La ministre de la Défense devra s’expliquer ce jeudi après-midi sur Jurgen Conings, toujours en cavale, connu de l’OCAM et ayant eu accès à un arsenal militaire

Cela fait deux jours que la Belgique suit la chasse à l’homme contre le caporal Jurgen Conings avec sidération. L’homme a disparu avec un arsenal important d’armes et en laissant une lettre de suicide préoccupante et menaçante derrière lui. Aujourd’hui, la ministre de la Défense Ludivine Dedonder (PS) et le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) doivent faire toute la clarté sur cette affaire.

Dans l’actualité: La chasse à l’homme dure maintenant depuis plus de 48 heures. Et plus l’affaire avance et plus on en apprend sur le fugitif. Il avait déjà reçu plusieurs peines disciplinaires, mais il avait pourtant toujours accès à un dépôt d’armes de la Défense. C’est là qui a récupéré des lance-roquettes et des mitrailleuses.

Les détails: Cette affaire soulève des questions sur la manière dont la Défense traite les menaces de l’intérieur. La ministre Dedonder a demandé des ‘explications’ au chef de la défense et au chef des services de renseignement. Mais elle est également elle-même responsable.

La Chambre sera certainement assaillie de questions pointues ce jeudi après-midi. Car l’affaire qui a saisi la Belgique depuis deux jours et qui a fait la une de tous les journaux met en lumière des constats douloureux.

  • Tout tourne autour de Jurgen C., un soldat professionnel avec une grande expérience qui disparaît soudainement. Il laisse derrière lui une lettre de menace envers les ‘virologues et politiciens’ qui ont restreint ses libertés. Pire encore, il emporte avec lui toute une gamme d’armes lourdes issues dans un dépôt militaire, allant des grenades aux quatre lance-roquettes en passant par les mitrailleuses FN Herstal P90 utilisées par l’armée. À l’heure de la rédaction de cet article, une voiture piégée a été découverte et l’homme semble s’être caché dans une forêt du Limbourg.
  • Les détails de ce dossier peuvent maintenant être lus dans tous les médias belges. Et les journaux internationaux se sont également intéressés à l’affaire. Elle soulève de vives questions politiques, et voici pourquoi:
    • L’homme figurait sur une liste conservée par l’OCAM, l’organisme chargé d’évaluer les différentes menaces qui pèsent sur la Belgique. Cette liste recense les ‘extrémistes potentiellement violents’ et compte 90 noms. Jurgen appartient aux extrémistes de droite.
    • Les services de sécurité étaient donc bien conscients du problème. Le SGRS, le service de renseignement militaire interne, possède également une liste recensant les soldats potentiellement d’extrême droite. 30 noms y sont inscrits dont Jurgen. Il est toutefois le seul soldat professionnel à apparaitre sur les deux listes.
    • L’homme a reçu deux sanctions disciplinaires du ministère de la Défense au cours de l’année écoulée : la première pour déclarations racistes sur Internet et la seconde pour menaces de mort qu’il a proférées contre le virologue Marc Van Ranst.
    • Le fait qu’il soit ouvertement ami avec Thomas Boutens – un ancien soldat condamné pour terrorisme et ancien chef du groupe néonazi Bloed, Bodem, Eer en Trouw (BBET) – inquiétait également certains services de renseignements.
    • Tout cela a également donné lieu à un interrogatoire par la police en juillet 2020. La Sureté de l’État avait appris qu’il cherchait l’adresse de Marc Van Ranst.
  • La chose la plus étrange dans cette longue liste de ‘drapeaux rouges’ est que Jurgen Conings avait perdu son poste au sein de la police militaire à la suite des sanctions disciplinaires. Il avait été muté dans un service logistique et n’était plus autorisé à faire des missions à l’étranger. Il devint alors coresponsable du dépôt d’armes à Léopoldsburg, qui lui donna un accès direct à tout un arsenal.

Vue d’ensemble: Toute cette affaire est très douloureuse pour la Défense. Peut-on s’attendre à voir des têtes tomber ?

  • Mercredi, la chasse à l’homme était le principal sujet de conversation au cabinet de la Défense. Car il est clair que cela soulève de sérieuses questions. Et ce même si par miracle il n’y a pas encore eu de victimes. L’homme est toujours recherché par des centaines de policiers et de soldats dans la région du Limbourg.
  • La ministre de la Défense, Ludivine Dedonder, a pris son temps pour répondre aux questions sur l’affaire mercredi. Dans la matinée, elle a laissé la communication aux syndicats militaires, qui se sont empressés de s’engouffrer dans la brèche. Au cours de la journée, elle a ensuite transféré la responsabilité à la Défense : ‘J’ai ordonné une enquête interne et j’ai également demandé au chef de la défense et au directeur du SGRS de m’informer des procédures pour le dépistage des membres du personnel associés à l’extrême droite’.
  • Mais penser qu’il est aussi simple de désigner le chef de l’armée et le chef du SGRS semble une utopie politique. Et répéter que ‘l’extrémisme n’a pas sa place dans la défense ‘ arrive bien trop tard dans cette affaire.
  • Le Premier ministre Alexander De Croo a immédiatement compris l’urgence politique mercredi. Sur la chaine flamande VTM, il a déclaré: ‘La défense et les services de sécurité doivent proposer une analyse de ce qui s’est passé, mais surtout une proposition pour éviter que cela ne se reproduise à l’avenir.’

Ce jeudi après-midi, le Premier ministre et la ministre de la Défense devront répondre de cet événement devant le parlement.

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