instantané des mouvements ennemis. Les experts estiment qu’un tel volume de satellites est nécessaire pour assurer la surveillance persistante requise par les combats modernes.
Des milliards prévus
Sur le plan financier, le ministère allemand de la Défense a alloué environ 35 milliards d’euros à ces capacités spatiales. Une fois le réseau pleinement opérationnel, sa maintenance coûtera environ 1 milliard d’euro par an, principalement en raison de la courte durée de vie des satellites en orbite basse (LEO), qui nécessite des cycles de lancement constants pour remplacer les unités en fin de vie.
Si la vision est claire, la mise en œuvre finale est encore en cours. Le contrat pour le SATCOMBw Stufe 4 devrait être attribué vers 2027, le système devenant pleinement opérationnel d’ici 2030. Parallèlement, les spécifications techniques de SPOCK 2 sont encore en cours de finalisation, ce qui signifie que l’objectif d’une flotte de 1 200 satellites reste un objectif à long terme plutôt qu’une réalité immédiate. (fc)
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