La Vivaldi, ce champ de batailles politiques permanent

Certains l’avaient prédit: gouverner à 7 partis qui s’opposent sur de nombreuses thématiques allait être un enfer politique. Après le gros de la crise Covid, qui a nécessité une certaine union, c’est la foire d’empoigne, sur tous les dossiers chauds de la rentrée. Un manque de sérénité qui profite aux adversaires de la Vivaldi.

L’actualité: après les querelles entre socialistes et libéraux de ce weekend, la rentrée politique dans la presse du coprésident des Verts, Jean-Marc Nollet, ne calmera sans doute pas le jeu.

  • Sommes-nous en campagne électorale ? Au niveau des présidents de parti, il est permis d’en douter. On sait que Georges-Louis Bouchez, président du MR, a fait des polémiques sa spécialité. Sa tactique est la suivante: comme président de parti, il n’est pas personnellement impliqué dans le gouvernement. Il entend donc réaffirmer quand ça lui chante le positionnement idéologique de sa formation politique, sur tous les dossiers. Quitte à proposer des mesures qui ne sont sur la table d’aucun des trois gouvernements dans lesquels le MR figure, comme l’obligation d’accepter une formation ou un métier pénibles pour les chômeurs de longue durée.
  • Le PS n’est toutefois pas en reste. Les socialistes disent seulement vouloir répliquer. Mais présenter une réforme aussi importante que la réforme des pensions via la presse, sans passer par la case Conseil des ministres, c’est plus que de la provocation, c’est là encore une tactique politique: face aux sorties des libéraux flamands, les socialistes ont voulu taper fort avec une réforme la plus à gauche possible. Une réforme désormais à la vue de tous, de laquelle ils espèreront retirer le plus grand nombre de mesures sociales.
  • Après les échanges d’amabilités entre Georges-Louis Bouchez et Paul Magnette sur le marché de l’emploi, c’est au tour de Jean-Marc Nollet de sortir de son sommeil d’été: dans Le Soir, le coprésident d’Ecolo s’en prend à GLB, indirectement qualifié de populiste: « Il a des relents qui appartiennent à un registre qui n’est pas celui des six autres présidents de parti. Je tire donc une sonnette d’alarme pour le fonctionnement de la démocratie. »
  • Sur la proposition du président du MR, Nollet y voit une attaque directe contre les jeunes: « Le MR est une véritable menace pour les jeunes, pour les 20-35 ans qui constituent la principale cible de sa proposition. Il y a quelque chose de choquant de vouloir considérer les jeunes comme étant corvéables et serviables. Où est la liberté dont il se targue tant quand, au début d’une vie professionnelle, on te dit que tu dois opter pour tel ou tel métier alors que tu voudrais en pratiquer un autre, sous peine de ne plus avoir accès au chômage ? »

L’essentiel: un Premier ministre en difficulté, une Vivaldi en sursis

  • Ces disputes incessantes entre partis de la majorité brouillent la communication de tout le gouvernement et des ministres qui le composent. Le Premier ministre Alexander De Croo, qui représente le 7e parti en termes de voix au niveau du Parlement, s’en trouve affaibli. Force est de constater qu’il n’a aucune prise sur les présidents de parti qui agissent en électrons libres.
  • Il est intéressant de noter que ces disputes n’ont pas lieu à d’autres niveaux de pouvoir comme en Wallonie – où rappelons-le, siègent le PS, le MR et Ecolo – à la fédération Wallonie-Bruxelles ou en Flandre. La gouvernement fédéral est ainsi instrumentalisé comme terrain d’affrontement idéologique entre les partis de la majorité.
  • Une tactique dangereuse: aucune élection n’est prévue avant 2024. Il est bien tôt pour aller chercher des voix. A moins que certains parient sur la chute du gouvernement ? Rappelons qu’avant l’été, la crise des sans-papiers avait déjà fait sérieusement vaciller la Vivaldi. Mais le tout donne plutôt l’impression d’un pays ingouvernable dans lequel les partis dits traditionnels s’écharpent et n’arrivent plus à trouver un moyen de faire fonctionner l’ensemble.
  • A qui profite le crime ? L’opposition bien sûr, à commencer par la N-VA qui ne s’y trompe pas: « Le ciment principal de ce gouvernement, c’est la N-VA, c’est l’idée d’écarter notre parti. Problème : on ne peut pas gérer longtemps un pays avec un sentiment négatif. Nous y sommes. Et tout cela se reflétait déjà dans l’accord de gouvernement de 2020, sans contenu précis, avec surtout des principes généraux, beaucoup de vide, en fait », analyse le chef de groupe nationaliste à la Chambre, Peter De Roover dans Le Soir. Pour lui, l’issue est inéluctable: « Une grande réforme de l’État, une clarification pour le pays. »
  • Plus à droite encore, en Flandre, et plus à gauche, en Wallonie, on se frotte aussi les mains, et on attend son heure. Sans le moindre effort, les deux formations pourraient récolter les fruits électoraux de ces disputes incessantes. Le pire c’est que tout le monde le sait et s’en rend compte.
  • Toute cette mauvaise pièce de théâtre renforce l’idée que certains se faisaient de la Vivaldi: une rustine temporaire et politiquement incompatible qui masque un pays ingouvernable, au paysage électoral éclaté, avec des majorités contre-natures.

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