La Vivaldi part en vacances dépitée: « l’accord d’été » sera un « accord d’automne », nous dit Magnette, mais le Premier ministre reste amer et appelle les présidents de parti

La Vivaldi part en vacances avec le moral dans les chaussettes. La dernière réalisation en date est « l’accord de principe » avec Engie, Alexander De Croo (Open Vld) et Tinne Van der Straeten (Groen) ont pu annoncer ce matin. Mais ces bonnes nouvelles pour le Premier ministre peuvent difficilement dissimuler le fait que son gouvernement est en état de crise. Il reste peu de choses du soi-disant « accord d’été ». Le PS, le plus grand partenaire de la coalition, pousse déjà pour un « nouvel accord socio-économique majeur » en automne. « Pour donner à la Vivaldi un peu plus de solidité », explique Paul Magnette, le président du PS. Cela doit sembler cynique, pour De Croo, qui n’a pas pu faire bouger le PS pendant des jours, dans la discussion sur les retraites. Un Premier ministre quelque peu aigri s’en est pris publiquement, non pas au PS, mais au « bruit de fond » des « présidents de parti immatures », en particulier ceux du MR, de Vooruit et du CD&V, qui ont ouvertement apprécié son accord sur les retraites pour ce qu’il est : un maigre butin. À noter : le CD&V a même reçu un appel téléphonique de colère après une sortie brutale de la députée Nahima Lanjri (cd&v). Reste à savoir s’il fera grande impression : la coalition semble usée, les partenaires en ont assez les uns des autres, et les rumeurs d’une chute précoce sont récurrentes.

Dans l’actualité : Un accord de principe avec Engie sur ce que nous savions déjà : la Belgique partagera les bénéfices et les coûts de l’énergie nucléaire.

Les détails : L’accord (provisoire) se fait déjà voler la vedette par un « accord d’automne », qui sera nécessaire pour ressusciter la Vivaldi. Un accord pour lequel le PS fait soudainement pression.

  • « Il voulait tellement ce titre de Premier ministre, mais qu’en a-t-il fait ? » Le bilan après deux ans est sévère pour Alexander De Croo, selon l’un des négociateurs qui a contribué à former le gouvernement De Croo I à la fin de l’été 2020, il y a maintenant 24 mois. À l’époque, il était clair pour tout le monde autour de la table qu’un homme était très désireux de rejoindre le Seize : le leader de l’Open Vld, Alexander De Croo.
  • La question de savoir ce que De Croo veut réellement faire de ce poste de Premier ministre est légitime, après deux ans au gouvernement. « Quel est l’agenda, à part sa propre carrière internationale ? », commente cyniquement un président de parti. Le fait est que beaucoup de partenaires de la coalition se sentent incompris et ont des difficultés avec la méthode utilisée par le Premier ministre pour diriger son équipe. Ou de ne pas diriger.
  • En ce sens, le grand dossier des retraites était assez typique de la méthode De Croo : le dossier a pris la poussière pendant des mois et n’a pas été discuté au sein de l’équipe fédérale, alors que tout le monde savait qu’il devait inévitablement faire l’objet de discussions. Le fait de forcer un accord sous une pression immense via des réunions marathons n’a pas du tout été apprécié dans un certain nombre de sièges de partis.
  • Et cela bouillonne depuis un certain temps : la méthode De Croo a entamé la confiance des partenaires de coalition, lors des moments de négociation difficiles de son équipe. Étant l’un des rares membres du kern à posséder une très grande expérience, le Premier ministre n’a pas toujours utilisé la meilleure approche.
  • Georges-Louis Bouchez (MR) l’a dit littéralement sur la RTBF, après le maigre accord sur les retraites : « Le Premier ministre doit parfois montrer plus de respect pour ses partenaires de coalition. »
  • Ce faisant, l’histoire semble se répéter sans cesse : juste avant des moments cruciaux comme l’examen du budget ou la pause estivale, le Premier ministre tente de tout rassembler en un seul paquet. « C’est toujours très ambitieux, mais pas très préparé. Et puis ça finit toujours par le chaos », a avoué un membre du kern. « Il est de plus en plus difficile de sauver les apparences par la suite. Ensuite, tout le monde doit se faufiler dans une communication presque impossible pour défendre l’accord. Mais cette volonté est révolue, chez les partenaires de la coalition. » La rumeur selon laquelle ce gouvernement n’arrivera pas à son terme est de plus en plus insistante.

La réalité : il n’y a pas de grand « accord d’été ».

  • Le bilan des deux derniers mois semble maigre. Le 31 mai, le Premier ministre a lancé l’idée d’un grand « accord d’été », ou d’une série d’accords d’été, dans une « note d’ambition » adressée au kern. Pendant des jours, personne au sein du Seize n’a pris la peine de corriger ce terme dans les médias. En toute logique, les ambitions étaient donc élevées. Que contenait la note ?
    • Le pouvoir d’achat, mais aussi la « compétitivité ».
    • Le marché du travail, et en particulier le fait de « pourvoir les postes vacants », serait examiné.
    • Le budget de la défense serait enfin réglé.
    • La « réforme des retraites » était une priorité absolue.
    • La sécurité de l’approvisionnement en énergie serait établie.
    • Et enfin, le budget pour 2023 devait être étudié.
  • Le reste, pour la Vivaldi, fait partie de l’histoire : le jobs deal a été un flop, car le PS n’a pas bougé d’un pouce, le budget de la défense a été une longue souffrance, après quoi Ecolo et Groen ont pu accepter une promesse très conditionnelle de 2% du PIB. Il n’a pratiquement pas été question d’interventions en faveur de la compétitivité ou d’une révision du budget. Les pensions sont devenues un sujet encore plus brûlant, là aussi le PS a beaucoup résisté. Et à la dernière minute, les Verts doivent maintenant avaler une partie des demandes d’Engie sur les centrales nucléaires.
  • En cours de route, « l’accord d’été » a soudainement été rebaptisé « agenda d’été », dans l’espoir de limiter les dommages causés par des attentes élevées et, surtout, non satisfaites de la Vivaldi. Sans succès.

Symptomatique : toute personne qui se rend à la Chambre le mercredi pourrait s’imaginer dans un pays sans gouvernement.

  • Le fait que l’appétit pour de nombreux dossiers s’est épuisé, au sein de la Vivaldi, est apparu douloureusement à la surface lors des questions parlementaires à la Chambre, mercredi. Les présidents de parti ont eux-mêmes donné le ton dès le matin : tous ont qualifié l’accord « d’insuffisant » et qu’il fallait « beaucoup plus ».
  • Le président de l’Open Vld, Egbert Lachaert, a ensuite prêché presque littéralement dans le désert : « Un parti qui fait partie de la coalition est responsable de sa merde (own shit). Lorsqu’un accord est conclu, il doit également être défendu », a-t-il tenté.
  • L’effet a été inversé : l’opposition de la N-VA et du Vlaams Belang, d’une part, et de Raoul Hedebouw et du PTB, d’autre part, ont facilement enfoncé la Vivaldi qualifiant, elle aussi, l’accord de « beaucoup trop peu », selon leur idéologie propre.
  • Mais c’est la députée CD&V, Nahima Lanjri, qui n’a pas grand-chose à perdre après un Secrétariat d’État raté, qui a dépouillé l’empereur de ses vêtements, obligé d’écouter docilement. Elle a parlé de la réforme des retraites comme d’un « apéritif » ou d’une « collation », mais « certainement pas du plat principal, de la réforme en profondeur qui est absolument nécessaire ». « Nous attendons de vous que vous retourniez derrière les fourneaux pour préparer le plat principal », a-t-elle poignardé.
  • Lanjri est ensuite allé encore plus loin, citant le philosophe John Rausch : « Un politicien attend avec impatience les prochaines élections. Un homme d’État regarde vers la prochaine génération. »
  • Le langage corporel de De Croo, qui n’a jamais eu de relations particulièrement cordiales avec les chrétiens-démocrates, en disait long. Il avait déjà dû ravaler l’humiliation de voir Lanjri poser sur son banc un dépliant du CD&V contenant le programme des pensions.
  • Dans les coulisses, l’intervention de Lanjri a conduit à un appel téléphonique furieux du Premier ministre au président du CD&V : Sammy Mahdi (CD&V) a été réprimandé. Après quoi l’affaire a été réglée lors des célébrations du 21 juillet par des selfies avec Lachaert, dans une pose quelque peu maladroite de fausse camaraderie.
  • Car au sommet du CD&V, une certaine incompréhension a été exprimée quant à l’attitude du Premier ministre, qui s’est soudainement senti visé. « Essayez de comprendre, quand vous savez que Conner Rousseau (Vooruit) envoyait déjà des SMS aux journalistes à deux heures du matin, en disant que ce n’était pas suffisant. Lanjri a simplement dit que d’autres réformes devaient avoir lieu. »
  • Jeudi matin, le Premier ministre ne pouvait toujours pas cacher qu’il était profondément blessé par les critiques de son accord sur les retraites. Un groupe de présidents de la Vivaldi, issus de la jeune génération (et donc de Vooruit, du cd&v et du MR) ont tous lancé une pique au Premier ministre, qui leur a répondu :
    • « Je pense que c’est un peu un manque de maturité. »
    • « Si vous prenez une décision, vous devez aussi la défendre. Et en ce qui me concerne, tous les vice-premiers ministres des partis concernés sont à la table. »
    • Les présidents de parti ? « C’est du bruit de fond. »

L’essentiel : le Premier ministre d’un gouvernement de coalition à 7 partis, d’un parti qui n’est que le 5e parti de la coalition est voué à servir de serpillère.

  • L’interview de Paul Magnette ce matin dans Le Soir n’est certainement pas un bruit de fond. Le leader du plus grand partenaire de la coalition fixe déjà l’agenda de l’automne. De manière assez cynique, il dit soutenir le Premier ministre depuis « le premier jour », et de ne pas vouloir s’imposer comme « Bart De Wever (N-VA) l’a fait dans le gouvernement Michel ». Mais le parallèle est un peu trop évident pour ne pas le faire : le leader du plus grand parti qui n’est pas devenu Premier ministre est devenu le Premier ministre fantôme de l’extérieur de la coalition, pour donner le rythme et le ton du gouvernement.
  • C’est un défaut qui s’est glissé dans la Vivaldi dès le départ, tout comme dans la coalition suédoise de Charles Michel (MR) : ne pas confier au plus grand parti le soin de mener la coalition. Ainsi, les mots de De Croo demeurent prophétiques : « Que celui qui veut diriger un gouvernement en tant que septième parti à la Chambre, sera la serpillère du gouvernement. » C’était l’époque où le Premier ministre plaidait encore pour un gouvernement avec les socialistes, la N-VA et les libéraux.
  • Et maintenant regardez: Magnette offre soudainement une nouvelle intrigue à l’équipe fédérale. Il souhaite deux mois de « travail intensif », « à partir du 15 août, pour essayer d’avoir un accord ambitieux pour le 15 octobre ». Magnette parle d’un « paquet avec le budget, les salaires, le pouvoir d’achat, l’énergie, la fiscalité, l’enveloppe bien-être. »
  • « Cela permettra de donner à la Vivaldi une certaine solidité », conclut-il délicatement. Et si vous lisez attentivement, vous verrez qu’entre les lignes, il met aussi sur la table « la question des salaires, la loi de 2017 sur les normes salariales et l’accord social du printemps 2023 ». Le PS est donc déjà prêt avec une nouvelle série d’exigences.
  • La lecture doit être difficile pour De Croo : son principal partenaire gouvernemental dicte déjà l’ordre du jour, pour ensuite devoir se mettre au travail dans quelques semaines et commencer un nouveau chapitre en dehors de l’accord de coalition.
  • En même temps, la question est de savoir si De Croo a beaucoup d’autres choix. Toutes les décisions majeures de sa note d’ambition ont été reportées. Le PS ouvre maintenant la porte à une discussion plus large, où ses points sensibles sont également mis sur la table, dans le cadre d’une vaste réforme. Mais avec ce paquet vient l’éternelle question récurrente : le MR laissera-t-il faire le PS à sa guise ? La réponse est connue.
  • Cela conduit à la question inévitable dans la rue de la Loi : cette coalition peut-elle s’en sortir. Magnette jure aujourd’hui dans Le Soir que oui : « Cette équipe durera jusqu’au 26 mai 2024 », affirme-t-il avec audace. Mais le fait même qu’il doive l’affirmer de manière aussi directe, là encore, est révélateur. Tout comme sa référence à la consultation sociale qui suivra en 2023, qui est déjà fermement inscrite à l’agenda de tous les vivaldistes.
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