La reconnaissance faciale au service de la répression: l’Iran veut surveiller les tenues vestimentaires des femmes

L’Iran poursuit sa répression de plus en plus punitive contre les femmes qui ne se plieraient pas aux lois en matière de tenue vestimentaire. Pour l’aider dans sa tâche, le gouvernement iranien fera appel à la reconnaissance faciale dans les transports publics.

Ce n’est évidemment pas la première fois qu’une technologie est utilisée pour restreindre les libertés d’autrui. Si la Chine est spécialiste dans ce domaine, les caméras de surveillance dotées de la reconnaissance faciale étant monnaie courante dans le pays, elle n’en a pas l’exclusivité. L’Iran lui emboite ainsi le pas. Bien qu’ici il ne soit pas question d’identifier les auteurs d’incivilités, mais de s’assurer que les femmes se plient aux dernières exigences en matière de tenue vestimentaire.

Le secrétaire du siège iranien pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, Mohammad Saleh Hashemi Golpayegani, a en effet annoncé que la reconnaissance faciale serait utilisée dans le pays pour s’assurer que le nouveau décret signé le mois dernier par le président iranien Ebrahim Raisi soit respecté. La technologie sera utilisée dans les lieux publics en vue d’identifier celles qui ne respectent pas la nouvelle loi stricte sur le port du hijab.

« Le gouvernement iranien a longtemps joué avec l’idée d’utiliser la reconnaissance faciale pour identifier les personnes qui violent la loi », a déclaré le chercheur à l’Université de Twente (Pays-Bas), Azadeh Akbari, rapporte The Guardian. « Le régime combine des formes violentes de contrôle totalitaire « à l’ancienne » habillées de nouvelles technologies. »

Manifestation et répressions

La nouvelle loi promulguée par le président iranien n’est pas passée auprès des Iraniennes, certaines se sont rebellées et se sont filmées dans les rues, les bus et les trains la tête découverte et ont publié les vidéos sur la toile.

Des manifestations qui n’ont pas été sans conséquence puisque les autorités sont parvenues à identifier certaines des femmes qui se promenaient sans leur hijab dans des lieux publics et l’une d’entre elles a même été battue et condamnée à des excuses publiques.

La reconnaissance faciale au-delà du monde physique

L’Iran a adopté la technologie de la reconnaissance faciale en 2015, avec des cartes d’identité biométrique sur laquelle se trouve une puce renfermant des scans de l’iris, des empreintes digitales et images faciales.

Pour les chercheurs, ces informations représentent un véritable danger, car elles pourraient effectivement être utilisées pour identifier les personnes qui violent le code vestimentaire obligatoire grâce à la reconnaissance faciale, tant dans la rue que dans le cyberespace.

« Une grande partie de la population iranienne se trouve désormais dans cette banque de données biométriques nationale, car de nombreux services publics deviennent dépendants des identifiants biométriques », a déclaré Azadeh Akbari. « Ainsi, le gouvernement a accès à tous les visages ; ils savent d’où viennent les gens et ils peuvent facilement les trouver. Une personne dans une vidéo virale peut être identifiée en quelques secondes. »

Pour la professeure émérite Annabelle Sreberny, du Centre d’études iraniennes de l’Université Soas de Londres, l’Iran traverse actuellement une crise profonde. Le pays est confronté à de terribles problèmes économiques et environnementaux. Le taux d’inflation iranien approche des 50%. Pourtant, le gouvernement iranien préfère se concentrer sur la répression des femmes qui ne se plient pas aux exigences en matière de tenues vestimentaires, et ce, tout simplement parce qu’elles sont une cible facile, plus facile que les « vrais » problèmes du pays.

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