La grande quête des cubes d’uranium issus du programme nucléaire nazi

Les nazis étaient encore loin de mettre au point une bombe atomique, mais ils ont bel et bien essayé. Et une large part de leur matériel fissile a disparu on ne sait où. Des scientifiques américains ont mis au point une méthode pour trier les vrais échantillons d’uranium nazi des faux.

Cela ressemble vraiment au scénario d’un nouvel Indiana Jones -ou mieux, de la saga Iron Sky- mais l’information est on ne peut plus sérieuse : il y a un nombre indéterminé de cubes d’uranium qui se baladent dans la nature, et ceux-ci sont d’origine nazie. Et une équipe de chercheurs américains s’est lancée à leur recherche.

Petit flashback : l’un des grand enjeux de la Seconde Guerre Mondiale était la course à l’énergie atomique afin de produire une bombe plus puissante que tout ce qui était imaginable à l’époque. Une course à l’arme absolue qui a opposé d’un côté les scientifiques allemands réunis autour de Werner Heisenberg ou de Kurt Diebner en deux équipes concurrentes, et de l’autre le projet Manhattan, mené par Enrico Fermi et Robert Oppenheimer, entre autres. La suite de l’histoire est connue : l’Allemagne nazie a accumulé du retard sur le projet et n’avait pas accès à de l’uranium de qualité en suffisance, ce qui a conduit à l’arrêt de ce domaine de recherche pour prioriser des « armes miracles », comme les premiers missiles balistiques V2. Tandis que les Américains mèneront deux bombardements atomiques, sur Hiroshima et Nagasaki.

« Dark Cube »

Après la guerre, les États-Unis ont fait main basse sur les avancées scientifiques du régime nazi, ainsi que sur les scientifiques eux-mêmes. Et parmi leur butin se trouvaient 600 cubes d’uranium d’une largeur d’environ 5 cm chacun. Ceux-ci faisaient partie du projet de réacteur atomique que les nazis tentaient de mettre au point : assemblés en une sorte d’immense mobile, les cubes devaient enclencher la première réaction en chaine atomique du programme allemand – sans succès.

Sauf que sur les 600 pièces de cet étrange puzzle d’uranium presque pur, seulement 12 sont encore connues aujourd’hui, et on n’a aucune idée d’où sont passées les autres. Certains cubes ont été recyclés dans le programme nucléaire américain, d’autres ont été vendus, voire donnés, à des collectionneurs. D’autres se sont peut-être perdus dans l’un ou l’autre entrepôt. On en sait rien, et certains aimeraient bien retrouver ces « Dark Cubes » manquants, comme on surnomme ces derniers, soigneusement conservés dans certains laboratoires. Sauf qu’on n’est même pas certains qu’ils soient authentiques.

Les reliques de la mort

Or, une équipe de scientifiques a présenté à l’American Chemical Society une manière sûre de confirmer qu’un échantillon d’uranium provient bien du stock de matière fissile des nazis. Pour cela, Brittany Robertson a d’abord fouillé les archives pour des traces écrites : « Nous recherchons différentes informations archivées et même des lettres écrites entre scientifiques, pour essayer de déterminer ce que nous pouvons mesurer et comment nous pouvons réellement faire certaines interprétations. » Elle a pu ainsi reconstituer le parcours de certains échantillons connus, et retrouver les analyses les concernant au fil des années.

Analyser le contenant comme le contenu

Une fois un faisceau de présomptions dégagé sur la provenance des cubes, il a fallu déterminer une preuve véritablement scientifique. Pour y parvenir, la chercheuse s’est tournée vers la radiochronométrie, une technique qui permet de dater un matériau radioactif en mesurant son degré de désintégration. Pour les cubes nazis, cela signifie qu’il faut mesurer les niveaux relatifs d’uranium, dont ils étaient initialement constitués, par rapport au thorium et au protactinium, en lesquels ils se sont désintégrés avec le temps. De quoi obtenir une date probable. De plus, les scientifiques allemands de l’époque utilisaient des matières bien spécifiques pour gainer les cubes et les protéger de l’oxydation, comme du styrène, préféré par Kurt Diebner.

Avec cette méthode, Britanny Robertson a ainsi pu démontrer que le cube conservé au Pacific Northwest National Laboratory était très probablement authentique. Mais que son enrobage de styrène ne correspondait pas avec le stock d’uranium de Heisenberg, dont il est censé provenir. « Nous sommes curieux de savoir si ce cube particulier était l’un de ceux associés aux deux programmes de recherche », s’interroge le directeur de recherche Jon Schwantes. « C’est aussi l’occasion pour nous de tester notre science avant de l’appliquer à une enquête médico-légale nucléaire réelle. »

Cette méthode permettra en tout cas de déterminer la provenance de cubes qui pourraient être redécouverts dans le futur. Car il y en a plusieurs centaines qui se baladent encore dans la nature. Une véritable chasse aux reliques du programme nucléaire le plus maudit de l’Histoire.

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