Principaux renseignements
- La Russie utilise le spoofing GPS pour détourner les drones ukrainiens vers l’espace aérien de l’OTAN.
- Des émetteurs de guerre électronique à Kaliningrad piratent les systèmes de navigation des drones.
- L’Ukraine développe une technologie à fibre optique et inertielle pour contourner ces signaux.
La Russie recourt à la tromperie électronique pour détourner les aéronefs sans pilote ukrainiens de leurs cibles prévues et les diriger vers l’espace aérien des membres de l’OTAN. Selon des responsables lituaniens, cette tactique implique l’usurpation de signal GPS, qui trompe les systèmes de navigation des drones en leur faisant suivre de fausses coordonnées. Cette stratégie a conduit à des incursions dangereuses, notamment un incident récent au cours duquel un drone a percuté un immeuble résidentiel en Roumanie, blessant deux civils.
Intensification des perturbations dans la région baltique
L’impact de ces opérations s’est fait sentir à Vilnius le 20 mai, lorsqu’une alerte au drone a contraint à l’évacuation du parlement et à la fermeture de l’aéroport de la ville. De telles perturbations sont devenues de plus en plus fréquentes. Le ministre lituanien de la Défense, Robertas Kaunas, a qualifié cette tendance de « nouvelle réalité » pour la région baltique. Si certains drones sont lancés par Moscou, bon nombre de ceux qui pénètrent dans l’espace aérien balte sont en réalité des appareils ukrainiens, comprenant à la fois des modèles d’attaque et d’interception, qui ont été détournés par des signaux russes.
Le mécanisme technique à l’origine de ces détournements est l’usurpation d’identité, une forme de guerre électronique qui diffère du brouillage. Alors que le brouillage se contente de bloquer un signal par du bruit, l’usurpation d’identité remplace les données satellitaires légitimes par un faux signal plus puissant que le drone accepte comme authentique. Cela permet aux émetteurs russes, principalement situés à Kaliningrad, de prendre le contrôle de la trajectoire d’un drone. Des recherches menées par l’Université du Colorado et l’Université maritime de Gdynia ont permis de retracer ces signaux jusqu’à des sites militaires russes spécifiques situés près de Baltiysk et d’Okunevo. La Lituanie signale que le nombre de ces émetteurs est passé de seulement trois au début de l’année 2025 à 36 récemment, couvrant une zone de 450 kilomètres.
Cibles et vulnérabilités
Les drones les plus exposés à ce risque sont les modèles ukrainiens à longue portée qui ciblent les terminaux pétroliers russes le long du golfe de Finlande. Comme leurs trajectoires de vol sont proches de la côte baltique, ils dérivent fréquemment vers le territoire allié. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a confirmé que l’interférence russe est la seule cause de ces incursions, soulignant que Kiev ne fait jamais passer intentionnellement ses missions par l’espace aérien de l’OTAN.
La réaction de l’OTAN a été prudente. Bien que l’alliance ait déployé des avions de chasse pour intercepter ces drones, il n’y a pas eu de riposte militaire collective. La Roumanie a laissé entendre que ces événements pourraient déclencher des consultations au titre de l’article 4 concernant des menaces pour la sécurité, mais aucun membre n’a invoqué l’article 5, qui qualifierait ces incidents d’attaque contre l’ensemble de l’alliance.
Contre-mesures technologiques
Pour contrer ces tactiques, l’Ukraine fait évoluer sa technologie. De nouveaux modèles, tels que le Sichen, utilisent des antennes à diagramme de réception contrôlé et la navigation inertielle pour maintenir leur cap sans dépendre des satellites. De plus, Kiev développe des drones à fibre optique totalement immunisés contre la guerre électronique, bien que le coût élevé du câblage limite leur rayon d’action.
La coopération régionale s’intensifie également. L’Ukraine et la Lituanie ont convenu de développer conjointement des drones et de déployer des spécialistes ukrainiens en Lituanie afin de renforcer la défense aérienne. La décision d’abattre un drone intrus appartient aux gouvernements nationaux individuels et non au commandement de l’OTAN. C’est pourquoi des pays comme la Roumanie ont modifié leur législation pour autoriser les pilotes militaires à détruire des drones en dernier recours. Malgré ces mesures, les responsables baltes préviennent que ces incursions vont probablement se poursuivre, ce qui nécessite un changement permanent dans leurs stratégies de défense.
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