Principaux renseignements
- La Serbie renforce son alliance militaire avec la Chine en acquérant des missiles et des robots de pointe.
- Ce revirement stratégique menace les aspirations de la Serbie à rejoindre l’Union européenne.
- La Chine renforce ainsi sa position en Europe en échangeant son soutien diplomatique contre des projets d’infrastructure et des armes.
L’alliance militaire et stratégique de plus en plus étroite entre la Serbie et la Chine est source de tensions avec l’Union européenne, alors que le président Aleksandar Vucic teste les limites de la tolérance de l’Union. Ce pays des Balkans a récemment renforcé ses capacités de défense en achetant des missiles supersoniques à Pékin, ce qui en fait le seul pays à l’ouest de la Biélorussie à acquérir des armes chinoises aussi sophistiquées. Certains indices laissent penser que ce partenariat pourrait s’étendre aux avions de combat. Ce sujet sera probablement abordé lors de la prochaine visite de Vucic en Chine.
Exercice d’équilibre risqué
Ce changement géopolitique soulève des questions importantes quant aux aspirations de la Serbie à rejoindre l’UE et à la viabilité de la tentative de Vucic d’équilibrer les relations entre l’Occident, la Russie et la Chine. Au cours des dix dernières années, la Serbie est passée du statut de simple destination pour les capitaux étrangers à celui de partenaire stratégique important pour la Chine.
En échange du soutien de la Serbie aux revendications chinoises sur Taïwan, Pékin a appuyé la position de la Serbie concernant le Kosovo. Florian Bieber, chercheur à l’université de Graz, fait remarquer que, bien que l’UE ne puisse pas interdire légalement ce commerce d’armes, de telles mesures sèment le doute quant à l’engagement de la Serbie envers les cadres de sécurité de l’Union européenne. C’est ce qu’il a déclaré à Bloomberg.
L’influence croissante de la Chine
Malgré les avertissements des responsables de l’UE selon lesquels l’influence croissante de la Chine pourrait compromettre l’adhésion de la Serbie, l’UE hésite peut-être à provoquer une confrontation directe. L’attention de l’OTAN est entièrement tournée vers le conflit en Ukraine, l’instabilité au Moyen-Orient et les troubles politiques au sein de l’alliance. C’est pourquoi l’UE pourrait donner la priorité à d’autres questions. Actuellement, la Commission européenne affirme que les négociations d’adhésion avec la Serbie se concentrent principalement sur l’indépendance du pouvoir judiciaire et l’État de droit.
Moteur économique de ce glissement
Ce rapprochement avec Pékin s’explique par la stagnation des investissements européens et par le fait que la Russie est actuellement accaparée par sa propre guerre. L’analyste militaire Petar Vojinovic observe que l’acquisition de matériel chinois, tel que les roquettes CM400, ne constitue plus une décision controversée pour le gouvernement serbe.
L’empreinte économique de la Chine en Serbie s’est développée de manière exponentielle depuis le lancement de l’initiative « Belt and Road » en 2013. La Chine a accordé des milliards de dollars de prêts et d’investissements directs pour des infrastructures cruciales, notamment des trains à grande vitesse, des ponts et des autoroutes. De plus, les intérêts chinois dominent désormais des pans importants des industries minière et sidérurgique ; la part de la Chine dans les investissements directs étrangers en Serbie a bondi à 32 pour cent en 2024, un bond spectaculaire par rapport aux 2 pour cent enregistrés dix ans auparavant. Cette relation est encore renforcée par un nouvel accord de libre-échange et la suppression des visas, qui a stimulé le tourisme. Un grand centre culturel chinois à Belgrade, construit à l’endroit où l’ambassade a été détruite lors des bombardements de l’OTAN en 1999, sert de monument physique à ce lien.
Restrictions de l’UE
Malgré cela, l’UE reste la principale source de subventions et de financements pour les pays candidats à l’adhésion. Alors que l’Union met en garde contre les risques liés aux prêts et aux projets d’infrastructure chinois, ses propres liens économiques avec la Chine restent bien plus étendus que ceux des pays candidats.
C’est dans le secteur aéronautique que les tensions pourraient être les plus vives. Vucic pourrait opter pour des avions chinois afin de remplacer les MIG russes obsolètes. Selon Vojinović, il est peu probable que des systèmes d’armement chinois soient intégrés aux avions Rafale français, que la Serbie a commandés précédemment. Les restrictions en matière de propriété intellectuelle jouent un rôle à cet égard. Si la Serbie opte pour le Chengdu J-10, ce serait la première fois que de tels avions seraient déployés en Europe.
Ambitions technologiques
L’engouement de la Serbie pour la technologie chinoise sera probablement mis en avant lors d’un défilé militaire en juin, où des robots armés chinois devraient faire leur apparition. Vucic vise également un transfert de technologie afin de mettre en place une production nationale de robots via AgiBot Innovation. Il considère cela comme l’un des investissements les plus importants de l’histoire du pays.
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